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Se retrouvèrent pêle-mêle à
Conakry des membres du parti
communiste français,
ivoiriens, voltaïques,
camerounais(le Mali n'était
pas encore né) et j'en
passe. Tous avaient pour
ambition de venir aider le
jeune Etat, lui prodiguer
conseils et remèdes pour ne
pas sombrer. Tous, comme un
seul homme, voulaient venir
mettre leur savoir, leur
expertise et leurs idéaux à
son service (à l'instar de
Prométhée qui avait volé le
feu pour le mettre à la
disposition des hommes) pour
lui redonner et aussi par
ricochet à l'Afrique, fierté
et dignité. Mais très vite,
cette oasis de fertilité,
posée par la main de Dieu
sur cette partie du
continent jadis surnommée
par le colonisateur
"scandale géologique" (à
cause de ses immenses
richesses minières) devint
un enfer. A la suite de
complots supposés ou avérés,
les arrestations se
multiplièrent, les purges
succédèrent aux purges à une
cadence infernale. La
révolution broya tout sur
son passage : les mœurs et
coutumes du passé, les
valeurs cardinales de nos
sociétés traditionnelles
etc. Rien ne lui résista.
La peur s'installa. La faim
aussi. Alors, commença
l'exil forcé : artisans,
commerçants, cadres,
enseignants. Tout le monde
voulait partir. Ainsi, le
pays se dépeupla
progressivement.
L'indépendance avait fait
naître en nous l'illusion et
l’espérance. Mais avec ce
qui se passait, nos
illusions fondirent comme
beurre au soleil. Nous avons
quand même gardé
l'espérance.
C'est ainsi que l'aventure
terrestre du "grand guide de
la révolution" prit fin un
jour de mars 1984. Et vint
le 3 avril de la même année.
Une nouvelle ère
s'annonçait, radieuse et
propice à broder de nouveaux
rêves. Le peuple salua la
fin du régime totalitaire.
Il croyait que seraient
créées des conditions
décentes, pour permettre à
tous les enfants du pays de
participer activement à
l'avènement d'un ordre
nouveau.
Mais, loin de nous l'idée
que nous passions de
Charybde à Scylla. Nous
basculâmes d'un abîme à un
autre. Les militaires,
surgis de nulle part,
s'emparèrent du pouvoir
laissé vacant par le "grand
guide". Peu préparés ou pas
du tout à l'exercice de la
chose publique, ils
échouèrent dans le programme
de redressement économique
et social que l'on attendait
d'eux. Mal fagotés, gauches
et hésitants au début de
leur règne, ils se
métamorphosèrent assez
rapidement.
Leur ordre nouveau avait
pour nom : gabegie,
enrichissement illicite et
rapide. Avec eux, un quart
de siècle est passé. Et le
pays , si riche, mais
néanmoins, un pays pauvre
pour ses habitants,
s'interroge toujours sur son
identité, sur la voie à
suivre, sur la réalité de sa
démocratie, sur un pouvoir
en apparence fragile mais
plus que jamais
omniprésent.
Le chef de la junte a depuis
troqué la tenue de
camouflage contre le costume
civil, en l'occurrence le
boubou brodé. Mais les
méthodes restent les mêmes.
On le dit malade depuis
longtemps. Mais, ilest
encore là et tel le Phénix,
il renaît toujours de ses
cendres.
Une fois encore, le 3 avril
1984 avait fait naître en
nous illusion et espérance.
Une fois encore, nos
illusions ont fondu.
L’espérance a repris le
dessus avec la révolte des
syndicalistes du pays et la
nomination d'un nouveau 1er
ministre.
Ce changement se fit dans la
douleur avec la mort de
centaines de jeunes. Pour
rien, car rien n'a bougé
depuis. Le 1er
ministre a d’autres
préoccupations : l’argent,
les villégiatures, les
honneurs ou encore la
création de soit disant
comités de soutien au cas où
il serait amené à
démissionner.
Après plusieurs mois
d'exercice, rien de
significatif ne peut être
noté dans les actions du
nouveau 1er ministre.
L'insécurité a atteint des
proportions inimaginables.
Des convois funèbres sont
attaqués, même des ministres
de la République en ont fait
les frais. A son arrivée, ce
sont des chantiers
pharaoniques qui
l'attendaient. Tout était
prioritaire. A notre humble
avis, Lansana Kouyaté aurait
dû commencer par dissoudre
l'Assemblée Nationale, une
Institution fantôme ne
servant à rien. Il aurait dû
s'attaquer à trouver une
solution au problème de
fourniture d'eau et
d'électricité, traquer les
fossoyeurs de la République
qui gangrènent le budget de
l'Etat.
Mais malheureusement, il n'y
a eu que
des effets d'annonce.
Etait-il animé de bonnes
intentions ? Difficile de le
savoir. Ce qui est sûr,
c’est sa soif du pouvoir.
D’où, la question cruciale
: Lansana Kouyaté avait-il
le courage ou la volonté
pour agir dans l’intérêt
supérieur du pays ? C'est
moins sûr. La réponse est
même non. Sa seule
obsession était d’arriver
au pouvoir, peu importent
les moyens. Pour lui, le
pouvoir est un élixir de
jouvence qu’on ne décroche
généralement que les deux
pieds devant. Pour cela, il
se donne les moyens à coup
de milliards de nos francs
distribués pêle-mêle tant à
l’intérieur qu’à l’extérieur
du pays. Certains
compatriotes réputés pour
leur farouche opposition aux
dérives du pouvoir de
Conakry ont fini par
succomber à sa tentation.
Devant l’argent, ils ont
vite fait de retourner leur
veste. Bon Dieu, et dire
qu’ils se prennent pour des
donneurs de leçons. Quels
gâchis !
Depuis un certain temps il
se passe de drôles de choses
dans notre pays. Hier grands
fossoyeurs de la République,
chassés du pouvoir comme de
vulgaires voleurs,
aujourd’hui reçus avec tous
les honneurs dans certains
Etats Majors de partis
politiques dits de
l’opposition, des anciens
responsables du P.U.P.
exhibent sans état d’âme,
leurs fortunes
malhonnêtement acquises . Ce
genre de transhumance
politique est une véritable
calamité nationale, une
provocation.
Pauvre Guinée ! Je sui
malade de toi.
Depuis cinquante ans
maintenant, les Guinéens
collectionnent des jours
semblables, des semaines
identiques,
des mois analogues, des
années jumelles dans la
peine et le dénuement total.
Ses urgences demeurent
intactes. Personne
ne songe à y apporter un
quelconque remède. On en
parle certes, mais sans
plus. Zeus, du haut de
l'Olympe, avait enfermé dans
une boîte, toutes les
misères humaines et l'avait
confiée à Pandore avec pour
consigne de la maintenir
fermée. Par curiosité, elle
transgressa cet ordre divin
et lorsqu'elle l'ouvrit,
elles se sont alors
échappées. Seule resta dans
la boîte, l'espérance.
Dans notre boîte à nous
Guinéens, c'est l'inverse
qui s'est produit : nous
avons conservé, et ce pour
longtemps encore, des
misères et c'est l'espérance
qui s'est évanouie.
Y-aurait-il un syndrome
guinéen ? Au premier
Ministre Guinéen de nous
éclairer.
Cécé Roger Haba, Paris
France
Contact : gneme2000@yahoo.fr |