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FRANCE:
PARIS,
le 26-04-2010.
De
la burqa
Auteur : Drieu Godefridi
Saluons ces sentinelles de la démocratie qui se lèvent
courageusement aux quatre coins de l’Europe pour
confronter une nouvelle arme de destruction massive qui
atteint un tel degré de sophistication et de
scélératesse qu’elle se présente sous les dehors
apparemment anodins d’un simple vêtement : la burqa.
Disons-le sans ambage : la burqa n’est pas exactement
notre tasse de thé. Il y a, en effet, dans cette tunique
une dimension de refus, voire d’agressivité, qui
n’excite guère la sympathie.
Pour autant, d’un point de vue juridique et moral, les
velléités d’interdiction généralisée de la burqa sont
inacceptables et doivent être écartées avec fermeté.
Rien dans notre droit commun ne permet d’interdire le
port d’un vêtement dont il est impossible de soutenir
sérieusement qu’il constituerait une menace imminente
pour autrui. Cette interdiction devrait, par conséquent,
passer par l’entrée d’un nouvel article dans le Code
pénal, qui prohiberait spécifiquement, non pas la burqa
en tant que telle, ce qui serait juridiquement inepte,
mais le fait général de se masquer ou dissimuler le
visage (en prévoyant une exception : le Carnaval, ce qui
montre de suite le sérieux de toute l’affaire).
Toutefois, comme vient de le relever le Conseil d’Etat
français, à supposer qu’elle passe le test des
juridictions constitutionnelles nationales, une telle
initiative n’aurait aucune chance d’être validée par la
Cour européenne des droits de l’homme, que l’on a
précisément instituée, en 1959, pour sauvegarder les
libertés fondamentales, y compris dans le domaine
vestimentaire.
D’un point de vue moral, rien non plus, dans la
profusion de considérations sur ce dont la burqa serait
le symbole, ne permet de conclure rationnellement que ce
vêtement serait toujours, et partout, le reflet de la
négation de nos valeurs fondamentales (et quand même ce
serait le cas, tant que la négation ne s’actualise pas,
elle reste, comme on sait depuis Aristote, hors le champ
du droit). Qu’une adolescente de 16 ans en révolte «
contre la société » porte la burqa, c'est son droit.
Qu’une femme refuse de dévoiler ne serait-ce que son
visage, c’est également son droit (sauf les exceptions
de sécurité, etc. sur lesquelles il faut se montrer
intraitable). Qu’un musulman aux abois qui observe en se
convulsant l'occidentalisation accélérée de sa famille
parvienne tout de même à obtenir de son épouse - ses
filles lui ayant définitivement échappé - qu'elle porte
cette burqa, cela les regarde.
D’ailleurs, soyons cohérents. Quid des punks (not dead),
destroy, grunge ? Des gothiques sado-maso ?
Vomissent-ils moins la société, sont-ils plus agréables
au regard, que les femmes en burqa ? Quid des lunettes
solaires format extra-large que certain(e)s poussent le
refus de fraternité (E. Badinter) jusqu'à porter quand
il n'y a pas de soleil ?
Le philosophe Corentin de Salle, qui approuve cette
démarche d’interdiction, propose une ligne
d’argumentation plus pénétrante, à la fois juridique et
philosophique, en excipant de ce que l’ordre public
commande l’interdiction de la burqa, ce principe
juridique n’étant, en la circonstance, que le reflet
d’un principe philosophique plus fondamental, le
principe de reconnaissance. L’argument se heurte
toutefois à trois objections : d’une part, les refus
(volontaires ou non) de reconnaissance d’autrui sont, et
ont toujours été, légions dans nos sociétés modernes ;
d’autre part, c’est un droit élémentaire que de limiter
le périmètre de ses fréquentations ; enfin, fonder une
règle de droit sur un état d’esprit supposé « prouvé »
par un vêtement paraît, pour le moins, téméraire.
En l’état, ce débat, qui n’est pas illégitime dans son
principe, tant ce vêtement choque nos consciences,
semble pourvoir essentiellement au service médiatique de
politiques ontologiquement en quête de publicité, ainsi
qu’à donner un corps présentable aux réactions
épidermiques d’animosité que suscitent, chez certains,
la culture islamique.
De manière plus générale, l'évolution démographique de
l’Europe étant ce qu'elle est, il faut accepter
certaines manifestations vénielles de la culture
islamique au sens large; ou renoncer à la démocratie.
Drieu Godefridi est essayiste, auteur récemment de Le
droit public (2009), « Arbitraire et droit dans
l’Athènes antique » (Folia Electronica Classica, 2010)
et de Le GIEC est mort, vive la science !, à paraître
(2010).
Publié en collaboration avec UnMondeLibre.org
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