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AFRIQUE DU SUD:
PRETORIA,
le 20-04-2010.
Afrique
: quelle démocratie ?
Auteur : Eustace Davie(Eustace Davie est
Directeur de la Free Market en Afrique du Sud)
Pour l'observateur moyen, le concept de démocratie ne
semble pas voir trouvé un terreau fertile en Afrique. La
raison en est que les partisans de la démocratie
insistent dans leur tentative de persuader les africains
d’adopter la démocratie représentative - une version du
système qui a évolué dans les pays occidentaux. Une
attention insuffisante a été accordée à la nature
fondamentale de la démocratie directe africaine et à son
bon fonctionnement pendant de nombreux siècles avant
l'arrivée des européens en Afrique.
George Ayittey, dans Africa Betrayed (L’Afrique trahie)
alertait le monde sur le manque général de compréhension
de la nature véritable du système économique en Afrique
: les africains ne sont pas fondamentalement «
socialistes », comme on le croit généralement. Il
soulignait que dans la communauté africaine, il y a une
tradition séculaire de possession privée
sur les maisons, outils, ustensiles, et le bétail. La
propriété foncière n’est devenue un problème, comme en
Amérique du Nord et sur d'autres continents, qu’à
l'arrivée des européens avides de terres. Les
populations nomades vivant dans les vastes plaines
ouvertes, reconnaissaient les territoires tribaux, mais
n'avaient pas besoin de systèmes de titres fonciers et
d'enregistrement de propriété.
Les africains connaissaient la propriété privée, les
marchés et des formes de gouvernance démocratique qui
fonctionnaient bien. Les pouvoirs coloniaux ont fait des
ravages en Afrique non seulement en ne reconnaissant pas
les institutions indigènes africaines, mais également en
les subvertissant et en imposant des démocraties
représentatives à l’occidentale extrêmement centralisées
à divers groupes de personnes qui avaient été
rassemblées dans des « pays » dans le but de les
contrôler. Nombre des problèmes rencontrés en Afrique
proviennent de l'imposition de ces structures de
gouvernance inadaptées à des personnes ayant une idée
totalement différente de la gouvernance.
En Afrique, la démocratie représentative n'a pas
fonctionné aussi bien que les systèmes de démocratie
directe où les gens prennent des décisions, généralement
par consensus, après une discussion approfondie de
questions spécifiques. Il n'est pas vrai que la
démocratie africaine permettait aux rois, aux reines et
aux chefs d'agir de façon autocratique et d’imposer des
décisions impopulaires à leurs communautés. Mais cela
est possible dans les démocraties représentatives où «
cinquante pour cent plus un » fournit une majorité
suffisante pour appliquer une décision.
Il y a une tendance chez les électorats africains
post-coloniaux à continuer à voter pour les politiciens
tyranniques et oppressifs et d'afficher une réticence
apparente à utiliser leur voix pour révoquer des
incompétents. Il est possible que cette réticence soit
enracinée dans la tradition de l'Afrique, c’est-à-dire
que les dirigeants politiques deviennent investis, dans
l'esprit des électeurs, du même statut héréditaire que
les chefs traditionnels.
Il est également possible que la réticence à destituer
les autocrates résulte d'une incapacité à apprécier les
pouvoirs massifs exercés dans les démocraties
représentatives à l’occidentale, en comparaison aux
pouvoirs limités accordés aux chefs de démocraties
directes à l’africaine. En d'autres termes, les gens ne
savent pas pourquoi leurs votes abattent autant de
misère sur eux. Ils ne réalisent pas qu'un système mieux
conçu, plus conforme à leur propre vision de la façon
dont les choses doivent se faire, leur fournirait des
résultats largement supérieurs.
La démocratie représentative à l'occidentale, qui a été
adoptée dans une grande partie de l'Afrique, est
appliquée dans des régions vastes ayant des populations
plus diversifiées que les régions africaines
traditionnelles de gouvernance, et n’est pas soumise aux
contrôles et aux contre-pouvoirs qui existent dans les
régions plus petites avec des populations homogènes que
l’on trouve dans les communautés africaines
traditionnelles.
En Afrique du Sud par exemple, l’adoption d'une
constitution fondée sur la démocratie représentative ne
signifie pas que les formes de gouvernance
traditionnellement démocratiques de l'Afrique n'ont
aucun rôle à jouer dans le gouvernement de notre pays.
La démocratie directe à l’africaine est particulièrement
appropriée aux problématiques de la gouvernance locale.
La prise de décision africaine est démocratique.
L’Afrique du Sud peut obtenir le meilleur des deux
modèles, et sauvegarder au moins une partie de son
héritage africain, en continuant à appliquer les
processus de prise de décision africains au sein des
communautés traditionnelles, tout en appliquant la règle
de la majorité à l’européenne au sein du gouvernement
national et provincial. Certains observateurs ont
soutenu que la prise de décision africaine n'est pas
démocratique et que les communautés traditionnelles
veulent priver leurs peuples de leurs droits
démocratiques en plaidant pour le maintien des formes
coutumières de gouvernement dans les zones
traditionnelles. Cette critique provient d'un manque de
connaissance et de compréhension de l'Afrique et de ses
processus décisionnels traditionnels et efficaces.
Il est vrai que les pouvoirs coloniaux et les
gouvernements d'apartheid ont tenté de pervertir et de
détruire les meilleurs éléments du régime africain, mais
ils n’ont pas réussi à détruire les valeurs et les
traditions du peuple. Après tant d'années d'oppression
les gens sont heureux quand ils peuvent se réunir à un «
indaba » et prendre part aux décisions qui les touchent
de plus près : où construite une nouvelle école ou
clinique où est nécessaire une nouvelle route … L’aspect
le plus proche de la démocratie africaine que les pays
occidentaux ont réussi à reproduire est le système de
référendum suisse, qui, naturellement, est né du
processus de prise de décision traditionnel de la
communauté suisse.
Si les communautés traditionnelles d'Afrique du Sud
étaient autorisées à suivre la nature de la démocratie
africaine, correctement pratiquée, elles auraient
démontré au monde que les processus de prise de décision
africains méritent d'être préservés pour le bien des
générations futures.
Si les Noirs Sud-Africains souhaitent préserver leur
héritage africain, ils ont besoin d'endroits où leurs
jeunes peuvent apprendre leurs langues, leur histoire et
leurs cultures dans des environnements qui sont
imprégnés de chaque aspect de ce patrimoine. Ils ont
besoin de lieux où les jeunes peuvent apprendre de leurs
aînés la grandeur de leurs ancêtres et être fiers de qui
ils sont et de ce qu'ils sont.
Ils ont besoin de lieux dans lesquels les processus de
prise de décision traditionnels d'Afrique peuvent être
rétablis comme ils étaient avant l'arrivée des régimes
oppressifs qui ont empêché les processus de fonctionner
correctement pendant tant d'années. Les lieux existent
déjà. Ils sont ces parcelles de terres appartenant aux
communautés traditionnelles.
Toutes les terres communautaires devraient être
converties en "terres possédées" reconnues en droit
comme la propriété inviolable de leurs communautés
respectives. Actuellement, la terre est dévolue à
l'État, ce qui rend les gens vulnérables à la
dépossession. Le Communal Land Rights Act de 2004,
contient des dispositions accordant des droits de
propriété, sur demande, aux communautés. La loi a été
contestée devant les tribunaux et certains aspects jugés
inconstitutionnels pour défaut de protection adéquate
des droits des petites communautés indépendantes. Il
faut rapidement corriger les failles dans la législation
afin que toutes les communautés qui souhaitent prendre
possession de leur propriété puissent le faire. Ils
devraient alors avoir le droit de gérer leurs propres
affaires relativement à la propriété foncière, suivant
leurs procédures traditionnelles de démocratie directe
dans la prise de décision, y compris le droit de
convertir tous les droits d'usage en pleine propriété.
Enfin, le droit de prendre leurs décisions
communautaires propres à la mode traditionnelle
africaine ne doit pas seulement être rendu, mais aussi
inscrit dans la constitution du pays. Le chapitre 12 de
la Constitution reconnaît officiellement les chefs
traditionnels, mais c’est la seule institution
mentionnée dans la Constitution pour laquelle aucun
pouvoir ni fonction n’a été défini. Les lacunes dans la
constitution pourraient être corrigées par l'ajout de
pouvoirs et fonctions équivalents à ceux des autres
administrations locales, avec une exception importante.
Les communautés devraient avoir le droit, si elles le
souhaitent, de se gouverner selon leurs systèmes
traditionnels de démocratie directe et de ne pas être
contraintes d'adopter des systèmes de démocratie
représentative dans leurs zones communales.
Eustace Davie est Directeur de la Free Market
<http://www.freemarketfoundation.com/> Foundation en
Afrique du Sud.
Publié en collaboration avec UnMondeLibre.org
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