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USA:
WASHINGTON,
le 21-04-2010.
Guerre
en Irak : un point de vue américain en 2010
Auteur : Malou Innocent
Il se dit de plus en plus que le renforcement de la
démocratie en Irak fait des sept années de guerre et
d'occupation américaine une opération louable. Certains
observateurs ont même estimé que les élections
iraquiennes du 7 mars étaient la preuve que la promotion
de la démocratie par l'occupation militaire peut
réussir. Il est difficile de le croire. La guerre en
Irak reste une erreur aux proportions gigantesques. Et
les élections en Irak sont une victoire à la Pyrrhus ;
les coûts économiques, politiques et moraux de
l’occupation dépassent de loin les avantages.
D'abord il y a les sacrifices en termes de vies humaines
et d'argent. Le consensus général est que la guerre a
coûté à l'économie des États-Unis plus de 700 milliards
de dollars - et le compteur tourne toujours. La guerre
en Irak a également tué presque 4400 soldats américains,
fait plus de 31000 handicapés physiques, et
d'innombrables autres souffrent de traumatismes
psychologiques.
Selon la plupart des estimations, plus de 100 000
Irakiens ont été tués depuis l'invasion. Plus de deux
millions d’irakiens sunnites ont été déplacés et ont fui
en Jordanie et en Syrie voisines, où ils aggravent
l'instabilité d'une région du monde déjà politiquement
précaire.
La guerre a également bouleversé l'équilibre des
pouvoirs, puisqu’elle a sensiblement renforcé
l'influence iranienne en Irak et fortement limité les
options de la politique américaine envers le régime des
mollahs de Téhéran. Aucune planification d'avant-guerre
ou d’effectifs sur le terrain n’aurait été suffisante
pour empêcher les efforts politiques de la République
islamique voisine avec une majorité chiite de 60 %.
L'élimination de Saddam Hussein, principal contrepoids
stratégique à l'Iran, a ouvert la voie à l'expansion de
l'influence iranienne en Irak, et a permis à Téhéran
d’appuyer avec une bien plus grande impunité ses alliés
politiques à Bagdad.
Même avant le 11 septembre 2001, l'Iran possédait un
programme nucléaire naissant, la plus grande population
de la région, un large arsenal de missiles balistiques
et une influence significative sur le groupe chiite
libanais Hezbollah. En ajoutant à cette liste
l'influence politique renforcée en Irak, l'Iran a sans
nul doute gagné en position géopolitique dans la région,
ce qui limite davantage les options de la politique
américaine.
Un troisième dommage collatéral de la guerre
prétendument menée au nom de la démocratie est qu'elle
s'est faite au détriment de la réputation déjà écornée
de l'Amérique dans le monde musulman. Loin d'être
considérés comme un libérateur bienveillant, les USA ont
été perçus comme un géant maladroit – et de surcroit
violent et hypocrite.
Les gens de la région sont bien conscients de la
politique de Washington envers l'Irak dans les décennies
précédant le 11 septembre 2001. Les décideurs américains
ont appuyé tacitement la suppression du Parti communiste
irakien par le Parti Baath en 1963, et aidé ce dernier à
reprendre les rennes après une prise de pouvoir des
nationalistes arabes pro-Nasser en 1968. De 1980 à 1988,
pendant la guerre Iran-Irak, la CIA et l’Agence du
renseignement pour la défense américaine ont fourni à
Saddam Hussein une assistance en termes de planification
de combat, des images satellite, la planification
tactique pour les frappes aériennes et des informations
sur les déploiements iraniens.
Le magazine The Economist détaillait l'automne dernier
comment la torture était devenue une routine sous le
régime Maliki, soutenu par les États-Unis. Les tactiques
de censure de l'ère Hussein font également un retour en
force. Le gouvernement a annoncé son intention de
censurer les livres importés et l'Internet, et d'abolir
l'anonymat des e-mails et les blogueurs. Ces politiques
répressives sont assez semblables à celles imposées par
un autre dictateur soutenu par les États-Unis dans la
région : le président égyptien Hosni Moubarak. Comme le
démontrent l’Egypte moderne et maintenant l'Irak, les
pays avec des élections « de procédure », mais encore
dépourvus de normes libérales, peuvent être de simples
villages Potemkine se faisant passer pour des
démocraties.
Une quatrième conséquence de la guerre en Irak - et qui
devrait déterminer si cette entreprise est considérée
comme une « réussite » -, est qu'elle a peu fait pour
protéger l'Amérique d'Al-Qaïda, les auteurs des
attentats du 11 septembre 2001. À cet égard, ce qui fait
de « la guerre de Bush » en Irak l'une des plus grandes
erreurs stratégiques dans l'histoire des États-Unis
n'est pas seulement la litanie des échecs, mais surtout
les opportunités que l'Amérique a perdues. Le désastre
en Irak a détourné des ressources en renseignement
faisant crucialement défaut, mais aussi l'attention du
public
et la supervision du Congrès, de la guerre oubliée en
Afghanistan.
C’est peut-être pour cela que deux républicains du
Congrès ayant récemment rendu visite au Cato Institute à
Washington ont révélé que la plupart des républicains à
Capitol Hill croient maintenant que la guerre en Irak
était une erreur. Ils ont également dit que « plus de la
moitié du caucus républicain », estime que la façon dont
les États-Unis ont lancé la guerre en Afghanistan était
une erreur. Aujourd'hui, les sondages montrent que la
plupart des Américains croient que l'invasion de l'Irak
était une « erreur » et « n’en valait pas la peine ».
Alors que les défenseurs tentent de faire valoir que la
guerre était justifiée, la plus importante leçon que
nous devons tirer n’est pas que davantage de troupes, de
meilleures tactiques, et une meilleure coopération
pourront conduire au succès la prochaine fois. Mais
plutôt que les guerres exposent les limites de la
puissance militaire et que les interventions armées ne
devraient être engagées que lorsque cela s’avère être
absolument essentiel à la sécurité d'une nation.
Sept ans plus tard, espérons que les Américains aient
tiré les bonnes leçons. Espérons aussi que les choses
changent pour le mieux au Moyen-Orient, non seulement
pour les États-Unis et sa réputation ternie, mais aussi
pour les millions de civils innocents déracinés par le
conflit.
Malou Innocent est analyste au Cato Institute à
Washington.
Publié en collaboration avec UnMondeLibre.org
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