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COTE D'IVOIRE:
ABIDJAN,
le 16-04-2010.
Sorcellerie
Dans une récente interview accordée à un journal de la
place, cette question a été posée au professeur
agrégé de sociologie Dédi Séry, par ailleurs
secrétaire national du FPI chargé des problèmes de
société, de la doctrine et de la formation politique :
«
Venance Konan a fait remarquer que s’il y a 26%
d’étrangers en Côte d’Ivoire, c’est juste parce que
l’intégration n’a pas été bien faite. Il a trouvé
anormal qu’un homme dont les parents sont ici depuis
deux générations soit traité d’étranger. Ce raisonnement
est-il fondé ? »
Voici la
réponse donnée par l’éminent professeur de sociologie :
« Notre ami
prend souvent beaucoup de raccourcis. Il ne vient pas de
naître. C’est sous ses yeux d’observateur critique que
les 26% sont apparus. Pourquoi est-ce qu’il y a 20 ans
de cela, il ne l’a pas dit ? Je refuse de répondre à ce
héros fait de toutes pièces par la France, qui a
toujours besoin de relais pour faire entendre sa voix.
RFI par exemple. Ses relais sont les radios des pays
voisins. Venance parle au nom de celui qui l’a fait roi.
Hier il ne l’a pas dit. Aujourd’hui il le dit parce
qu’il agit pour le compte de ceux qui font de lui le
héros de cette période. »
Sauf votre respect, professeur, qu’est-ce que la France
et RFI ont à voir avec la question qui vous a été posée
?
Vous dites
que j’ai besoin de relais pour faire entendre ma voix. A
quoi servent donc les relais ?
A quoi
servent les radios ?
Sur quelle
radio Affi Nguessan et tous les pontes du FPI
s’expriment quand ils veulent faire entendre leurs voix
?
Pourquoi
choisissent-ils RFI qui est une radio française ?
Pour la
petite histoire, en quatre ans je me suis exprimé trois
fois sur RFI. En octobre 2007, lorsque j’avais été
convoqué à la police, en octobre 2009 pour parler de
Dadis Camara, et en décembre 2009, pour parler du coup
d’Etat de décembre 1999. Je mets au défi le professeur
Dédi Séry de trouver d’autres interventions de ma part
sur cette radio. C’est curieux d’ailleurs que le
professeur parle de RFI comme mon principal relais,
alors que j’écris deux fois par semaine dans le journal
l’Inter et assez souvent dans le Nouveau Réveil deux des
plus importants journaux de ce pays et dont les articles
circulent sur internet, qui est devenu le relais le plus
important de nos jours. Cela dit, je ne vois toujours
pas le rapport entre les propos du professeur et la
question qui lui a été posée. Et un tel hors-sujet est
vraiment étonnant de la part d’un professeur
d’université. Mais il nous éclaire éloquemment sur le
niveau lamentable de nos étudiants d’aujourd’hui.
La réalité est que chez le professeur Dédi Séry,
l’idéologue borné a malheureusement pris le pas sur le
scientifique qui aurait dû nous éclairer. Le professeur
Dédi Séry a répété instinctivement l’idéologie du FPI :
tout est de la faute de la France. La Refondation,
incapable d’accéder à la modernité et de nous y
conduire, est restée prisonnière de notre mentalité
archaïque qui veut que nous ne soyons responsables de
rien, et que tous nos malheurs proviennent d’un sorcier.
Et la Refondation a choisi la France comme sa sorcière.
Tout est de la faute de la France, répète-t-on partout,
à propos de tout. Et quiconque ne pense pas comme les
Refondateurs est forcément manipulé par la France.
Cela me
fait penser aux propos que m’a adressés mon frère
Gilbert Kouamé, et qui ont été publiés dans Notre Voie
du mardi 16 mars 2010. Il écrivait « La France est à
la recherche d’une autre stratégie. Elle a besoin de
collabos pour réussir son plan. Ne te laisse pas
débaucher aussi facilement. »
Cela me
rappelle aussi l’entretien que j’ai eu avec un aîné, un
soir à Cocody. Il avait insisté pour me rencontrer parce
qu’il avait quelque chose de très important à me dire.
Et il m’a dit, avec le plus grand sérieux : « j’ai
appris que tu travailles pour les services secrets
français. Je sais que si tu y travailles, tu ne me le
diras pas, mais il fallait que je t’en parle. »
Lorsque je lui ai demandé ce qui dans mes activités ou
mon comportement pouvait laisser penser une telle chose,
il m’a dit, sans rire, « tes attaques contre le
régime de la Refondation font penser à un vaste complot
orchestré par la France pour faire tomber Gbagbo, et toi
tu y joues ta partition. » Alors, mon frère Gilbert,
dis moi franchement, a-t-on besoin d’être manipulé pour
constater et critiquer le délestage dont nous faisons
les frais, parce que les investissements qui devaient
être faits ne l’ont pas été, alors que les responsables
de la CIE nous avaient prévenus longtemps à l’avance ?
A-t-on besoin d’être manipulé pour constater et déplorer
que notre lagune soit en train de se boucher sous nos
yeux, que l’on a dépensé des centaines de millions pour
acheter deux bateaux chargés de désensabler cette
lagune, et que ces bateaux n’étaient pas adaptés à cette
tâche ? Gilbert, ton intelligence ne te permet donc pas
de voir tout seul la corruption qui a gangréné toute
notre société ? Tu as besoin d’être débauché par la
France pour constater cela et déplorer ses conséquences
sur notre société ?
J’ai dit au
grand frère qui m’a appris que j’étais agent français
que j’étais d’autant plus étonné par sa démarche qu’au
temps de Houphouët-Boigny et de Bédié, il ne se passait
pas un seul jour sans qu’ils ne soient insultés dans les
journaux proche du FPI, sans qu’ils ne manifestent, sans
qu’ils ne bloquent la circulation, sans qu’ils ne
cassent des bus. Etaient-ils donc manipulés ? Je sais ce
que tu me répondras, Gilbert. Tout cela est la faute à
la guerre que mène la France contre Laurent Gbagbo.
Dis-moi,
mon cher frère, en quoi la guerre peut-elle justifier
les cent milliards qui ont été détournés et placés dans
des paradis fiscaux sous le prétexte de construire une
usine de traitement de cacao aux Etats-Unis ?
En
quoi la guerre empêche-t-elle de poursuivre les auteurs
de ce détournement ?
Ne crois-tu
pas qu’avec cet argent on aurait pu équiper un centre de
santé dans ton quartier afin que tu puisses aller y
soigner tes enfants ?
Ne
crois-tu pas qu’avec le prix de la Mercedes Maybach dans
laquelle ton leader éclairé se pavane comme un nouveau
riche, on aurait pu acheter quelques tables bancs pour
l’école où tu enseignes ?
Ne crois-tu
pas qu’avec les centaines de milliards que ton leader, «
un grand révolutionnaire » comme tu l’écris, est en
train d’engloutir dans des palais totalement inutiles à
Yamoussoukro, on aurait pu bitumer peut-être la route
qui va dans ton village, ou y construire des puits pour
que nos parents boivent de l’eau un peu plus potable ?
Tu as vu dans quel état sont les grandes écoles de
Yamoussoukro ?
Ne crois-tu
pas que la révolution aurait été de donner une bonne
instruction aux Ivoiriens, plutôt que des palais ?
Tu ne le
crois pas, toi, l’enseignant ?
Es-tu fier
de l’état dans lequel se trouve l’école de ton pays
aujourd’hui ?
Tu
sais, Fidel Castro a fait une révolution à Cuba. Il a
été attaqué par les Etats-Unis qui ont tout tenté pour
l’éliminer. Jusqu’à ce jour il y a un embargo sur son
pays. Malgré cela, Castro a fait de telle sorte que les
Cubains soient parmi les meilleurs médecins et
ingénieurs au monde. Parce qu’il a mis l’accent sur la
formation. C’est à Cuba que tous les pays
révolutionnaires d’Afrique envoyaient leurs jeunesses se
former. C’est cela un vrai révolutionnaire. Castro ne se
promenait pas dans des voitures de luxe, il n’a pas
construit de palais. Il a construit des centres de
santé, des écoles. Il n’a pas pris prétexte de la guerre
que lui faisaient les Etats-Unis pour ne rien faire pour
son peuple.
Tu ne
trouves pas choquant que ton leader dépense près de 20
milliards pour célébrer une indépendance que vous-mêmes
qualifiez de fausse, pendant que nous sommes dans le
noir ?
Tu dis que
le programme de Gbagbo dérange la France parce qu’il est
révolutionnaire. Voyons, voyons ! Le programme de Gbagbo
que l’on nous a toujours présenté tient en trois points
:
- l’école
gratuite qu’on ne peut pas réaliser tant qu’on ne crée
pas de richesse,
-
l’assurance maladie universelle qu’on ne peut pas
réaliser tant qu’on ne crée pas richesse,
- la
décentralisation qui ne sert à rien tant qu’on ne crée
pas de richesse.
Qu’est-ce
qu’il y a de révolutionnaire là ? La seule révolution
que nous ont apportée les Refondateurs, c’est dans l’art
de piller les ressources de l’Etat. Ils pillent les
ressources de l’Etat sans penser à demain. Eux, ils
tuent carrément la poule aux œufs d’or. Regarde la
filière du cacao. Gilbert, Gilbert ! Ouvre donc les yeux
mon frère. Pendant que tu as les yeux fermés et qu’on te
bourre le crâne que tout est de la faute de la France,
les vrais Refondateurs ont envoyé tous leurs enfants
étudier en France. Les vrais Refondateurs ont tous
chacun une résidence en France. C’est là-bas que leurs
femmes et maîtresses vont passer leurs vacances et faire
leurs achats. Paris est un gros village ivoirien où on
se rencontre toujours entre ivoiriens, et où personne ne
peut cacher ce qu’il fait. Les maisons de tes
Refondateurs sont connues de tous les Ivoiriens qui
vivent en France. Toi, tu n’es qu’un Refondateur
périphérique, chargé, comme tous ceux de la Sorbonne et
des agoras, de donner votre poitrine, votre sueur et
votre salive pour protéger ceux qui profitent bien du
système. Pendant que tes enfants fréquentent les écoles
et les hôpitaux que Mamadou Koulibaly, qui est quand
même honnête, a qualifiés de pourris, leurs enfants sont
en train de bien se former pour venir diriger les tiens
qui seront, eux, obligés d’aller acheter des diplômes
pour exercer de métiers de seconde ou troisième
catégorie.
Dédi Séry,
lui est un Refondateur du centre. Il sait ce qu’il gagne
en attaquant la France et en m’attaquant. Il fait partie
des manipulateurs chargés d’abrutir ceux qui doivent les
protéger pendant qu’eux se servent. C’est lui qui est
chargé de t’endoctriner. N’est-il pas chargé de la
doctrine et de la formation politique au FPI ? Il
m’intéresse moins. Ce sont les gens qu’ils intoxiquent,
comme toi, qui m’intéressent.
Gibert, tu dis que tu vois de la haine dans mes attaques
contre la Refondation ? Non, Gilbert. C’est de la
colère. Colère contre ce qu’ils ont fait de mon pays, ce
qu’ils ont fait de toi, ce qu’ils ont fait de la
jeunesse ivoirienne, colère aussi contre ce qu’ils
réservent comme avenir à mes enfants, tes neveux, à tes
enfants, mes neveux. Tu vois un avenir à nos enfants
dans ce pays ?
Enfin,
tu dis que Bernard Dadié a lutté pour que le peuple noir
connaisse la liberté. N’abusons tout de même pas des
mots. Relis bien l’histoire de cet homme. Il a quand
même été pendant dix ans ministre d’Houphouët-Boigny, le
« valet » de la France selon votre phraséologie. Il a vu
tous les défauts d’Houphouët seulement quand il a quitté
son gouvernement.
Tiens,
dis-moi, qu’est ce que ça te dit quand ton leader
bien-aimé dit qu’il ressemble maintenant à Houphouët ?
Porte-toi bien et embrasse mes neveux de ma part.
Venance Konan, écrivain, journaliste. Email :
venancekonan@yahoo.fr
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