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TOGO:
LOME,
le 30-04-2010.
Togo
: l’ère du recommencement
Auteur : Eugène Aballo
Sans surprise, la dernière élection Présidentielle au
Togo couronne la réélection de Faure Gnassingbé. Jean
Pierre Fabre, candidat du principal parti de
l’opposition, l’Union des Forces du Changement (UFC),
sur la base des chiffres en sa possession, refuse
d’admettre son échec « officiel » et dresse la rue
contre son challenger. Le scénario postélectoral reprend
ses droits : accusations de fraudes massives, répression
des manifestants... Tout semble indiquer que le Togo est
toujours à la traîne en matière démocratie.
L'élection présidentielle du 4 mars dernier au Togo
n’est pas bien différente de celle de 2005, excepté les
scènes de violence dont elle a su se départir. En quête
d’une légitimité, Faure Gnassingbé peut se réjouir sur
ce plan, d’avoir fait un petit pas en avant, même si la
question de la transparence du scrutin reste une
équation à résoudre. Qui de Jean Pierre
Fabre ou de lui, a véritablement gagné l’élection ? Bien
malin qui pourra le dire, sans ambages. Ce qui est
certain, des manifestations de contestation n’ont cessé
d’émailler les lendemains du scrutin. Mais pourquoi
toutes ces protestations ?
Des procédures obscures
Il y a d’abord la décision unilatérale du Président de
la CENI (Commission électorale nationale indépendante),
de changer, à quelques heures de l’ouverture des bureaux
de vote, le mode de centralisation des résultats. Ce
dernier a, en effet, procédé au changement des règles du
jeu, s’agissant de la transmission des résultats au
mépris de l’usage des satellites convenu au préalable.
Lequel garantirait la crédibilité du verdict des urnes.
Les 130 observateurs européens, déployés sur le terrain,
avaient déploré l’abandon de la triple transmission des
résultats "via une connexion Internet satellitaire, par
fax et par GSM", seule à même de "garantir l'intégrité
des résultats", au profit d’une transmission manuelle,
propice à la fraude.
Pis, à peine Jean-Pierre Fabre a-t-il clamé avoir des
preuves de fraudes que les gendarmes ont investi les
locaux de l’UFC, emportant des ordinateurs et surtout
des procès- verbaux de dépouillement. En privant ce
parti de ces matériels informatiques et autres documents
qui contenaient certainement des données électorales
recueillies par ses militants, le pouvoir ne donne-t-il
pas ainsi raison à l’opposition ? Ce geste qui frise une
propension à dissimuler ou détruire des preuves
compromettantes n’est pas de nature à rendre service
pouvoir en place.
Clanisme dynastique
Pour l’opposition, il paraît donc clair que l’issue de
l’élection présidentielle était connue d’avance. Elle
crie ainsi à la mascarade électorale. Par ailleurs, la
contestation ne concerne pas uniquement la victoire d’un
simple candidat, mais tout un système dont le cœur
n’était que le haut commandement militaire. Avec un
record de quarante-trois ans de « gestion » continue des
affaires, le parti du Rassemblement du peuple togolais (RPT)
que d’aucuns qualifient de « clan militaro-tribal » a
une main mise sur l’appareil judiciaire, administratif
ainsi que les moyens de l’Etat pour ne pas perdre le
pouvoir par la voie des urnes. Si après le décès du
général Gnassingbé Eyadema le 5 février 2005, le RPT a
forcé la constitution, puis fait organiser une élection
controversée ayant causé la mort d'au moins 500 civils
pour installer son fils, ce n’était pas pour perdre
aussitôt le contrôle de l’appareil d’Etat, mais pour
perpétuer la « dynastie » et le système.
Existe- t-il une porte de sortie ?
Les élections dans la plupart des pays africains sont
souvent sujettes à des contestations. En témoignent les
dernières présidentielles au Gabon et au Togo. Cette
situation s’explique par la mauvaise organisation dont
elles font l’objet, ainsi que le traitement de leurs
résultats. A la lumière de toutes ces insuffisances, il
convient de s’interroger sur l’opportunité
qu’il y a à confier leur organisation à une structure
indépendante, qu’elle soit interne ou supranationale, si
elle n’est pas en mesure de garantir leur transparence
et mettre ainsi fin aux récurrentes contestations. Par
souci de transparence, il a été créé en Afrique
francophone, des commissions électorales indépendantes
ou autonomes. Mais malheureusement, nombre d’entre elles
ont très tôt montré leurs limites. En effet, ces
commissions électorales se sont montrées comme étant
plutôt des regroupements de partisans, aussi bien de la
mouvance que de l’opposition. Cette situation est à la
base des crises qui entraînent des démissions de leurs
membres, dès lors que leurs intérêts partisans entrent
en jeu. Il est donc souhaitable qu’elles soient
dépolitisées et que la désignation de leurs membres se
fasse sur la base de critères de compétence, de probité,
d’intégrité.
Au nombre des structures supranationales, l’Organisation
des nations unies (ONU) semble être la mieux placée pour
organiser ces élections, grâce à son expertise et à son
expérience des affaires africaines. Disposant des moyens
non seulement financiers, humains, matériels, mais
également militaires, elle est à même de les conduire
efficacement. Toutefois, cette implication ne
donne-t-elle pas raison à ceux qui estiment que
l’Afrique n’est pas mûre pour la Démocratie ? Aussi,
avec quelle structure va-t-elle travailler sur le
terrain ? Avec le gouvernement ou avec la société civile
qui parfois, n’est pas moins partisane ? Dans tous les
cas, quelle que soit la formule retenue, la solution
n’est pas aussi évidente qu’on le croirait.
L’organisation des élections sans contestations et la
réhabilitation de la démocratie africaine passent à n’en
point douter, par des réformes institutionnelles.
Lesquelles doivent induire la mise en place d’une
commission électorale véritablement indépendante
protégeant les droits de vote des électeurs comme les
droits d’éligibilité des candidats. La liberté de la
presse, l’accès aux médias de service public pour tous
les candidats, le droit pour les observateurs nationaux
et internationaux de suivre tout le processus électoral,
de l’enregistrement des électeurs sur les listes
électorales jusqu’à la proclamation des résultats, en
passant par la centralisation des résultats au niveau de
tous les bureaux de vote.
Eugène Aballo est journaliste béninois.
Publié en collaboration avec UnMondeLibre.org
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