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USA:
WASHINGTON,
le 24-04-2010.
La nouvelle
révolution américaine ?
Auteur : Sylvie Dugas
Désabusés
par les multiples et coûteux plans de sauvetage de
l'État, des citoyens américains se mobilisent pour
défendre leurs libertés individuelles et empêcher
Washington de les taxer davantage. Même si le Tea
Party Movement n’a pas encore de leader déterminé ni
de véritables assises nationales, ce mouvement populaire
non partisan, qui regroupe quelques millions d'adeptes
selon les estimations, est la sensation de l’heure aux
États-Unis.
À tribord toutes!
L'origine du mouvement remonte en 2008, lors de la
campagne à l'investiture du républicain Ron Paul,
opposé à l'utilisation des fonds publics pour financer
la guerre. Mais c'est à l’été 2009 que le mouvement a
fait boule de neige, organisant la résistance au projet
de « réforme » du système de santé d’Obama. « Ce
programme accentuerait le contrôle de l'État sur
l’économie et imposerait un nouveau fardeau
réglementaire aux compagnies d’assurance, les obligeant
à hausser leur prime », explique Doug Gating, président
du Boston Tea Party. Grâce à la détermination du Tea
Party, le président Obama a dû revoir sa copie et
présenter au Congrès une nouvelle version de sa réforme,
qui limiterait l’impact sur les prix des assureurs.
Quant au projet de loi sur l’emploi appuyé par certains
Républicains, les membres du Tea Party ne sont disposés
à faire aucun compromis, malgré le ralentissement
économique. « Les programmes de stimulation économique
précédents n'ont pas réussi à faire reculer le taux de
chômage, malgré les milliards dépensés. Au contraire, il
est maintenant à 10% », fait noter M. Gating.
Selon les partisans du mouvement, la Réserve fédérale
(FED) devrait également faire l'objet d'un contrôle,
comme le réclame depuis longtemps Ron Paul. « L'État
américain se sert de la FED pour financer ses guerres à
travers le monde sans hausser les impôts », soutient
Jim Davidson, membre du Boston Tea Party. De plus, le
Tea Party estime que la FED est responsable des bulles
financières et de leur éclatement depuis un siècle.
Les origines historiques du mouvement
Le nom du mouvement fait référence au Boston Tea Party,
épisode déterminant dans la révolution américaine dont
il s’inspirerait aujourd’hui. En décembre 1773, des «
Américains » en colère avaient jeté à la mer des sacs
entiers de thé pour protester contre les taxes imposées
par les Britanniques. Le thé, produit le plus taxé,
était devenu le symbole de leur révolte. Aujourd’hui,
pour les partisans du Tea Party, le TEA n’est pas
seulement un rappel historique, mais bien un sigle
signifiant Taxed Enough Already (déjà assez taxés). Car
c'est cette revendication est au cœur de ce mouvement de
la base : baisse des impôts, opposition à tout programme
gouvernemental, notamment la guerre en Afghanistan et en
Irak, qui accroîtrait le fardeau fiscal des
contribuables et le montant de la dette nationale.
« Le mouvement permet à tous ceux qui s’opposent à
l’intervention étatique de se regrouper, explique Claude
Denis, professeur de science politique à l’Université
d’Ottawa. Ce mouvement reflète l’idéologie militante
contre la haute finance, qui allègue que le système
politique et économique est contrôlé par les deux côtes,
notamment par l'entremise du Council of Foreign
Relations. Ainsi, les politiques gouvernementales
viseraient davantage à venir en aide aux financiers de
New York qu'à la population du Heartland, du Midland et
du Sud. »
Un argumentaire efficace
La spontanéité de cette réponse aux atteintes perpétrées
contre l'American way of life et à son éthique de
responsabilité personnelle a suscité une résonnance
émotive au sein de la population, d'après le PDG de
l'Institut Ayn Rand, Yarron Brook. « Leurs
revendications sont plutôt axées sur ce qu'ils ne
veulent pas, mais ils n'ont pas de proposition définie
sur ce qu'il faudrait couper. Ils obligent toutefois le
Parti républicain à se positionner davantage en faveur
du libre marché ».
Les interventions du Tea Party ont ainsi tiré vers la
droite libertarienne tant les Démocrates que les
Républicains, ces derniers craignant d’être doublés dans
certains comtés lors des primaires par des candidats
plus libéraux au plan économique. « Le gouvernement de
Georges W. Bush a été l'un des plus dépensiers, souligne
Matt Welch, rédacteur en chef de Reason, un magazine
libertarien. Il a augmenté de 75% les dépenses
gouvernementales non militaires et embauché 90 000
régulateurs ». C'est d'ailleurs le Tea Party qui a
permis la victoire du candidat républicain Scott Brown
au poste de sénateur dans l’État du Massachussetts. Et
déjà, la candidature de John McCain est contestée par
des Républicains de droite proches du Tea Party. Il
devient en outre plus difficile pour les sénateurs
républicains de faire des compromis avec cette
radicalisation externe. Par ailleurs, « les Démocrates à
Washington ont adopté des positions plus modérées pour
contrer la menace », d'après Isaac Wood, directeur des
communications au Center for Politics à l’Université de
Virginia. À preuve, personne ne s'attend plus à ce que
le projet de loi de lutte contre les changements
climatiques d'Obama soit acheminé au Congrès.
Un avenir incertain
Selon les sondages, le Tea Party Movement est
actuellement plus populaire que le Parti républicain.
Mais les élections primaires de novembre prochain
constitueront son véritable test, selon les analystes.
Ses candidats s'associeront-ils au Parti républicain ou
s’afficheront-t-ils comme indépendants, au risque de
favoriser les Démocrates?
Jugé irrationnel par plusieurs, taxé probablement à tort
de raciste par ses opposants (le mouvement s'oppose
plutôt à l'immigration illégale), rejoint par les Sarah
Palin et Glenn Beck au grand dam de certains de ses
partisans, le mouvement demeure désorganisé et divisé. «
Né grâce aux technologies modernes, il est réfractaire
au leadership, même s'il représente un premier pas vers
la réduction de la taille de l'État. La prochaine étape
sera de proposer aux Américains un programme politique
», estime John Samples, directeur du Centre sur le
gouvernement représentatif de l’Institut Cato. Mais
plusieurs pensent que le Tea Party Movement aurait plus
d'avenir s'il demeurait une simple expression de la
société civile face à une classe politique trop …
politisée.
Sylvie Dugas chercheuse associée à l'Institut économique
<http://www.iedm.org/main/main_fr.php> de Montréal .
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