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GUINEE:
CONAKRY, le 15-1-2008.
Cohabitation
ou désordre au sein du pouvoir exécutif guinéen ?
Le respect de la constitution n´exclut pas l´expression de la
volonté actuelle du peuple.
Formellement, «
la Constitution est un acte juridique, le plus souvent concrétisé
par un ou plusieurs documents écrits nouveaux. Cet acte se situe au
sommet de son ordre juridique et tout autre acte juridique doit être
conforme à ses prescriptions » Le principe de
constitutionalité indique que la Constitution est le principe
suprême du droit d'un État et que son respect obligatoire est assuré
par une cour constitutionnelle, appelée chez nous la Cour Suprême.
La
Constitution d'un État
se définit comme « l'acte politique à valeur juridique ou la
loi fondamentale qui unit et régit de manière organisée et hiérarchisée
l’ensemble des rapports entre gouvernants et gouvernés au sein de cet
État, en tant qu'unité d'espace géographique et humain ».
Juridiquement, la constitution fonde et encadre l´Etat. Mais nous ne
devons pas ignorer que chaque constitution est précédée d´une
histoire politique qui peut lui conférer à la fois sa légitimité
circonstanciée et la permanence de son autorité.
Cette
histoire politique une fois réintroduite dans le droit, est qualifiée
de pouvoir constituant primaire qui peut se convertir en pouvoir
souverain pour modifier la constitution en vigueur ou établir une
nouvelle constitution.
L´histoire
politique de notre chère Guinée est marquée dans ces dernières années
par les troubles internes qui menacent le bon fonctionnement des
institutions de l’État et risquent de modifier ou renverser l´ordre
établi par la constitution guinéenne.
Devant
cette réalité, il n´est point question de s´attacher aux interprétations
formelles et mécaniques d´une loi fondamentale dont le non respect
depuis le sommet de l’État est á l´origine de ces faits graves qui
marquent aujourd´hui notre histoire. Nous devons plutôt penser á la
consolidation de l´unité nationale en faisant de la volonté populaire
une initiative pour l´application matérielle de notre constitution.
Car, comme le stipule l´article 16 de la Déclaration des droits de
l’homme et du Citoyen de 1789, « Toute société dans
laquelle la garantie des droits n'est pas assurée ni la séparation des
pouvoirs déterminée, n'a point de Constitution ».
Nous
sommes légalistes, mais nos interprétations ne doivent pas être figées,
car la loi fondamentale est l´expression de la volonté du
peuple. Donc, elle doit s´adapter á cette volonté et non le
contraire.
La
volonté de notre peuple est le changement et aucun changement n´est
possible aujourd´hui en Guinée avec le président Conté au pouvoir. C´est
aussi simple que ça. Ce que Conté n´a pas fait depuis 1984, je doute
qu´il le fasse dans deux ans.
L´esprit
de vengeance militaire du président Conté est un obstacle au dialogue.
Voilà ce qui a toujours créé des divisions au sein des multiples
gouvernements qu’il a formés. Actuellement, on assiste á une
cohabitation au niveau du pouvoir exécutif guinéen. Ce que
certains qualifient de cacophonie ou désordre.
Guinéennes
et guinéens, au-delà de toutes les considérations subjectives et au mépris
de nos opportunités politiques, soyons objectifs dans nos
analyses et situons les responsabilités de nos maux.
Il
ne sert á rien de remplacer maintes fois nos ministres ni de convertir
nos secrétaires généraux á la présidence en Premier ministre ou en
chargés des affaires présidentielles.
Je
pense qu´objectivement aucun guinéen conscient ne serait á
mesure de voter aujourd´hui la modification de l´article
24 de notre Constitution (Révisée par le Décret D/2002/48/PRG/SGG du
15 mai 2002, promulguant la Loi constitutionnelle adoptée par référendum
du 11 novembre 2001, Journal
officiel ’’JO’’ du 10 mai 2002) qui augmente le mandat présidentiel
de cinq á sept ans en ces termes : « Le Président de la
République est élu au suffrage universel direct. La durée de
son mandat est de sept ans, renouvelable ».
Les
initiateurs de cette modification sont les vrais ennemis du peuple, et
par conséquent, les auteurs principaux de tous les troubles internes
auxquels nous assistons aujourd´hui en Guinée.
Voilà
un exemple de modification ou referendum constitutionnel opportuniste et
sans fondement, tandis qu´objectivement, le souhait de tous les guinéens
serait aujourd´hui, un referendum révocatoire de ce mandat.
L´argument
prédominant pour justifier le comportement anticonstitutionnel du président
de la République, chez les juristes de la place, est l´existence d´un
régime super présidentialiste en Guinée. Et pourtant nous sommes sans
ignorer que c´est ce type de régime qui prédomine dans les pays du
Tiers monde ; mais, aucun pays n´assiste dans ces derniers temps
á de pareil dérapage au sommet de l’État comme chez nous.
Nous
devons analyser juridiquement le décret du 25 janvier 2007 portant
création d´un poste de Premier Ministre Chef du gouvernement et lui
attribuer une valeur constitutionnelle de facto en faisant une interprétation
cohérente de l´article 7 dudit décret qui a force de loi, étant un
acte souverain de l´Etat. Article 7 « Le présent décret
reste et demeure irrévocable jusqu´à la prochaine révision de la loi
fondamentale…, » En tout cas nul ne peut aller
contre ses propres actes. Ce décret a été signé par le président
Conté. Si la lettre de cet acte souverain est violée par son
auteur, il n´y a pas de raison à le soutenir en se basant sur l´argument
cité plus haut.
Nous
sommes dans un régime super - présidentialiste, mais la souplesse ou l´adoption
culturelle nous exige le respect de nos engagements et nous situe devant
nos responsabilités. La loi ne doit pas être un refuge pour justifier
nos défauts.
En
Afrique, quand un chef s´engage, il doit mourir avec son engagement,
car le contraire serait une trahison de son peuple.
A
souligner que la Constitution guinéenne est matériellement et
techniquement rigide, en tenant compte des conditions de sa révision: Article
91 l'initiative de
la révision de la Loi Fondamentale appartient concurremment au Président
de la République et aux Députés…
La
forme républicaine de l'État, le principe de la laïcité et le
principe de la séparation des pouvoirs ne peuvent faire l'objet d'une révision.
Cela
veut dire qu´aucune histoire politique ne peut être á l´origine
d´une modification constitutionnelle en Guinée sous l´initiative
populaire. En d´autres termes, quelque soit la gravité des faits
sociopolitiques qui affectent la population guinéenne, le peuple n´a
aucun droit d´initiative en matière de révision
constitutionnelle. En se basant bien sûr sur le caractère super présidentiel
de notre régime avec un parlement (l’Assemblée Nationale) confondue
á l´exécutif et une cour constitutionnelle (Cour Suprême) inactive.
La
revendication des syndicats suit une logique qu´aucun juriste guinéen
ne doit ignorer á l´aide des interprétations non constructives du
fameux article 39 de la Loi Fondamentale, dans le seul but de distraire
les lecteurs. C´est bien connu de tous les guinéens que le Président
n´a pas à demander l´avis des syndicats pour démettre ou nommer
un ministre, mais, si et seulement si ce gouvernement n´était pas le
fruit de la lutte du peuple dirigée par le mouvement syndical national.
Ce gouvernement est le seul garant des acquis du peuple payés au prix
du sang de nos martyrs.
En
tout cas, ce qui s´annonce á l´horizon après le limogeage inespéré
du ministre de l´information et des NTI, c´est la paralysie totale des
actions du gouvernement de consensus et sa division en clans en
plus d´un possible retour de certains éléments influents de l´ancienne
équipe gouvernementale qui n´a jamais digéré sa chute.
Notre
objectif n´est pas de soutenir les troubles en Guinée, ni de soutenir
Kouyaté, mais nous voulons tout simplement que le président de la République
respecte ses actes pour éviter les décisions et les contre décisions
qui plongent notre pays dans le désordre et ne garantissent
ni la sécurité ni la quiétude nationales.
A
ce rythme ni les ministres actuels, ni ceux qui rêvent de les
remplacer, peuvent-ils se
sentir en sécurité ? Hier, Sydia Touré, Lamine Sidimé, François
Fall, Cellou Dalein Diallo, Fodé Bangoura, Eugène Camara, aujourd´hui
Lansana Kouyaté….de quoi demain sera fait ? A quand le
changement en République de Guinée?
Depuis
La Havane, une analyse de Théa King Junior pour Guineemoderne.com
Junior_thea@yahoo.fr
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