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CONAKRY, le 15-02-2009.
Les religions et
la réconciliation nationale
Est-il vrai que nous vivons dans un monde de violence ?
Un monde où les racines de l’arbre d’espérance juvénile
s’étiolent. Un monde déchiré par les crises de tous
ordres. Quoiqu’on dise, la fin du XXe siècle a été plus
violente et meurtrière. En Afrique, le peuple a connu
une série de conflits internes violents qui a mis en
cause la stabilité sociopolitique et économique. Le
contexte guinéen se caractérise, contrairement aux
autres pays de la sous-région, d’une part, par l’absence
de guerre interne entre fractions rebelles et le pouvoir
en place, par des affrontements violents entre les
partis politiques dans les premières heures de
l’indépendance, par les conflits sociopolitiques (grèves
des militaires, des policiers, soulèvements populaires
organisés par les organisations syndicales, etc.,) et
d’autre part, par le clivage inquiétant entre certains
groupes ethniques. Les premiers affrontements violents
remarquables entre les ethnies guinéennes remontent au
début des années 1990 et coïncident avec l’avènement de
l’ère démocratique.
Tous les processus de réconciliation, les accords de
paix et des règlements pacifiques ont impliqué des chefs
de guerre et des leaders de communautés. Ils ont
sous-estimé, dans la plupart des processus de
réconciliation, un aspect important des conflits
guinéens, à savoir la personne humaine. La cause
fondamentale de ces conflits devra-t-elle s’appréhender
dans la personne humaine ? Faudra-t-il questionner la
présence des corps constitués tels que l’État, les Sages
(création du gouvernement de Conté), les chefs
religieux, les partis politiques, l’armée, les
institutions financières dans ces processus de
réconciliation ? L’heure est au questionnement ? Tout le
monde y est invité !
Les sentiments de haine, de peur, de vengeance et les
griefs ressassés prennent de l’ampleur dans le cœur
humain avant de déborder dans l’espace public. Je pense
que c’est à ce lieu précis que les religions de Guinée
peuvent jouer un rôle primordial dans la gestion des
conflits et dans l’éducation à la culture de la paix.
Car, elles peuvent, grâce à leurs ressources
spirituelles, canaliser les débordements des sentiments
bien avant qu’ils ne prennent une allure violente.
L’expression « cœur humain » doit être comprise dans sa
dimension psychosociale et sociologique. Le cœur humain,
dans sa dimension sociologique désigne les réalités
collectives : les familles, les associations de femmes,
de jeunes, ou les corps intermédiaires. Aussi la
réconciliation dans ces tensions intercommunautaires
doit-elle venir de la base. Dans ce cadre de réflexion,
le travail de la réconciliation n’est ni le « sacrement
de la confession », ni les « commissions nationales de
réconciliation » qui seraient mandatées de concilier les
protagonistes et de trouver la vérité des faits. Il est
plus englobant et se définit comme une praxis de
conversion, de guérison, de pardon et comme une
libération de la guerre, de la violence, de la haine et
de l’oppression.
Aujourd’hui, la question de la paix, de la coexistence
pacifique et de la réconciliation préoccupe tous les
Guinéens. Il est tout à fait opportun que les croyants -
chrétien, musulman, adepte de la religion traditionnelle
- questionnent leur raison d’être, leur mission dans un
contexte de tensions intercommunautaires. Qu’est-ce que
ces religions peuvent offrir aux populations meurtries
pas la violence et aux différents processus de
réconciliation en vue de promouvoir la culture de la
paix ? Quelle est votre réponse, vous qui me lisez
maintenant ?
Je suis et reste convaincu qu’une réconciliation
efficace, axée sur la personne humaine, peut rétablir la
paix et libérer les peuples qui ploient sous le joug de
l’injustice, de la violence et de l’exploitation
socioéconomique. Cela suppose un effort courageux de
chaque Guinéen de casser « la logique du mal qui est en
chacun de nous pour nous faire sortir du cercle vicieux
de la suspicion, du mépris, de la vengeance, de la
violence ».
Je pense que le travail de réconciliation des religions
peut aider le cœur humain à combattre le mal et à entrer
dans une spiritualité de la vérité et de l’ouverture. Il
s’agit de la vérité envers soi-même pour reconnaître ses
forces et ses faiblesses et de l’ouverture au seul
Créateur et aux autres pour accueillir la possibilité de
la réconciliation et le don de l’autre.
Hyacinthe Z. LOUA, SJ
louazaoro@gmail.com
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