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USA:
WASHINGTON DC, le
05-02-2010.
Avatar : un film anti-capitaliste ?
Auteur : David Boaz
Le film américain Avatar vient de pulvériser le record
de recettes de cinéma. Mais ce sont les débats aux
Etats-Unis autour de l’interprétation politique du film
qui se révèlent aussi très intéressants. En effet, les
conservateurs américains se sont montrés très critiques
du film, qui a remporté le Golden Globe, lui reprochant
son mélange mystique de thèmes banals de « gauche ». Il
semble qu’ils aient raté quelque chose : le conflit
essentiel dans l’histoire est une bataille autour des
droits de propriété.
Avatar, écrit et dirigé par James Cameron, se déroule en
2154 et relate l’histoire d’un jeune américain, Jake
Sully, qui se joint à une mission militaire sur la
lointaine lune de Pandora qui recèle un précieux et
rarissime minerai l’Unobtanium. Vivant parmi les grands
et bleus indigènes sous la forme d’un Avatar – un corps
généré en laboratoire et piloté à distance par son
cerveau – Sully en vient à douter de sa mission et
rejoint le peuple indigène, les Na’vi dans leur
résistance aux dessins des terriens pour leur
territoire.
A côté d’effets spéciaux magnifiques, l’intrigue et les
dialogues sont, il est vrai, relativement pauvres.
Cependant, les conservateurs se sont concentrés sur les
idées que véhicule le film. Dans National Review,
Frederica Mathewes-Green moque « le conflit apparemment
éternel entre les gentils avec des fleurs dans les
cheveux et les méchants bardés de technologie ». Ross
Douthat dans le New York Times fustige « l’apologie du
panthéisme ». John Podhoretz dans le Weekly Standard
critique le fait que le film demande « au public
d’encourager la défaite de soldats américains aux prises
avec des insurgés ». De nombreux conservateurs
regrettent qu’un film à propos de soldats américains
envahissant une autre planète et tuant des populations
soit une allégorie sur la guerre en Irak. Et nombreux
sont ceux qui s’accordent avec le président socialiste
de la Bolivie pour dire qu’Avatar est un film
anticapitaliste.
Le film est effectivement très empreint d’un souffle de
« gauche ». Mais les critiques conservateurs passent à
côté du conflit au centre du film. Comme Cameron, sans
doute.
Les terriens sont venus sur Pandora pour obtenir de l’unobtanium.
En théorie ce n’est pas une mission militaire, juste une
entreprise, RDA, avec un soutien militaire plus
important que la plupart des pays peuvent en avoir. Les
Na’avi les appellent le peuple du ciel. Pour mettre la
main sur le précieux minerai, RDA souhaite délocaliser
les indigènes, qui vivent sur le gisement le plus riche.
Mais hélas, la terre est sacrée pour les Na’avi, qui y
vénèrent la divinité Eywa : ils refusent donc de
déménager. Lorsque les visiteurs réalisent cela, ils
débarquent avec des tanks, des bulldozers et des robots
militaires géants, pulvérisant l’arbre-maison sacré qui
trône sur le gisement, ainsi que tous les Na’avi qui ne
sont pas assez rapides pour s’enfuir.
Les conservateurs voient cela comme un message
anti-américain, anti-militaire, anti-multinationales ou
anticapitaliste. Mais ils ne font que réagir à l’esprit
plutôt de gauche du film. Ils ne voient pas ce qu’il se
passe réellement. Le fait qu’un peuple a voyagé vers
Pandora pour prendre quelque chose qui appartient aux
Na’avi : leur territoire et les minerais qu’il recèle.
Or, c’est une violation flagrante des droits de
propriété, qui sont la fondation même de l’économie de
marché, et en fait de la civilisation.
Bien sûr, les Na’vi – qui, comme très souvent dans les
utopies collectivistes, sont psychologiquement reliés
les uns aux autres et aux choses qui les entourent –
considèrent probablement leur territoire comme une
propriété collective. Mais, au moins pour les êtres
humains, les droits de propriété privée sont une bien
meilleure façon de d’assurer le rôle de la propriété et
la prospérité. Cependant, il est clair que le territoire
appartient aux Na’vi, pas au peuple du ciel.
Curieusement, les conservateurs avaient rallié la
défense de la célèbre Suzette Kelo lorsque l’entreprise
Pfizer et la ville de London dans le Connecticut aux
Etats-Unis avaient tenté de saisir sa terre. Elle aussi
avait été « déraisonnable », comme les Na’vi : elle ne
voulait pas d’un meilleur prix ; elle ne voulait tout
simplement pas vendre sa maison. Comme Jake le dit à ses
supérieurs dans le film : « ils ne vont pas abandonner
leur maison ».
Avatar est un peu une sorte de version space opera de
l’affaire Kelo - qui a fini devant la Cour Suprême des
Etats-Unis en 2005 : des gens pacifiques défendent leur
droit de propriété contre des extérieurs qui le
convoitent et qui disposent d’un pouvoir largement
supérieur. Jake rejoint les Na’vi en criant « Et nous
allons montrer au peuple du ciel qu’ils ne peuvent pas
prendre ce qu’ils veulent ! Et que ceci est notre
territoire ! ».
Les conservateurs devraient pouvoir comprendre ce genre
d’histoire. Avatar a ses défauts, qui vont de dialogues
formatés à sa promotion utopique du « bon sauvage ».
Mais les conservateurs ne devraient-ils pas apprécier
une – rare
- défense des droits de propriété venant tout droit
d’Hollywood ?
David Boaz est le vice président exécutif du Cato
Institute à Washington DC.
Publié en collaboration avec UnMondeLibre.org
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