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USA:
WASHINGTON DC, le
16-02-2010.
Faut-il craindre les exportations chinoises ?
Auteur : Daniel Ikenson et Alec van Gelder
Pour les protectionnistes comme pour les sinophobes, que
la Chine surpasse l’Allemagne en 2009 pour devenir le
premier exportateur mondial augure d’un nouvel ordre
mondial fâcheux, avec les USA en troisième place. Mais,
au-delà d’une réflexion sur la puissante économique
grandissante de la Chine, cette évolution est le signe
de l’érosion des barrières économiques, politiques,
physiques et technologiques à la production.
En dépit de ce que peuvent clamer les lobbies
anti-chinois à Bruxelles, New Delhi et Washington, le
succès de la Chine est dû au commerce multilatéral avec
le reste du monde. Et lorsque le président Obama ou les
législateurs américains se plaignent de la Chine, ils
oublient que les exportations chinoises contiennent des
exportations… américaines.
A partir des libéralisations du commerce et de
l’investissement après la deuxième guerre mondiale, les
barrières sont tombées et les revenus ont augmenté
autour de la planète. L’ouverture de la Chine à
l’occident en 1978, la chute du mur de Berlin en 1989 et
de l’Union soviétique deux ans plus tard, l’effondrement
du communisme comme modèle pour les pays en
développement, l’explosion des transports par
containeurs, la technologie GPS, l’approvisionnement en
flux tendus, et toutes les autres révolutions de
l’information, des transports et de la communication,
ont généré une division mondiale du travail et de la
production qui défie l’analyse traditionnelle. Ainsi la
comptabilité en termes de flux commerciaux peut s’avérer
trompeuse.
L’économie de la mondialisation n’a plus à voir avec une
concurrence entre « eux et nous », entre « nos »
producteurs et les « leurs ». Au contraire, du fait de
l’investissement transfrontalier, de la production
transnationale et des chaînes logistiques, l’usine a
fait tomber ses murs et s’étend au-delà des frontières
et des océans. La concurrence se joue souvent entre des
marques ou des chaînes logistiques qui défient toute
identité nationale.
Quel rapport avec le fait que la Chine soit devenue
le premier exportateur mondial ?
La grande majorité des exportations chinoises dépendent
énormément d’importations du reste du monde : du fer de
l’Australie, de circuits intégrés de Taïwan, de Corée du
Sud ou de Singapour, de logiciels conçus par des équipes
de Redmond aux USA ou Bangalore en Inde, de design
d’équipes de Cambridge (USA ou Angleterre !) ou de
Toulouse en France, d’investissements levés par des
consortiums basés à New York, Sao Paulo ou Johannesburg.
La Chine est devenue le premier exportateur mondial
d’abord du fait de la division globale du travail qui a
aidé à réduire la pauvreté et créer de la richesse : la
Chine fournit une production à plus faible valeur
ajoutée. Les composants des IPods et Iphones d’Apple
sont assemblés en Chine, mais leurs designers en
Californie sont la vraie valeur de l’entreprise. Le
danois Ecco dispose d’usines à travers l’Asie mais ses
meilleures chaussures sont toujours dessinées et
fabriquées en Europe, où la qualité est garantie et le
facteur travail très bien formé – et bien mieux payé.
La Chine n’est pas devenue un acteur clé du commerce
mondial par hasard. Elle a capitalisé sur la nouvelle
réalité des chaînes globales logistiques et de
production : depuis 1983 elle a réduit de manière
unilatérale les barrières au commerce international,
réalisant qu’elles nuisaient essentiellement à la Chine
elle-même. Il est vrai que les politiques commerciales
chinoises sont loin d’être parfaites. Mais elles ont
largement et rapidement libéralisé, ce qui explique le
rôle majeur du pays dans l’offre et la production
mondiales.
Le calcul de qui gagne le plus des exportations demeure
problématique. Les biens intermédiaires sont envoyés en
Chine de pays tels que le Japon, Taïwan, Singapour,
l’Australie et les USA, pour y être assemblés, emballés
et exportés. Lorsque ces marchandises quittent les ports
de Shangaï, Tianjin, ou Guangdong pour l’export, les
règles simples de comptabilité attribuent la valeur
totale de ces exportations à la Chine, même lorsque la «
valeur chinoise » intégrée dans ces marchandises ne
représente qu’une fraction du total.
La méthode de comptabilité permet d’expliquer pourquoi
les exportations de la Chine ont explosé ces dernières
années, alors que la division du travail évoluait et que
proliféraient les chaînes mondialisées de production.
Une étude économique récente à l’Université de
Californie conclut que la valeur ajoutée chinoise dans
un IPod Apple de 30 Go représente seulement 4 dollars
sur un coût de 150 dollars, et pourtant le montant total
est comptabilisé comme une exportation chinoise.
D’autres études estiment que globalement la valeur
ajoutée chinoise dans tous les produits exportés de
Chine oscille en moyenne entre 35 et 50 %, une
proportion importante mais bien moindre que ce que les
chiffres bruts d’exportation ne l’impliquent.
Effectivement, comme l’a déclaré récemment Volker Treier,
économiste de la Chambre d’Industrie et du Commerce
allemande, « si la Chine croît, cela pousse l’économie
mondiale – et c’est aussi bon pour l’Allemagne qui est
elle aussi tournée vers l’export ».
Alors que nous considérons le nouveau statut de la Chine
en tant que leader des exportations mondiales, il est
important de saisir ce que cela signifie. Ces chiffres
parlent de manière bien plus convaincante des vertus de
l’interdépendance économique que des prouesses de la
Chine seule en matière d’exportations. Ces chiffres
pointent en fait vers les opportunités pour tous de
rejoindre l’économie mondiale.
Daniel Ikenson et Alec van Gelder sont respectivement
analyste au Cato Institute à Washington DC et directeur
de projet à l’International Policy Network à Londres.
Publié en collaboration avec UnMondeLibre.org
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