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COTE
D'IVOIRE:
ABIDJAN, le
17-02-2010.
S’il n’y
a pas d’élection y a quoi ?
Hé oui, le frère Venance Konan a d’ailleurs répondu à
cette question de manière éloquente il y a quelques
semaines déjà. Pourtant rien ne semble être compris par
les princes du jour en Eburnie ou plutôt en Côte
d’Ivoire. « L’enfant des élections » ne veut pas
d’élection. Qui l’eût cru ? Pas un grand nombre en tout
cas. Au jour d’aujourd’hui, l’évidence s’impose même aux
esprits les plus enclins au nihilisme.
Y a-t-il encore un doute que Mr Gbagbo rechigne à
faire face au verdict des urnes ? Dans un pays
dramatiquement défiguré où tous ce qu’il y a de repères
moraux ont été tronqués pour le dieu argent, il se
trouverait des gens pour vous dire : absolument oui.
Pas étonnant quand la profondeur de son budget de
souveraineté reste insondable comme le sont les voies du
Seigneur et quand la raison perd sa raison devant la
passion. Si on ne change pas une équipe qui gagne, alors
pourquoi changer une stratégie qui marche ? « On ne
pratique que ce que l’on sait » pour dire comme
Albert Camus. Ici en Gbagbo-gahio les prétextes pour ne
pas se soumettre à la phase la plus visible du
gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple
sont légions. Le temps qu’il fait et l’heure qu’il est
ont été parfois suffisants pour empêcher le trop patient
peuple de Côte d’Ivoire à choisir celui qui doit
conduire son destin.
A la dernière élection du Président Houphouët Boigny qui
était aussi la première sous l’ère du multipartisme, la
coordination de la gauche démocratique (FPI, USD, PIT…etc.)
avait demandé le boycott de ces élections qu’elle
trouvait taillées sur mesure. On pourra acquiescer si on
veut être fair play. Seul Laurent Gbagbo enfreindra à ce
mot d’ordre pour affronter le « vieux ».
En 1995, l’année du Boycott Actif prôné alors par le
front républicain (FPI et RDR) hé oui ! Entendez Gbagbo
Laurent et Djeny Kobenan. Les puristes de la chose
démocratique pourront avoir l’argument facile pour
soutenir que ces élections étaient biaisées et, il
serait difficile pour les esprits critiques de les
enquiquiner sur cet argument. A César ce qui est à
César…
En Octobre 2000, en lieu et place d’élection c’était
bien d’une sélection qu’il s’agissait. Au pas de charge,
pas moins d’une dizaine de candidatures sera rejetée
pour des raisons aussi fallacieuses les unes après les
autres par une Cour Constitutionnelle aux ordres des
grands dealers du jour (Gueï Robert et Gbagbo Laurent).
Le peloton de tête ainsi constitué ; les mauvaises
langues diront qu’il était question d’un choix entre le
choléra et la peste, ces diagnostics augurant d’une mort
à court ou à moyen terme pour ce pays qui fut une icône
de stabilité dans cette Afrique des déchirures
fratricides inutiles se trouve d’une pertinence aiguë de
nos jours. La queue du diable était visible, il ne
fallait que la tirer. Le choisi ne s’en privera pas du
tout mais alors pas du tout. Et vlan ! La calamité
pouvait maintenant s’abattre sur les bords de la lagune
Ebrié. Charniers, déchets toxiques, inondations,
escadrons de la mort, interdictions des marches,
compromissions de tout genre,… etc.
Bref, ce qui presse les pas presse aussi la langue.
Revenons en aux élections. Ainsi donc pour dire vrai, la
Côte d’Ivoire n’avait jamais failli au principe
d’entropie et du réglage minutieux quant au cycle du
suffrage populaire depuis son indépendance malgré le
règne du parti unique et, devant des situations souvent
approximatives et franchement déplorables. Toute une
époque n’est ce pas !
Nous sommes en 2010 et cela fait dix ans que la Côte
d’Ivoire n’a connu ni élections municipales, ni
législatives encore moins présidentielle le casus belli
de toutes les élections ici. Là où le bât blesse, c’est
le constat que tout ceci arrive pendant que l’un des
pionniers de l’acquis du multipartisme ivoirien soit en
charge de récolter et de fertiliser les champs des
libertés et de l’alternance démocratiques semés de
hautes luttes sous son cran dans la clandestinité et
dans la douleur. Ne pas concéder cela à Mr Gbagbo serait
faire preuve de mauvaise foi. Bien sûr il n’était pas
seul dans ce combat épique. On ne peut les citer tous
mais, pelle mêle honorons les doyens Zadi Zaourou, Wodié
Francis, Bamba Moriféré et autres soldats inconnus.
Rendons grâce ex cathedra à Jean Marie Adiaffi, Fotêh
Mémel et tant d’autres.
Qui peut le plus peut le moins dit l’adage.
C’est au pied du mur que l’on voit le vrai maçon. Quand
il n’était pas aux affaires, celui qui avait fait des
élections libres son credo et son « attiékê », ne doit
pas pouvoir justifier son allergie soudaine à ce mode de
succession de loin meilleur à celui qui l’a conduit sur
le trône, par ces incessants alibis sortis des livres de
Tintin.
Où se trouve le labeur ? Arracher au tout puissant PDCI
et à l’omnipotent Houphouët Boigny les revendications
d’expressions plurielles et la fin d’une culture de
monarchie républicaine ou, l’achèvement du rêve que l’on
a toujours nourri de voir son pays vivre la plénitude du
mécanisme de l’alternance quand on en est l’ordonnateur
? No brainer comme le dirait le coach de la NFL
américaine.
En opposant endurci, Mr Gbagbo une fois au pouvoir n’a
jamais oublié les reflexes de sa fonction primaire. En
fait il a géré le pays comme un opposant. Quand nous
scrutons le ciel politique africain, c’est dans la veine
des oppositions que de dénoncer la fraude orchestrée par
le pouvoir. Nulle part ailleurs ce rôle n’a été inversé
que dans la Côte d’Ivoire de la refondation. Ce n’est
pas un hasard que le sixième report des élections
appelle un septième par la simple volonté du FPI de voir
partout la fraude pour justifier son maintient au
pouvoir. Minoritaire et se sachant incapable de
remporter une élection dans les normes démocratiques, il
planifie une autre calamité pour faire main basse sur le
pays qu’il dit aimer et défendre. Entre aller aux
élections pour les gagner et aller aux élections pour ne
pas les perdre, mon cher frère et ami Mr Gbané a vu
juste d’établir la différence substantielle des deux
dispositions d’esprit. La première accepte une
compétition dans laquelle l’espoir de triompher domine
la possibilité de perdre et la seconde n’envisage aucune
probabilité de défaite. Cette dernière voie est celle du
FPI et de son candidat. Pour ce faire, il faut donc
toutes les conditions à eux imposer. Une nouvelle CEI,
une nouvelle liste électorale dégagée de tous ceux
suspectés de ne pas leur être favorable (délit de
patronyme) entre autres. La cabale contre Beugré Mambé
et les perquisitions nocturnes aux domiciles de citoyens
ciblés participent à leur plan machiavélique. Les
accrocs avec le Premier Ministre iront s’accroissant et
s’amplifiant dans les jours à venir après qu’ils aient
compris que ce dernier a magistralement joué la
symphonie achevée de leur roublardise. L’élève a-t-il
surclassé le maître ? La fin nous le dira.
Les socialistes tropicaux (le fpi est membre de
l’international socialiste) qui ont plus en partage avec
le MNR (Mouvement national républicain) de Bruno Maigret
pour qui Jean Marie le Pen du Front National est un
plaisantin dans ses concepts de l’extrémisme de droite,
n’ont comme programme de gouvernement depuis ces dix
dernières années que la chasse à « l’étranger intérieur
» qu’ils définissent comme le nationalisme. Devra t-on
rappeler que le nationalisme n’est ni un programme de
gouvernement ni une valeur de gauche. Mr Fologo dans un
de ses moments de grandes lucidité déclarait ceci : Le
pire qui puisse arriver à un pouvoir gauchisant est
d’être balayé par un mouvement populaire ». Dans la
posture actuelle du FPI, tout le puzzle démontre qu’à
défaut d’élection taillée sur leur ordre,
l’invraisemblable option semble au mieux d’être chassé
du pouvoir par les supposés ennemis de la Cote d’Ivoire
ou au pire par la vindicte populaire. Aussi inimaginable
que cela paraisse, elle demeure une analyse rigoureuse.
Toutes les théories étant renversée sous le nouveau
soleil de la refondation, on peut se poser cette
question: pourquoi rendre les choses simples quand on
peut les compliquer à volonté ?
Si la rébellion n’existait pas il aurait fallu
l’inventer
Le bilan le plus « réussi » de Gbagbo Laurent et de son
parti a été la rébellion du MPCI. …et Dieu créa la femme
; le FPI créa la rébellion. Souvenez vous, ils savaient
tous ce qu’entreprenaient les « ennemis » à leur régime
à l’extérieur. Les restaurants qu’ils fréquentaient, les
feux tricolores auxquels ils marquaient un arrêt etc.
Vous me direz qu’ils n’ont rien vu venir ? Faire la
politique c’est prévoir aussi. Ils ont pourtant perçu la
justification de toutes les turpitudes futures. C’est à
cause de la rébellion que la ville d’Abidjan n’est plus
nettoyée, que l’école se meurt, que les ivoiriens ne
mangent qu’un repas par jour, que les hôpitaux sont de
vrais mouroirs, que les châteaux foisonnent sur les
terres fertiles de désespoir et de désolation.
C’est aussi à cause d’elle que les élections ne peuvent
se tenir. L’Irak est allé aux élections, l’Afghanistan,
le Timor oriental dans des situations pires que la
nôtre. Le Libéria qui a connu une bonne décennie de
guerre civile réelle a élu la première femme de
l’histoire du continent, la Sierra Leone où les manchots
et les amputés forment une population importante du pays
pour cause de guerre a eu ses élections et son président
légalement élu. Comparaison n’est pas raison mais, en
Côte d’Ivoire tous savent que le ciel ne nous tombera
pas dessus à la suite d’élection organisée comme prévu
par les acteurs politiques. S’il y a prophétie d’un
nouveau fléau c’est parce que certains pour des raisons
qui nous échappent veulent se soumettre à ce qu’ils ont
eux même toujours combattus qui est la rotation par des
voies autres que démocratiques.
Il nous faudra vivement lever une vénerie pour chasser
ces prévaricateurs du champ politique africain en
général et ivoirien en particulier.
Haïdara Chérif
sidaty@juno.com
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