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FRANCE:
PARIS,
le 10-02-2010. Protection
de la biodiversité : changer de paradigme ?
Auteur : Michel de Poncins
Alors
que 2010 est l’année de la biodiversité, l’UNESCO a
lancé à Paris une exposition le 21 janvier dernier,
suivie d’une conférence sur ce thème. Si la protection
de la biodiversité est a priori louable, elle peut se
transformer en objectif chimérique, en conduisant à des
excès et surtout, à créer une nouvelle bureaucratie.
Espèces en voie de disparition
Elle repose souvent sur le vieil artifice de la peur qui
mobilise les populations. On nous annonce que les
dauphins du Mékong meurent. Il paraît qu'en 2050 les
requins auront disparu. Il s’ajoute que les albatros,
splendides oiseaux océaniques dont l'envergure peut
atteindre jusqu'à 3,5 mètres, sont très menacés. Tous
les experts annoncent que la population mondiale du
tigre a chuté de 95 %, seuls 4000 spécimens résistants
encore dans la nature. D’autres espèces devraient
disparaître ; de magnifiques photos terrifiantes à
souhait nous sont montrées. Des nouvelles viennent
d'être publiées à propos des orangs-outangs. Il y a un «
regain d'espoir » pour l'avenir de ces grands singes ;
il ne resterait plus, d'après les estimations des
experts, que 50 000 à 60 000 individus vivant à l'état
sauvage dont 80 % en Indonésie et 20 % en Malaisie. La
bonne nouvelle est qu'une colonie de plusieurs milliers
d'individus vient d'être découverte à l'est de Bornéo.
Des excès
Natura 2000, directive européenne, établit partout,
depuis 1992, des zones rurales où aucune activité n’est
autorisée, sauf accord de Bruxelles. Cette directive a
pour effet, au nom de la protection de la biodiversité,
de paralyser ou de ralentir toute nouvelle activité,
sauf accord du préfet, dans les territoires
malheureusement visés. De ce fait, on est obligé de se
demander si elle ne génère pas, dans la réalité, chômage
et pauvreté.
En France, Le coût du TGV pour Marseille a été majoré à
l’époque pour protéger un unique couple d’aigles de
Bonnelli, dont, au demeurant, il n’est pas sûr que la
trace ait été retrouvée. A cette fin, le tracé a été
modifié et le chantier fut interrompu à plusieurs
reprises. Il a fallu aussi complaire aux castors et,
notons bien la précision, aux plobates cultripèdes qui
sont, comme tout le monde ne le sait sans doute pas, de
rarissimes crapauds.
Cela rappelle aussi une autoroute dans la Sarthe dont la
construction fut bloquée longtemps, d’abord pour un
pique-prune puis ensuite encore pour des chauves-souris,
espèce fort à l’honneur : peu importe que l’autoroute
ait été urgente pour éviter des accidents sur des routes
secondaires.
En France, un chasseur a été poursuivi parce que pour
échapper à une mort certaine il avait tué une ourse.
Aurait-il dû faire une sommation ? En tout cas il fut
obligé pour se défendre, non contre l'ourse mais contre
les associations plaignantes, d'arguer de sa bonne foi
et de démontrer, lors d'une reconstitution du « drame »,
qu'il était vraiment en danger.
Le risque de bureaucratisation
Tous ces faits qui se multiplient et se reproduisent
dans le monde entier conduisent à beaucoup
d'interrogations. Selon ce qui est une véritable mode,
il s'agit donc de respecter la biodiversité : les
diverses espèces animales seraient menacées d'extinction
et il faudrait les protéger, c'est-à-dire en fait créer
des bureaux officiels pour s'occuper de la protection de
ces espèces jugées menacées.
Mais finalement n'est-ce pas une vraie chimère ? Faut-il
reconstituer les espèces telles qu'elles étaient en 1900
? Faut-il protéger les espèces telles qu'elles sont en
2010 ? S'il faut protéger la totalité des espèces, nous
nous trouvons devant une tâche évidemment impossible. Il
existe des dizaines de millions d'espèces dont une toute
petite partie, simplement, est connue : la découverte de
grands singes que l'on ne connaissait pas montre
l’impossibilité de tout recensement.
Mais ces difficultés ne découragent pas les créateurs de
la chimère qui bâtissent toute une armature légale pour
la consolider : réglementations et organismes
fleurissent de tous côtés et les coûts sont
considérables. On peut s'interroger sur la finalité de
ce mouvement. De solides intérêts ne se cachent-ils pas
derrière ? N'aboutit-il pas tout simplement au bien-être
de bureaucraties publiques qui prospèrent sur la bonne
conscience ? Par ricochet, cela mène à des impôts qui
frappent précisément ceux qui aiment la nature et
veulent la protéger.
Le rôle de la propriété
La protection de la biodiversité ne semblerait passer
que par la réglementation et la bureaucratie. Or, on
oublie le rôle fondamental de la propriété, et bien
évidemment de la propriété rurale, dans la gestion de la
biodiversité. La propriété, dont les modes sont divers,
adaptables et souples, responsabilise. Les propriétaires
ont une incitation, un intérêt à long terme à protéger
l’espace naturel qu’ils possèdent et le gèrent de
manière à ce qu’il soit durable. La biodiversité est
naturellement un de leur souci majeur.
A cet égard, les pays en voie de développement nous
offrent un exemple fort instructif. Beaucoup d'entre eux
ont multiplié des initiatives en vue de respecter la
biodiversité avec le minimum d'impôts et de
réglementations : ce sont, notamment, les safaris et les
parcs naturels. C'est un exemple frappant de protection
de la nature avec le minimum de frais et l'exercice du
droit de propriété. Mieux, encore cette méthode montre
que la protection de la nature peut conduire à des
activités rémunératrices et créer des emplois.
Les pays plus avancés pourraient s'en inspirer. On peut
fort bien imaginer que ceux qui, légitimement, dans ces
pays s'intéressent aux loups, aux ours ou aux
chauve-souris, espèces particulièrement choyées par les
pouvoirs publics, pourraient fort bien satisfaire leur
passion en acquérant ou en louant le territoire voulu
pour laisser leurs animaux favoris s'épanouir librement.
Comme l'ont amplement démontré les travaux du Prix Nobel
d'économie 2009, Elinor Ostrom, il est sans doute temps
de sortir du paradigme réglementaire en matière de
protection de l'environnement.
Michel de Poncins est économiste.
Publié en collaboration avec UnMondeLibre.org
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