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GRECE:
ATHENES, le
25-02-2010.
Aux
origines de la crise grecque
Auteur : Takis Michas
Pour comprendre la crise grecque il faut savoir que sous
l’ancien gouvernement conservateur mené par Nouvelle
Démocratie (2004-2009), le secteur public a été
massivement étendu. Le nombre de fonctionnaires a
augmenté de 75 000, soit une augmentation de 10%
approximativement, dans un secteur public déjà important
et inefficace. Ce dernier compte pas loin de un million
de fonctionnaires : près d’un actif sur quatre. Les
salaires et les retraites s’y sont aussi envolés, de 30%
sur la période.
La Grèce étant un membre de la zone euro, elle pouvait
emprunter à bon marché pour financer ces coûts tant
qu’il y avait de la croissance. Mais quand la Grèce a
sombré dans la récession l’année dernière, cette
pratique est devenue insoutenable. La crise s’est
amplifiée lorsqu’il a été révélé que le gouvernement
précédent avait menti sur les chiffres du déficit
budgétaire. Ainsi, il avait soutenu en 2009 que le
déficit était de 3,7% alors qu’on a appris plus tard
qu’il était en réalité de 12%.
A un niveau plus profond, les « racines structurelles »
de la crise se trouvent du côté de la nature
clientéliste de la politique en Grèce. Les politiciens
grecs utilisent depuis des années l’État comme un moyen
de distribuer des faveurs à leurs électeurs. Offrir un
poste très courtisé dans le service public (qui signifie
un emploi et un revenu à vie, et un travail
généralement tranquille) était une pratique répandue
dont les conséquences sont payées aujourd’hui par le
pays sous la forme d’un secteur public énorme,
gaspilleur, inefficace et corrompu.
En Grèce comme ailleurs, si la direction d’une
entreprise fournit des chiffres trafiqués sur la
situation financière de l’entreprise dans le but de
faire monter le cours de l’action de l’entreprise, elle
risque des poursuites judiciaires. Mais en Grèce,
contrairement à la majeure partie du reste du monde, si
ceux qui sont responsables du maquillage sont des
membres du gouvernement et si les victimes sont des
xenoi (les étrangers en grec), les premiers ne craignent
rien.
Bien qu’il paraisse certain désormais que l’ancien
gouvernement de Nouvelle Démocratie a truqué les
statistiques dans le but d’améliorer l’image économique
de la Grèce auprès des investisseurs, aucune poursuite
n’a été engagée à l’encontre de l’ancien Premier
Ministre Costas Karamalis ou de son entourage. Pourtant
la distorsion délibérée des chiffres du déficit
budgétaire grec constitue une tromperie à l’égard des
acheteurs de la dette grecque. Et bien que l’actuel
premier ministre George Papandreou ait été assez
courageux – relativement aux standards grecs – de
révéler l’ampleur des manipulations financières, il
s’est néanmoins abstenu de diligenter une enquête sur
cette fraude.
L’absence de volonté ou l’incapacité du système
juridique et politque grec pour trouver et punir les
responsables de cet acte de désinformation a créé un
vide moral dans lequel toutes sortes de théories de la
conspiration fleurissent. Elles ont en commun d’accuser
les victimes – les détenteurs de la dette grecque – pour
la situation difficile actuelle du pays. Tous les jours
les médias grecs relatent des histoires sur les
méprisables « spéculateurs », les « profiteurs », les «
banquiers », les « financiers » et autres « requins » à
condamner.
Selon la théorie de la conspiration la plus en vogue, la
Grèce est en ce moment engagée dans un combat pour
sauver l’honneur de la zone euro… Les « attaques » des «
spéculateurs étrangers » contre la Grèce constituent en
effet un assaut contre l’euro par les « forces obscures
» (lire : les américains) qui ne souhaitent pas que
l’Europe prospère et assume sa place légitime sur la
scène internationale. C’est un discours qui convient
parfaitement à la majorité de la population. Depuis 30
ans, tous les partis grecs l’ont abreuvée de rhétorique
« anti-impérialiste », selon laquelle la cause des
malheurs de la Grèce est toujours à chercher du côté des
xenois et des machinations des « profiteurs néolibéraux
».
Il n’est donc pas surprenant que ces théories de la
conspiration soient si populaires. D’ailleurs lorsqu’on
entend un Grec dire « nous n’avons qu’à nous en prendre
qu’à nous-mêmes » pour la crise, ce que cela signifie en
réalité est que les grecs se sont fourvoyés en révélant
aux « étrangers » l’ampleur véritable du déficit
budgétaire. Si seulement le gouvernement actuel n’avait
pas révélé le maquillage au monde entier, la Grèce
pourrait continuer à pomper les « stupides Francs » pour
de nombreuses années encore. En d’autres termes, le
problème n’est pas la taille du déficit lui-même, mais
le fait que le gouvernement actuel ait choisi de le
révéler au monde.
Ainsi, on le voit, le problème grec n’est pas simplement
économique, il est aussi moral.
Pour le professeur George Bitros de l’Université
d’Athènes, « la falsification des données statistiques
est une longue tradition en Grèce, et ne vient pas
simplement de l’intervention du gouvernement ». Il
continue : « c’est un échec sérieux et systémique qui a
ses racines dans la faillite du système politique comme
dans la structure et le manque de transparence du
secteur public. Cela signifie que le cancer s’est
répandu très loin dans la structure du système et
transformerait un saint en Raspoutine ».
Ne pas punir ceux qui portent la responsabilité
politique de cette tromperie massive ne fera rien pour
restaurer la crédibilité de la Grèce auprès des
investisseurs internationaux. Initier des poursuites à
l’encontre des responsables ne calmera sans doute pas
les marchés mais montrera au monde que la fraude n’est
plus tolérée en Grèce – même quand les victimes sont des
xenois.
Takis Michas est journaliste à l’Eleftherotypia, un
quotidien grec.
Publié en collaboration avec UnMondeLibre.org
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