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GUINEE:
CONAKRY, le
11-02-2010.
«
On s'achemine vers une sortie de crise paisible»
Dans cette interview, le secrétaire aux relations
extérieures du Parti démocratique de Guinée (PDG-RDA) se
réjouit de la relance de la transition. Mohamed Touré
(fils du défunt président Hamed Sékou Touré) analyse par
ailleurs la nouvelle donnée politique qu'il espère voir
déboucher sur une sortie de crise définitive.
L’INDÉPENDANT: QUEL BILAN POUVEZ VOUS DRESSER DU
CNDD ?
Je ne peux exactement parler de bilan, au sens strict.
Pour cela, il y eut fallu disposer de plus de données.
Néanmoins je puis dire, de mon point de vue que les
actions entreprises par le CNDD en l’espace d’un an, est
très appréciables sur des points essentiels.
LESQUELS ?
Mohamed Touré : En premier lieu l’arrivée du CNDD
a permis à la nation de sortir d’une situation critique
et dangereuse suite au décès du Président Conté. Chacun
se demandait comment les choses allaient se passer et
beaucoup prédisaient une période chaotique, sinon plus.
Il faut même reconnaître qu’une transition militaire
était attendue et souhaitée par les guinéens et même une
bonne partie de la communauté internationale. Les
discours tenus par le CNDD le 23 décembre et les jours
suivants ont conforté les uns et les autres dans ce
sens, ce qui explique d’ailleurs le large soutien a leur
prise de pouvoir.
Ensuite le CNDD a pose des actes et entrepris des
actions dans des domaines qui constituaient des
préoccupations majeures pour la très grande majorité des
guinéens, notamment
•La lutte contre le grand banditisme et les
narcotrafiquants qui avaient atteint des proportions
insoupçonnées au plus haut niveau de l’Etat ;
•L’amorce des audits liés à la gestion douteuse de nos
services publics au cours des dernières décennies ;
•La renégociation des conventions minières, halieutiques
et forestières qui avaient été établies sur le pillage
systématique des ressources du pays. Si cette action est
saluée par mon Parti, elle ne signifie pas, a notre
avis, qu’il faille entrer en conflit avec nos
indispensables partenaires, mais elle doit aboutir à
mieux tenir compte des intérêts de nos populations ;
•La reconstruction des casernes militaires, condition
sine qua non de la restructuration de l’armée
•Le programme minimum eau et électricité ainsi que la
réhabilitation de routes et pistes assurant en un
minimum de temps un mieux-être relatif pour les
populations en souffrance.
L’INDÉPENDANT: QUEL EST LE REVERS DE LA MÉDAILLE
?
Mohamed Touré : Il conviendrait avec moi
qu’aucune action humaine n’est parfaite. Plus
fondamentalement, le CNDD a tergiversé sur son
engagement à ne pas se présenter aux élections
présidentielles, ce qui a laissé planer des doutes qui
ont été exploités par ses adversaires ;
Tout cela a abouti aux tragiques évènements du 28
septembre, qui ont déclenché une crise politique majeure
en Guinée, dont les conséquences auraient pu être très
graves pour le pays et pour la sous région Heureusement,
par la Grâce de Dieu, on s’achemine aujourd’hui vers une
sortie de crise paisible.
C’est d’ailleurs le lieu d’adresser nos sincères
remerciements à sa Majesté le Roi Mohamed VI du Maroc
pour avoir accueilli et aidé à sauver la vie du
Président Moussa Dadis Camara. Les remerciements vont
également au Président du Faso, S.E. Blaise Compaoré
dont l’intelligence et l’expérience politiques nous ont
permis d’éviter le pire.
L’INDÉPENDANT: QUELLE EST VOTRE LECTURE DE CETTE
SORTIE DE CRISE ?
Mohamed Touré : Personnellement, j’ai beaucoup
d’espoirs, et ces espoirs sont rationnellement fondes
sur une analyse objective.
Il est très réconfortant de constater la reprise du
dialogue entre toutes les forces politiques en présence.
Je suis convaincu que si les guinéens continuent ce
dialogue, il n’est pas de problèmes qu’il leur soit
insurmontable.
D’autre part, il apparaît aujourd’hui que les forces
politiques se regroupent en blocs. Ceci répond à une
nécessité de restructuration de notre classe politique
qui pourrait déboucher sur plus de cohérence et
d’efficacité dans le processus démocratique et pour le
pluralisme politique dans lesquels nous sommes engagés.
Mon espoir se fonde également sur le fait que, en
intégrant les forces de défense et de sécurité, les
blocs de partis politiques, les syndicats et les
religieux. Les organes produits par les négociations de
Ouagadougou, notamment le CNT et le Gouvernement de
Transition, sont représentatifs des différentes forces
politiques et sociales de notre pays.
L’INDÉPENDANT: MALGRE TOUT, LA TRANSITION RESTE
ENCORE FRAGILE. QUELLES MESURES PRECONISEZ VOUS POUR
RENFORCER CETTE SORTIE DE LA CRISE ?
Mohamed Touré : Avant tout, il faut maintenir et
renforcer le dialogue entre toutes les forces politiques
et toutes les composantes de la nation. Dans le cadre de
ce dialogue inclusif, donner à chacun la possibilité de
formuler des propositions et de se faire entendre me
semble une chose essentielle pour que tous se retrouvent
dans les mesures qui seront mises en œuvre dans la
feuille de route des organes de la transition.
C’est la ou je situe également la mission première du
CNT. Il faudra éviter que l’élaboration de la nouvelle
Constitution et des lois organiques ne soit qu’une
simple affaire d’experts cooptés par quelques acteurs
politiques. Soumettre les propositions à la caution du
peuple me semble incontournable si l’on veut éviter
d’être des otages d’une Loi Fondamentale de nouveaux
taillée sur mesure et qui, de ce fait, sera encore
tripatouillée comme l’a été la précédente.
L’INDÉPENDANT: SI C’EST PAR VOIE RÉFÉRENDAIRE
QU’ON DOIT OBTENIR LA CAUTION DU PEUPLE, ÇA POURRAIT
ETRE LONG A ORGANISER ?
Mohamed Touré : Par voie de referendum, pourquoi
pas, si cela est techniquement possible dans un délai
raisonnable ? Sinon il est possible d’imaginer d’autres
formules, comme l’organisation de fora préfectoraux et
régionaux, comme on l’a fait par exemple pour
l’élaboration et l’adoption de la Stratégie de Réduction
de la Pauvreté et d’autres documents de politique de
développement. En tout état de cause, nous ne sommes
pas, en la matière, dans une course de vitesse. Si la
Guinée doit, comme le suggère le Président Obama, se
doter d’institutions fortes, cette force leur viendra
uniquement de la participation et de l’adhésion des
populations. Je me fonde toujours sur le même principe,
qui a toujours été celui du PDG RDA deuils sa
constitution : le référentiel suprême, c’est le peuple.
Nous avons une chance exceptionnelle de jeter des bases
consensuelles de notre État de Droit ne la ratons pas
cette fois ci !
L’INDÉPENDANT: COMMENT VOYEZ VOUS LE PROCESSUS
ELECTORAL QUI DOIT RESTAURER L’ETAT DE DROIT ET METTRE
EN PLACE LES INSTITUTIONS REPUBLICAINES ?
Mohamed Touré : Je suis quelque peu surpris de
voir ceux la même qui ont critique les élections
communales et législatives précédentes, vouloir
maintenant aller directement aux présidentielles, en
acceptant que celles-ci soient, gérées par ceux dont ils
contestent la légitimité.
Si l’on veut être sérieux, si l‘on veut construire un
État de Droit sur la base de la légitimité, il faut
procéder d’abord aux communales, puis aux législatives
et enfin aux présidentielles. Cette approche est la
pierre de touche permettant l’évaluation réelle en
termes de représentation, de tous les partis et de
chaque parti.
L’INDÉPENDANT: TOUT CELA EST-IL POSSIBLE EN SIX
MOIS ?
Mohamed Touré : Tout cela dans un délai
raisonnable. Il y a toujours des solutions possibles à
un problème bien posé. Par exemple, on peut valablement
combiner les communales et les législatives, puis faire
les présidentielles dans un délai très raisonnable.
L’INDÉPENDANT: QUELS SONT VOS ENGAGEMENTS ET CEUX
DE VOTRE PARTI PAR RAPPORT À CETTE SITUATION ?
Mohamed Touré : Mon Parti, le PDG-RDA, est membre
actif des Forces Vives. Nous nous félicitons d’ailleurs
que l’esprit de nos propositions se retrouve dans les
accords de Ouagadougou. Je vous renvoie à cet effet aux
différentes prises de position publiques précédentes et
subséquentes à la Déclaration de mon Parti publiée le 29
octobre 2009 et le 10 janvier 2010.
Notre Parti continuera à agir dans la mise en œuvre du
programme de la transition par la poursuite et
l’intensification du dialogue, et la création de toutes
les conditions pour l’émergence de l’Etat de Droit suite
à des élections libres, équitables et transparentes. Les
propositions que je viens de formuler vont dans ce sens.
Suite à cela, notre Parti contribuera à l’éducation
politique du peuple, à l’animation de la vie politique
du pays et participera légitimement à la compétition
pour le pouvoir politique lui permettant de réaliser son
projet de société et son programme de développement.
L’INDÉPENDANT: ET VOUS, PERSONNELLEMENT ?
Mohamed Touré : Je n’aime pas personnaliser, mais
je sais que pendant quelque temps je ne saurais échapper
à ce genre de question. Personnellement, en tant que
fils du feu Président Ahmed Sékou Touré, ce n’est pas
seulement en raison de mon ascendance biologique que je
me retrouve dans l’actuelle direction du parti. J’ai eu
la chance, à ses cotés et aux cotés de ses camarades, de
me pénétrer profondément de la justesse et de la
noblesse des valeurs qu’il portait avec son parti. Voila
pourquoi, d’abord militant de base, je me retrouve
aujourd’hui au poste de secrétaire aux relations
extérieures du comité central du PDG-RDA.
L’INDÉPENDANT: QUELLES SONT, D’APRÈS-VOUS LES
PERSPECTIVES ÉCONOMIQUES A TERME POUR LA GUINÉE ?
Mohamed Touré : Je suis un éternel optimiste,
bien que mon optimisme ne soit pas sans fondement
rationnel.
A terme, la Guinée peut jouer un rôle pilote déterminant
pour le développement et l’intégration de l’ensemble de
la sous région ouest africaine, sinon au-delà. Nos
partenaires le savent. Dans cet ordre d’idées, je suis
convaincu que la Guinée a plus besoin d’une coopération
équitable, « gagnant-gagnant ». Comme le disait Feu le
Président Ahmed Sékou Touré, l’aide doit simplement nous
aider à nous passer de l’aide. Pour cela, sur la base
d’une vision à moyen et long terme, il suffit de créer,
avec des hommes intègres et patriotes, une meilleure
gouvernance politique et économique et non plus se
livrer au pillage de nos ressources.
L’INDÉPENDANT: SUR QUELLES RESSOURCES DEVRA T-ON
SE FONDER POUR RELANCER LA CROISSANCE ÉCONOMIQUE ?
Mohamed Touré : Quoiqu’en disent certains, la
Guinée a d’abord une vocation minière. C’est la bonne
gestion de nos ressources minières qui peut nous fournir
les bases de notre industrialisation, intégrant
l’agriculture, l’énergie, les manufactures, la création
des services les plus modernes tous créateurs d’emplois.
La conjoncture est aujourd’hui favorable, plus qu’elle
n’a jamais été au début de notre indépendance.
C’est pourquoi nous avions salué l’engagement du CNDD
pour la révision des conventions minières. Ceci dit, le
secteur agricole, avec plus de 80% de la population
active reste pour nous la base du développement
économique en tant que source d’emploi et créatrice de
richesse pérenne parce que renouvelable pour la grande
majorité des guinéens.
L’INDÉPENDANT: IL YA UNE IMMENSE ET URGENTE
DEMANDE DE SERVICES SOCIAUX ESSENTIELS DE LA PART DES
GUINEENS ? QUE FAIRE POUR REPONDRE RAPIDEMENT A CETTE
DEMANDE, SURTOUT EN FAVEUR DES POPULATIONS LES PLUS
PAUVRES ?
Mohamed Touré : Se sont la des questions qui
mobilisent toute notre attention et notre énergie. En
tout état de cause, tous ces points seront détaillés
dans des Documents de Stratégie dans les domaines
politique, économique, social et de politique extérieure
en voie d’élaboration dans le cadre de la préparation du
prochain Congrès du Parti.
L’INDÉPENDANT: MERCI MONSIEUR TOURÉ.
Mohamed Touré : C’EST MOI QUI VOUS REMERCIE.
INTERVIEW REALISEE PAR ALY BADARA CONDE
(Interview transmise à
Guineemoderne par Condé Bangaly) |