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GUINEE:
CONAKRY, le
25-02-2010.
Esquisse
d’un programme de transition démocratique pour la Guinée
Diantre, qu’il est difficile de faire entendre une
autre voix dans ce concert d’hypocrisie et
d’opportunisme politique et social!
Il faut faire des élections présidentielles dans 6 mois,
pour le reste, circulez il n’y a rien d’autre à voir ni
à dire.
Et pourtant, aucune société qui se voudrait
démocratique, ne peut faire l’économie du débat, n’en
déplaise aux prophètes de la pensée mécanique.
Que faire pour faire comprendre à cette prétentieuse
élite politique, intellectuelle et économique guinéenne
que l’obsession présidentielle est un handicap dangereux
pour une démocratisation sereine et effective de la
Guinée?
Il faut noter que derrière cette obsession se cache
toujours le malaise d’un peuple qui au lieu d’apprendre
à se responsabiliser et à se prendre en charge, est
toujours à la recherche d’un improbable messie.
L’homme providentiel. L’homme magique. Ce président
mi-humain mi-Dieu qui va comme par magie donner aux
Guinéens tout ce qu’ils attendent et tout ce qui leur
manque. Cet homme n’existe pas! Il n’existera jamais !
Un pays, une nation se démocratise et se développe par
une dynamique d’ensemble. Un processus cohérent et
harmonieux, qui prenne en compte la globalité des
problématiques.
Il n’est pas question de faire preuve d’une quelconque
naïveté ou extrémisme politico-philosophique.
Mais les réussites démocratiques se conçoivent et se
perçoivent à travers le processus politique et social
qui les enclenche.
Ce qui n’est à mon sens pas le cas avec cette hystérie
et monomanie électoraliste et présidentialiste.
Un programme de transition qui ne tourne qu’autour de
l’élection présidentielle prouve si besoin en était à
quel point la surdité politique et sociale ( supplantée
par une idéologie internationale) est en train de mener
ce pays dans l’impasse et vers une démocratie purement
formaliste qui met sous le tapis les véritables enjeux
politiques et sociaux auxquels notre pays doit faire
face s’il veut construire une démocratie solide,
paisible et prospère.
La démocratie plus que son contenu, demeure avant tout
comme un processus singulier qui consiste à donner à
chaque citoyen la légitime possibilité de participer à
la définition et à la mise en œuvre de ce qui concerne
son destin. Car la démocratie est une philosophie qui
donne autant d’importance au fond qu’à la forme, autant
au contenu qu’au contenant !
Il y a pourtant des Guinéens qui pensent autrement que
les monomaniaques de l’élection présidentielle, et qui
ne sont motivés par aucun intérêt singulier autre que
celui d’apporter leur petite pierre à l’édification
d’une société démocratique respectable et effective.
C’est pourquoi je pense que, vu la situation guinéenne,
vu sa fragilité, vu son histoire il conviendrait
d’adopter une démarche qui permettrait de mieux réussir
cette transition si capitale pour la Guinée.
Il faut structurer cette transition en cinq phases.
Comme je l’ai toujours dit et défendu, si la volonté des
autorités de transition est sincère, si ces autorités
font preuve de neutralité et d’impartialité, alors
pourquoi prendre le risque d’une précipitation
dangereuse?
Vu que la Guinée s’est déjà dotée d’un gouvernement de
transition nationale et qu’elle s’apprête à mettre sur
pied le conseil national de la transition, il sera
préférable de ne pas hâter les choses et de créer les
conditions nécessaires pour une démocratisation sérieuse
et profitable à tous.
C’est pourquoi je m’en vais proposer les différentes
étapes qui permettront de mieux réussir cette rupture
historique:
1° étape : Le référendum constitutionnel.
Ici nul besoin de rentrer dans d’interminables querelles
juridiques pour savoir si le conseil national de la
transition a la légitimité ou pas d’adopter la nouvelle
Constitution guinéenne. Différents points de vue gardent
leur logique. En ce qui me concerne, je n’ai jamais été
favorable à la possibilité de donner au CNT ce droit
fondamental d’adopter la nouvelle constitution. Ma
position, au delà des arguments juridiques, se base
surtout sur une logique politique et symbolique.
Il me semble qu’au regard de l’histoire guinéenne, il
serait hautement nécessaire de saisir cette occasion
afin de faire participer librement et démocratiquement
tout le peuple guinéen à ce moment historique et
symbolique qu’est l’adoption du corpus fondamental de
notre vivre ensemble.
Et quelle meilleure occasion que le référendum
constitutionnel. C’est pourquoi je plaide pour que le
CNT soit l’organe chargé d’ouvrir le débat
constitutionnel de mettre en ordre les idées pour
laisser au final le peuple décider par un vote
référendaire de son adhésion ou pas à notre nouvelle
Constitution.
2° étape : Les élections locales.
Toute meilleure démocratisation se façonne à partir de
la base. Et quoi de mieux que les élections locales pour
ancrer les fondements, tant sociologiques que culturels,
d’une nouvelle société libre.
Le local est un élément essentiel de toute démocratie
nationale. Avant l’élection présidentielle il serait
souhaitable de permettre d’abord aux Guinéens de choisir
pour la première fois et de façon totalement
démocratique avec toute la liberté qui sied à cette
démarche, leurs représentants locaux (toutes les
institutions électives locales déjà existantes et
éventuellement celles auxquelles la nouvelle
Constitution pourrait donner naissance…).
Et cela pourrait être une preuve donnée aux Guinéens de
la rupture politique qui s’engage. Par ailleurs les
élections locales permettront aux différentes formations
politiques de mesurer leur assise locale.
3° étape : Les élections législatives.
L’Assemblée Nationale demeure par excellence le lieu
d’incarnation de la souveraineté populaire.
Il serait donc plus cohérent et plus logique de désigner
des représentants de la nation chargés de voter les lois
et de contrôler l’exécutif avant l’élection
présidentielle.
Il semblerait incongru de laisser une structure en
l’occurrence le CNT, à la légitimité moindre et fragile,
contrôler et juger les choix et les actions d’un organe
(l’exécutif) objectivement et souverainement investi par
un vote populaire.
Par ailleurs, un des avantages de cette démarche est de
sortir les Guinéens de l’obsession présidentialiste en
leur faisant comprendre que les nations ne sont jamais
faites par un seul homme mais par un ensemble de
structures, de logiques, de principes et de symboles.
Les querelles présidentielles sont les poisons des
politiques africaines !
4° étape : L’organisation d’un forum de
réconciliation et de consolidation nationale.
Les Guinéens ont besoin de parler. Les Guinéens ont
besoin de se parler.
Ce forum pourrait être l’occasion sans chercher de bouc
émissaire, pour le peuple de Guinée de tout mettre à
plat afin de se pardonner et de partir sur de nouvelles
bases.
Je pense qu’au regard de l’histoire guinéenne tout
projet d’audits, d’accusations, ne ferait que fragiliser
et envenimer la situation. Ce d’autant plus que tout
audit sérieux en Guinée n’épargnera quasiment personne.
Et pour cela, il nous faudrait une prison géante pour y
mettre la quasi-totalité des Guinéens pour corruption
passive et/ou active.
Sans vouloir manquer de respect à personne, ni accuser
personne, il serait extrêmement difficile de trouver en
Guinée, parmi ceux et celles qui ont eu à occuper des
hautes fonctions publiques ou privées, à qui on ne
trouvera rien à reprocher (par activisme ou par
passivité).
Et d’ailleurs comment auditer dans une société qui à
fouler au pied les pratiques étatiques les plus
élémentaires? Un pays dans lequel, par courtisanerie et
par lâcheté, un fonctionnaire peut signer, ou faire
disparaître n’importe quel document sans savoir ce dont
il s’agit !
A la place des audits, il serait préférable d’opter pour
ce forum qui permettra à tout un chacun de se faire
entendre si nécessaire et de se faire pardonner si
besoin en était.
Les grandes nations pour avancer ont eu besoin de
tourner sans jamais les oublier les pages les plus
sombres et les plus dramatiques de leur histoire.
Il me semble même qu’il devrait revenir à ce forum de
définir de façon transparente et démocratique quels sont
les faits et gestes qui pourront bénéficier du pardon
national et ceux qui devraient faire l’objet de
traitements judiciaires civils et pénaux.
En ayant à l’esprit cette règle capitale qui sera
d’éviter de désigner à la vindicte populaire des boucs
émissaires idéaux.
5° étape : L’élection présidentielle.
On y est, c’est le cœur, malheureusement, de tout le
conflit politique guinéen. Cette élection pourrait avoir
lieu une fois que les trois précédentes étapes auraient
été franchies avec succès.
Ce choix permettra d’une part dans cette période si
fragile de reporter (et pourquoi pas d’éviter !) les
conflictualités politiques futiles et dangereuses ; et
d’autre part de permettre à la Guinée d’avoir une assise
politique et démocratique qui lui donnera les moyens de
résister aux dangers que recèlent les compétitions
présidentielles en Afrique.
Il est d’ailleurs impensable et inadmissible d’imaginer
que la Guinée puisse exclure du vote qui permettra de
désigner son futur président démocratique, ses citoyens
vivant à l’étranger.
Cette hypothèse prouve d’ailleurs si besoin en était à
quel point les responsables politiques guinéens sont
prêts à sacrifier les principes les plus élémentaires de
toute société démocratique qui se respecte pour avoir
leur fameuse élection présidentielle.
Et comment la communauté internationale qui dit se
battre pour la démocratie pourrait accepter qu’on puisse
exclure des millions de personnes au seul motif de
respecter un délai qui a été fixé sans jamais prendre en
compte tous les éléments de la problématique guinéenne.
Sauf à croire qu’en bons nègres les Africains en
l’occurrence les Guinéens ne méritent pas mieux que
cette démocratie au rabais. Une démocratie de façade !
En respectant ce processus de transition ainsi que les
étapes mentionnées, la Guinée peut se donner le temps de
se préparer sérieusement pour la réussite de cette
transition.
Dés lors, le gouvernement en accord avec le CNT pourrait
prononcer la dissolution de toutes les institutions
électives locales et annoncer des nouvelles élections
dans les 6 mois à venir.
Trois mois plus tard pourront avoir lieu les élections
législatives.
Les élections présidentielles pourront intervenir 3
autres mois plus tard après la fin d’une conférence de
réconciliation nationale qui sera constituée par les
représentants de toutes les collectivités locales élues
et de l’ensemble des députés etc…
Il est légitime pour les partis politiques de vouloir
conquérir et accéder aux plus hautes responsabilités
publiques. Et l’élection reste le moyen le plus
souhaitable à cet effet.
Mais les élites politiques, économiques et
intellectuelles ne doivent pas prendre la Guinée et les
Guinéens en otages en leur imposant leur calendrier sans
aucun débat ni alternative possibles.
Et malheureusement on a parfois l’impression que c’est
le cas !
M Diaby Kalifa, Juriste
Diabygassama.kalifa@yahoo.fr
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