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GUINEE:
CONAKRY, le
24-02-2010.
Les
élections sans referendum sont un échec pour le
changement tant réclamé par le peuple guinéen.
Je pense que notre destin est en transition entre les
audits, le referendum et les élections. Quelles sont nos
priorités ?
La Guinée ou le Haïti de l´Afrique est devenue sans
équivoque, le pays des décrets, du favoritisme et des
grandes secousses politiques.
Contrairement á d´autres pays du Tiers monde, les causes
du retard socio- économique de la République de Guinée
ne sont pas liées au manque de ressources naturelles ni
humaines, mais plutôt leur inadéquate utilisation et la
déchirure politique qui mine cet Etat-nation.
Après le pillage économique des gouvernements successifs
du défunt général Lansana Conté, notre pays est á
présent secoué par ses hommes politiques. La Guinée est
victime d´un méga séisme politique á plusieurs répliques
depuis mars
2007.
De Kouyaté á Komara, la transition guinéenne a bouclé sa
troisième phase en trois ans ; mais, aucun bilan
positif. Contrairement aux gouvernements de Gbantama, ce
manque de résultat n´est pas dû á l´incompétences de ces
derniers gouvernements, mais plutôt au manque de
consensus dans la définition de leur mandat. Chez nous,
tout le monde veut gouverner peu importe la nature et le
fonctionnement de nos institutions et moins encore les
réalités du terrain.
En plus des partis politiques, la vie politique
guinéenne est animée par les syndicats, les mouvements
de soutien, la société civile, les forces vives, le
mouvement patriotique et attention aux forces
tranquilles. Car, dans ce pays, le manque d´institution
légitime favorise toujours des nouveautés. Le virus du
pouvoir nous conduit á la précipitation. Tout ce
scénario n´est qu´une conséquence du manque
d´organisation et de cohésion dans un Etat en faillite.
La Guinée est un Etat en crise, mais ne confondons pas
un processus de transition á une passation de service.
Une crise ne se résout pas sur papier et moins encore á
l´aide d´un calendrier politique. Une transition est une
étape de beaucoup de changement et sa réussite dépend
d´un consensus national. Une transition politique sans
consensus est une crise en phase de métamorphose.
Aujourd´hui, la Guinée a eu la chance d´avoir
l´opposition au pouvoir avant les élections. Alors,
profitons de cette occasion pour bien préparer le
terrain politique et éviter que le prochain gouvernement
commette les erreurs du passé. Un gouvernement
d´union nationale est l´organe idéal pour introduire un
changement radical dans la vie politique d´un Etat en
crise. Réconciliation nationale, référendum, audits, en
plus de l´organisation des élections législatives et
présidentielles.
Mais nous ne pouvons pas aller aux élections sans nous
réconcilier, ni revoir notre loi fondamentale par
referendum et sans guérir nos plaies économiques á
travers les audits.
L´opposition qui n´a jamais goûté une victoire
électorale durant les quatorze ans de démocratie du
Général Conté veut vite aller aux élections. Pauvre
Guinée !
Après cette parenthèse, j´invite tous les guinéens et
amis de la Guinée au réalisme, pour que la phase
actuelle de notre transition soit l´étape de la
matérialisation de nos ambitions et apporte le vrai
changement en Guinée. Car, cette transition á plusieurs
phases n´a que trop duré á cause de l´inconsistance de
nos programmes. Certes, nous voulons le rétablissement
rapide des institutions démocratiques et le retour á la
vie constitutionnelle, mais pour que cet idéal ait un
impact durable sur la vie politique de notre nation,
nous devons aller par ordre de priorité.
La relecture des lois organiques et des textes
électoraux nécessaires à la normalisation de la vie
politique doit être sanctionnée par un referendum. Le
processus historique des audits doit aboutir á un
résultat définitif pour passer á la phase de
récupération de notre économie.
En plus des efforts consentis pour faire la lumière sur
les massacres du 28 septembre, si les deux points cités
plus haut ne sont pas traités convenablement, cette
transition sera une autre phase d´un processus jamais
conclu. Nous laisserons le destin de notre nation dans
les mains d´un parti politique victorieux, mais, capable
de modifier avec le temps, notre constitution á ses
propres fins. N´oublions pas que la classe politique
guinéenne est actuellement inondée par la présence
massive des vautours de l´ère Conté, véritables auteurs
du pillage économique dans ce pays. Ces cadres «
bourgeois » sont prêts á tout faire pour empêcher tout
gouvernement de transition qui pourra démasquer leur
culpabilité dans ces crimes économiques. Par
conséquence, ils préfèrent une transition courte sans
audits ni referendum. Sont tous partisans de la
réalisation des élections présidentielles á la vitesse
de 200km/h oubliant qu´en Guinée, il faut aller avec une
vitesse de 60km/h. Manque d´infrastructure de tout type,
oblige… A qui profite une transition automatisée
de six mois sans tenir compte de la complexité de la
situation economico-social et politique de notre pays ?
Nul ne peut condamner ses propres actes. Sur cette
logique, certains partis dérivés du défunt PUP, dont
l´origine du budget de fonctionnement est á vérifier,
cherchent juste le pouvoir pour détruire toutes les
archives de référence. Alors, profitons de ce
gouvernement d´ union nationale pour implanter la
fondation d´une nation forte unie et prospère.
La transition guinéenne sera une réussite seulement, et
seulement si elle pose les jalons d´un véritable Etat de
droit avec la présence des institutions capables de
gérer l´administration de la justice et la protection
des droits humains en plus d´un système politique garant
des principes de dignité et la défense de notre
souveraineté nationale.
Ne soyons pas des esclaves d´un calendrier rigide. Les
six mois de l´accord de Ouagadougou ne doivent pas être
une chemise de force dans l´avenir de notre nation.
Flexibilité et réalisme obligent. Elections sans
referendum dans un Etat en crise est une transition sans
changement. Evitons de vivre dans une crise perpétuelle.
Depuis La Havane, un commentaire du Dr Cécé Théa
Victorien Junior
Juriste, Spécialiste en Droit International Public et
linguiste.
Junior_thea@yahoo.fr
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