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MAROC:
RABAT, le
05-02-2010.
Régionalisation au Maroc : vers quel modèle ?
Auteur : Youcef Maouchi & Hicham El Moussaoui
À
l’occasion du 33ème anniversaire de la marche verte, le
Roi Mohamed 6, a annoncé, lors d’un discours le 6
novembre dernier, le lancement d’un vaste chantier pour
la régionalisation du Maroc. Un processus qui doit
s’accompagner d’un renforcement de la déconcentration,
en accordant à la région de plus grandes prérogatives
locales. Dans quel sens faudrait-il pousser la
régionalisation et quel modèle adopter ?
Régionalisation : un bilan en demi-teinte
Le souci d’instituer la régionalisation au Maroc ne date
pas d’aujourd’hui. Les spécialistes s’accordent à
préciser que le processus de régionalisation dans le
royaume a pris sa première forme en 1971 avec la
création de sept régions. Lié à la décentralisation
administrative, ce processus a été renforcé en 1984,
puis surtout en 1992. C’est alors que les régions ont
été érigées au rang de collectivités locales. Lesquelles
ont été considérées comme ayant une personnalité
juridique propre et renforcées par des délégations
décentralisées. Cependant, il a fallu attendre 2002 pour
que la région soit considérée comme la base du
développement économique. C’est dans cet esprit qu’ont
été créées 16 régions.
Après presque de 17 ans, le bilan de la régionalisation
est en demi-teinte. En effet, dans le processus de
régionalisation l’accent a été mis davantage sur la
décentralisation administrative, ce qui a fait de la
région un relai administratif plutôt qu’un vecteur de
développement. Ainsi, le découpage électoral ne prenait
pas en compte les spécificités des régions et encore
moins les complémentarités interrégionales afin
d’activer l’effet de synergie.
L’inexistence de textes et de lois permettant
l’exécution et la concrétisation d’un projet de
régionalisation, donnant de réelles prérogatives locales
à la région pour agir à son niveau, a été un handicap
réel. Cette défaillance juridique était couplée à
l’insuffisance de ressources financières allouées aux
régions, leurs permettant de réaliser leurs programmes
et plans. A titre d'exemple, ce n'est qu'en 2002 que la
loi de finance a prévu une ligne budgétaire
spécifiquement dédiée aux régions. Bref, les régions
n’avaient aucun pouvoir pour mener de vrais programmes
de développement au niveau régional. Les régions
souffraient également de l’insuffisance des ressources
humaines et cadres techniques formées pour pouvoir
contribuer à la gestion de la chose publique au niveau
des régions. A titre d’exemple, lors des dernières
élections communales, 56 % des représentants à la
gestion des affaires locales n’ont pas de diplôme des
écoles primaires.
La dynamique socio-économique au niveau régional révèle
une tendance à la concentration spatiale qui engendre
une aggravation des déséquilibres entre les régions
ainsi qu'un accroissement des phénomènes d'exclusion
sociale avec des répercussions négatives sur la
compétitivité territoriale de la plupart des régions.
D’où la nécessité d’une nouvelle approche.
Quel modèle de régionalisation pour le Maroc ?
Afin de rompre avec le centralisme figé du processus
passé de régionalisation il faudrait arriver à une
véritable subsidiarité. Selon le principe de
subsidiarité, le pouvoir central doit déléguer les
missions qui peuvent être exercées à moindres coûts et
pour un meilleur service par les nivaux inférieurs. Pour
ce faire, il est incontournable de donner une vraie
liberté en matière de règlementation et de fiscalité.
Une liberté qui permettrait à chaque région de mettre en
place les règles, en fonction de ses potentialités, afin
d’être la plus attractive. Une concurrence
institutionnelle qui va instaurer progressivement une
division de travail entre les différentes régions,
chacune en fonction de son « avantage comparatif ». Dès
lors, chaque région cherchera à accroître sa
compétitivité en tirant le meilleur de ses
potentialités. En facilitant la coopération et l’échange
entre les différentes régions, cela favoriserait la
création et une meilleure répartition des richesses.
La liberté laissée aux régions ne pourra être que
bénéfique, car comme on peut l’imaginer chaque
territoire rencontrant des problèmes et des urgences
différents, chaque région aura à se focaliser sur les
missions prioritaires qui s’imposent à elle. Ceci est
d’autant plus vrai que chaque région se caractérise par
des spécificités et des potentialités différentes.
La raison souvent avancée pour expliquer les réticences
à une véritable déconcentration du pouvoir et une
gouvernance territoriale, est le risque de la
déségrégation du pouvoir central et le risque de
corruption pouvant apparaître à des niveaux inférieurs,
touchant les élus locaux. Il est alors, nécessaire
d’accroître la responsabilité de ces élus, en
introduisant des principes de responsabilisation et une
obligation de rendre des comptes à travers des
parlements régionaux par exemple.
Ceci passe par une communication transparente avec les
citoyens, qui sont un peu plus près des centres de
décisions. Avec la région le citoyen, est à la fois
reconnu dans son individualité et dans son action pour
son devenir, il résout ses problèmes, avec le concours
de représentants proches, dont la légitimité se trouve
grandie. Cette proximité est incontestablement une bonne
voie pour mettre en œuvre une gestion participative et
responsable de la vie locale.
Par ailleurs, la concurrence entre régions peut aussi
être un mécanisme de responsabilisation. En effet, une
région mal gérée verra son attractivité socio-économique
baisser, alors que celle qui est bien gérée verra son
territoire être plus attractif économiquement. Ce
processus poussera vers l’efficacité et sera source de
bonne gouvernance au niveau local.
Ce chantier ouvert par le roi Mohamed VI est à
accueillir avec enthousiasme, car la dynamique de
régionalisation est source de développement. Mais pour
éviter les erreurs du passé, il est incontournable que
le processus de régionalisation soit guidé par le
tryptique : liberté, responsabilité et concurrence. Si
la région doit jouir d’une autonomie et d’une liberté
(politique et financière) de décision, les responsables
locaux doivent rendre des comptes à des citoyens plus
impliqués, et les régions doivent être mises en
concurrence. Faute de quoi ce projet risque de créer de
nouveaux bureaucrates locaux qui, couplés au centralisme
figé et lourd étouffera économiquement le pays et tuera
ainsi tous ses espoirs pour un développement pérenne.
Youcef Maouchi et Hicham El Moussaoui sont analystes sur
<http://www.UnMondeLibre.org> www.UnMondeLibre.org.
Publié en collaboration avec UnMondeLibre.org
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