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FRANCE:
PARIS, le
17-02-2010.
Retraites par répartition : est-ce l’idéal ?
Auteur :
Michel de Poncins
Les Français sont conscients de l'écroulement des
retraites. Le nombre de cotisants par retraité passera
de 1,45 à 1 seulement à l'horizon 2050. La CNAV
(principale caisse) aura un déséquilibre de 10 milliards
en 2010 ; l'ensemble des régimes devraient être en
déséquilibre de 70 à 100 milliards vers 2 040.
Le pouvoir a lancé de grandes consultations pour
réfléchir au moyen de les sauver. Le désastre est
manifeste et les caisses sont vides. C'est le moment de
s'interroger sur l'intérêt de la répartition ; beaucoup
de gens, certes, sont convaincus que c'est le seul
système et qu'il faut simplement l'aménager en jouant
sur le montant des cotisations, l'âge de la retraite et
le montant des pensions. Or c'est ainsi que les
gouvernements successifs font depuis des lustres sans
jamais arriver à l'équilibre et c'est ce que va faire le
pouvoir aujourd'hui pour refermer le dossier jusqu'à la
prochaine fois.
En réalité la catastrophe, maintenant si visible, ne
serait-elle pas inscrite dès le départ dans les
principes de la répartition ? La question mérite d'être
posée. L'argent est récolté sous forme de cotisations
des salariés, professions libérales, commerçants, etc et
est redistribué aussitôt aux pensionnés ; il ne crée pas
donc de richesse au passage. En outre, le système n'est
pas contractuel et repose sur la contrainte.
Toute autre, semble-t-il, serait la liberté de l'épargne
; rappelons que celle-ci a existé pendant des siècles en
Occident, chacun préparant librement ses vieux jours ;
le choix des investissements est sans limite : logements
locatifs, fonds de pension, commerces. Toutes les villes
d'Europe doivent leurs immeubles aux épargnes librement
consenties. L'épargne librement gérée et sous la
responsabilité des épargnants multiplie la richesse,
laquelle permet d'assurer à chacun sa retraite en
accélérant le développement. Bien sûr il est nécessaire
que ces épargnes puissent s'opérer à l'abri des impôts
et charges sociales comme les cotisations actuelles de
retraite.
Il y aura des objections.
D'abord dans les placements privés il peut se produire
des accidents surtout lors des périodes de crise comme à
présent ; la réponse est facile : quand il y a des ratés
dans des placements privés, le propriétaire peut
toujours corriger, même s'il ne parvient parfois pas à
rattraper tout l'argent perdu. Dans la répartition il
n'y a pas seulement risque de perte mais certitude de
perte, celle-ci étant intégrée dans le système.
D'autres diront que le désastre actuel vient simplement
du prolongement de la vie humaine qui joue sur les
paramètres ; est-ce vraiment exact ? Dans la liberté de
l'épargne les ajustements se font au fur et à mesure des
évolutions multiples que chacun constate et gère.
Autre objection éventuelle : les épargnants peuvent être
victimes d'escrocs du type Madoff. A-t-on bien analysé ?
Une escroquerie d'une telle ampleur est rare et la
justice en tout cas se manifeste un jour ou l'autre. La
répartition, quant à elle, se compare tout-à-fait au
système Madoff : les premiers ramassent l'argent et les
derniers n'ont plus rien ; la différence est qu'il n'y a
pas de sanction juridique.
Et aussi que se passerait-il pour les imprévoyants qui
n'auront rien ? Les pays qui se sont engagés dans la
liberté et que nous allons évoquer plus loin ont prévu
un filet de sécurité.
Précisément, y-a-t-il des expériences ? La réponse est
affirmative. 27 pays dont 12 européens se sont orientés
vers la liberté en proposant à chacun de choisir des
fonds de pensions ; parmi eux se trouvent le Chili, la
Nouvelle-Zélande, Singapour. Un double effet en est
résulté : les retraites ont été progressivement sauvées
et le PIB a connu une croissance importante même pendant
la période de la crise.
Le Chili est passé à ce système il y a 28 ans. 95 % des
travailleurs ont choisi librement le nouveau système. De
ce fait, les retraites sont bien plus importantes. En
plus, la prospérité s'est accrue d’une façon
spectaculaire et le taux de croissance atteint
régulièrement 7 % par an. Des gouvernements de gauche et
de droite se sont succédé depuis et aucun n’a changé le
système sinon en l’améliorant dans le détail. Le pays,
en outre, a géré la transition afin que, malgré le
changement, les pensions dues selon l'ancien système
soient assurées.
Un point très important pour conclure.
D'une façon surprenante, les interrogations et réponses
ci-dessus peuvent rendre grand service aux pays en voie
de développement. Les pays de l'Occident les ont précédé
dans la création de richesse, bien que leurs systèmes de
retraite avec la répartition les aient alourdis sans
raison.
L'exemple de ce qu'il ne faut pas faire est finalement
un service rendu aux autres qui, légitimement, veulent
connaître la prospérité tout en assurant des retraites
décentes à leur population. C'est d'autant plus
significatif que les pays neufs ont un grand besoin de
capitaux ; la gestion de l'épargne de leurs nationaux
peut contribuer très largement à ce besoin.
La répartition est-elle l'idéal ? La question
mérite réellement d'être posée.
Michel de
Poncins est économiste.
Publié en collaboration avec UnMondeLibre.org
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