François Hollande président

Par Frédéric Couteau

Avec tout d’abord cette caricature de presse du dessinateur Hic dans El Watan en Algérie. On y voit un marchepied, vide, dans le bureau de l’Elysée et un François Hollande qui s’exclame : « quelqu’un peut m’enlever ce tabouret SVP ? » Un dessin plutôt féroce pour le président sortant. Un dessin qui est pourtant à l’image de bien des commentaires ce matin dans la presse africaine.
 
Malheur au vaincu… Nicolas Sarkozy ne sera apparemment pas regretté par les commentateurs du continent. Mutations au Cameroun ouvre le bal : « loin de s’extasier sur la chute d’un

homme, celle de Nicolas Sarkozy qui n’a pas rempilé à l’Elysée, nous n’avons aucune raison de verser des larmes sur sa défaite, affirme le quotidien camerounais. Au contraire, à la rédaction de Mutations, (et nous croyons relayer le sentiment des millions d’Africains), Nicolas Sarkozy est indéfendable, non seulement par les Africains, mais également pour une bonne partie de Français ».
 
Alors, le péché originel pour le président sortant fut le discours de Dakar en 2007, resté au travers de la gorge de tout un continent, rappelle Liberté au Togo. « Sarkozy avait fait des déclarations qui avaient offusqué profondément nombre d’Africains qui n’ont pas hésité à les considérer comme une autre forme de mépris pour eux ».
 
Il y a eu aussi le soutien actif à la chute de Kadhafi, mal vécu également par une partie de l’opinion africaine… C’est d’ailleurs, « la revanche de Kadhafi », s’exclame La Tribune au Sénégal. « Kadhafi […] doit certainement avoir un petit sentiment de réconfort du fond de sa tombe. Tous ses amis qui l’ont lâché sans état d’âme […], sont aujourd’hui morts… politiquement. […] Sarko est le dernier à tomber. Les révélations de Médiapart sur le financement de sa campagne en 2007 (par les Libyens) sont significatives, poursuit La Tribune, et illustrent la duplicité du désormais ex-président français. L’auteur du fameux discours de Dakar. L’insulte de Dakar ».
 
Et le quotidien Enquête, toujours au Sénégal, d’enfoncer le clou : « Nicolas Sarkozy risque de devoir affronter une vie post-présidentielle pourrie par les affaires. Entre le présumé financement de sa campagne électorale de 2007 par son ex-défunt ami Kadhafi, la bombe Bettencourt, les rétrocommissions supposées reçues dans le cadre de l’affaire Karachi, l’ex-président ne serait pas loin du trou ».
 
Stop ou encore ?
 
Alors le vainqueur à présent… « Quel Hollande pour l’Afrique ? », s’interroge L’Observateur au Burkina. L’Observateur qui ne se fait guère d’illusions : « certes, le président Nicolas Sarkozy ne suscitait guère grand enthousiasme dans le continent noir. Son mémorable discours de Dakar et sa politique de l’immigration sont passés par là. Mais nous Africains, nous serions naïfs de croire qu’avec les socialistes au pouvoir, les liens avec Paris seront autrement meilleurs, affirme le quotidien burkinabé. Nous risquons d’être grandement déçus comme l’ont été tous ceux qui ont cru qu’avec Obama à la Maison-Blanche, le Trésor public américain serait ouvert à l’Afrique et le Noir exempté de visa d’entrée aux USA ».
 
En tout cas, « le changement promis par François Hollande est attendu pour l’Afrique », relève L’Intelligent en Côte d’Ivoire. « Sans être dans la révolution, François Hollande ne doit pas mener une politique africaine identique à celle de Nicolas Sarkozy, affirme encore le quotidien ivoirien. Le nouveau président français sera observé avec une attention très critique ».
 
Enfin, « pour une autre relation France-Afrique », s’exclame Le Soleil à Dakar. « François Hollande, sorti des urnes pour présider aux destinées de la France, va découvrir une Afrique qui n’accepte plus la tutelle, affirme le quotidien sénégalais. Avec la mondialisation, la montée de l’Inde et de la Chine ainsi que le positionnement américain en Afrique, la France n’est plus la seule tutrice et ne peut plus décider, toute seule, pour les Africains longtemps maintenus dans l’illusion démocratique et le sous-développement ».

Et Le Soleil de conclure : « les Africains comprennent maintenant que le développement de l’Afrique est d’abord de leur responsabilité. Toutefois, ils croient qu’une relation fructueuse avec la France, qui doit assumer son passé en Afrique, est encore possible. Ils tiennent à affirmer, à la face de tous, leur souveraineté, mais aussi à afficher clairement leurs intérêts. Les peuples peuvent construire, sur la base de la vérité, de la justice, de la légalité et de la liberté, un nouveau contrat de générations entre la France et l’Afrique ».

Source: rfi