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GUINEE: CONAKRY, le 27-01-2010. L´accord de Ouagadougou ou la confirmation de la thèse française sur la crise guinéenne. « Le retour de Dadis en Guinée provoquerait une guerre civile »


Une décision politique interne ou un accord dicté par le Groupe International de Contact sur la Guinée suivant cette thèse?


En effet pour tous les analystes qui suivent l´évolution de la situation politique guinéenne depuis les tristes évènements du 28 septembre 2009, l´abréviation du processus de médiation du Président Blaise Compaoré initié depuis le 5 octobre 2009, doit être considéré comme un véritable « succès politique ». Moi, je dirai plutôt, de la magie française, pour les raisons ci après : Le changement des parties en conflits ; les deux premières rencontres de Ouagadougou réalisées entre le 3 et le 10 novembre 2009, convoquaient respectivement le Forum des Forces Vives Guinéenne et les membres du gouvernement (CNDD). Tout le mois de novembre avait été consacré à cette médiation entre ces deux parties, (voir le
document synthèse du médiateur).


Ce processus de médiation fut suspendu après la tentative d´assassinat du Président Moussa Dadis Camara le 3 décembre 2009, dans le but de reprendre dès après l´amélioration de sa santé. Pendant ce temps, certains leaders politiques en exile en France demandaient aux militaires patriotes de saisir cette opportunité pour terminer avec l´ère Dadis. En plus de cette déclaration, l´auteur de ce crime n´est pas encore retrouvé. Certes, il bénéficie de la protection de ses complices. De l´autre côté, le gouvernement français déclarait que le retour de Dadis pouvait provoquer une guerre civile en Guinée.

 
Devant toutes ces données, la machine française devrait se mettre en marche pour trouver une solution magique pour écarter un Dadis déjà encombrant et au dialogue impossible.

La déclaration contestée du ministre Celou Dalein loin d´être un hasard, devrait être une piste à suivre, mais avec intelligence. Le général Sékouba Konaté doit être manipulé non pas pour faire un coup d´état contre son ami, mais, plutôt pour une « Révolution du palais ». Ce dernier multiplie les voyages de consultations dans la sous-région, dans le but de trouver un moyen d´exécution du plan français. Un discours est préparé puis imposé à Dadis depuis son lit d´hôpital au Maroc. L´adresse á la nation du général Sékouba, est une déclaration unilatérale du CNDD qui oblige tous les membres du gouvernement y compris leur président. Mais, la présence de Dadis à Conakry peut faire échouer ce plan.  Comme sa présence peut provoquer une guerre civile en Guinée, alors il fallait le garder à Ouagadougou et l´obliger à céder le pouvoir à son ami à travers un accord signé sous la médiation du facilitateur Compaoré.


Tout est joué, Dadis est définitivement hors du jeu politique guinéen. Il doit consacrer le reste de son temps à sa convalescence, mais pas en Guinée, même si le document le reconnaît formellement comme Président de ce pays.  Tenant compte de toutes ces manipulations, nous pouvons qualifier l´accord de Ouagadougou, comme un document imposé, qui malgré son apport dans l´apaisement de la crise guinéenne, constitue un précèdent dangereux pour le futur du dialogue guinéo-guinéen. Dadis a déclaré que rien ne lui a été imposé ; mais, il faut être très naïf pour croire à ça, tenant compte de son état de santé et son exil forcé au Burkina, en plus des déclarations du gouvernement français et autres commentaires. Aujourd´hui tout le monde applaudit, tout simplement, parce que l´Accord de Ouagadougou répond aux exigences des Forces Vives et arrange les intérêts français. Si non les protestations ne se feraient pas attendre.


Juridiquement, nous pouvons qualifier cet accord comme une imposition du huitième point du communiqué final de la huitième session du Groupe International de Contact sur la Guinée, qui exigeait au gouvernement guinéen ce qui suit : « Le Groupe en appelle au Président du CNDD afin qu’il formalise, avant le 17 Octobre 2009, date limite fixée par la 204ème réunion du Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union Africaine, l’engagement pris, que ni lui-même, ni les autres membres du CNDD, ni le Premier Ministre, ne se présenteront à l’élection présidentielle ; à défaut il appelle l’Union Africaine, les organisations régionales et internationales concernées a en tirer les conséquences et qu’elles prennent les mesures appropriées »


Ainsi donc, nous pouvons évoquer la nullité de cet accord pour les raisons suivantes : C´est un accord imposé, car l´initiative n´est pas venu du gouvernement guinéen ; sinon d´une décision d´ingérence du Groupe International de Contact sur la Guinée. Pour preuve, Conakry se préparait pour accueillir le Président Dadis après plus d´un mois d´hospitalisation au Maroc; mais, contrairement au plan de réception du peuple guinéen ce dernier a été bloqué á Ouagadougou selon un plan dicté par d´autres Etats tiers. Dès lors ce document cesse d´être un accord interne. C´est une actualisation des dernières déclarations du Groupe International de Contact sur la Guinée. Ce montagne donne un caractère interne á un document issu d´un accord international.


L´État guinéen ou les membres du gouvernement peuvent dire qu´il y a eu une erreur, à cause de la situation qui prédominait à Conakry au moment de la rencontre de Ouagadougou. Comme évidence, les Forces Vives ont refusé de participer à la célébration de cet accord, en exigeant que les problèmes guinéens doivent être discutés en Guinée et entre guinéens. Soulignons surtout le désaccord de certains membres du gouvernement guinéen. Supposons, si cet accord prévoyait une possible candidature du Président Moussa Dadis Camara et les autres membres du gouvernement aux prochaines élections présidentielles.  Quelle serait la position de l´opposition guinéenne aujourd´hui ?

A propos, je vous invite à lire le premier paragraphe de l´article 48 de la Convention de Vienne de 1969 sur le Droit des traité, « Un État peut invoquer une erreur dans un traité comme viciant son consentement à être lié par le traité si l’erreur porte sur un fait ou une situation que cet État supposait exister au moment où le traité a été conclu et qui constituait une base essentielle du consentement de cet État à être lié par le traité. » En plus de nos premiers arguments, la thèse française selon la quelle le retour de Dadis en Guinée provoquerait une guerre civile, constitue déjà une situation politique existante qui oblige la signature de cet accord. Car le refus de Dadis serait la confirmation de cette thèse. Cela ce confirme par son séjour obligé à Ouagadougou contre le plan de retour prévu par le gouvernement guinéen.


D´autre part, l´État guinéen ou les autres membres du gouvernement guinéen peuvent évoquer peut être non la corruption, mais, la manipulation de l´un de leur représentant (dans ce cas le général Sékouba Konaté) dont le discours à Conakry et l´action (sa présence au Burkina) en plus de l´apport du Président Compaoré ont contraint le convalescent Dadis à signer ce document. J´argumente cette possibilité à partir des articles 50 et 51 de la même Convention sur le droit des traités; lisez «Si l’expression du consentement d’un État à être lié par un traité a été obtenue au moyen de la corruption de son représentant par l’action directe ou indirecte d’un autre État ayant participé à la négociation, l’État peut invoquer cette corruption comme viciant son consentement à être lié par le traité. » Dans ce cas les vrais promoteurs de cet accord (les intégrants du GIC-G, surtout la France…) ont exercé une action indirecte sur le CNDD et de fait, ils constituent l´autre partie invisible de cette déclaration (la mains noire des grandes puissances).


Quant à l´argumentation de l´action contraignant le président Dadis, voir l´art 51 de cette convention, « L’expression du consentement d’un État à être lié par un traité qui a été obtenue par la contrainte exercée sur son représentant au moyen d’actes ou de menaces dirigés contre lui est dépourvue de tout effet juridique. »  Comme preuve de contrainte exercée sur le convalescent Dadis, je vous invite à lire sur le site guinéen Kababachir.com, une interview d´une personnalité écoutée en France, Dr Dominique Bangoura, présidente de l'observatoire politique et stratégique de l'Afrique à l'université Paris 1, parlant de la nomination de l'opposant Jean-Marie Doré au poste de Premier ministre de transition en Guinée. De passage cette voix autorisée s´est prononcée sur les deux personnalités guinéennes protagonistes de l´accord de Ouagadougou, signé le 15 janvier dernier. Analysez ses propos : « …On a vu des photos de Dadis et entendu sa voix ce week-end. Il est clair pour tout le monde qu'il ne pourra pas revenir au pouvoir dans les six mois. Par la suite, il pourrait aussi être inquiété par la justice pénale internationale pour son implication dans les massacres et viols du 28 septembre.

 
Quant à Konaté, il faut saluer le fait qu'il a su s'imposer et faire signer cet accord. Mais restons vigilants. Les militaires disposent de la force, et on n'est jamais totalement sûr de l'issue de la transition tant qu'on n'y sera pas parvenu...» L´expression s´imposer et faire signer cet accord démontre la contrainte exercée sur le président convalescent Dadis.  Même si cette dame ne parle pas au nom du gouvernement français, il faut reconnaître que sa déclaration est en ligne directe avec la position du gouvernement français dans cette phase de la crise guinéenne.


Réellement, l´accord de Ouagadougou est dépourvu de tout effet juridique pour toutes les raisons évoquées ici ; car, c´est de la pure manipulation étrangère et un piège pour la vindicte du gouvernement français et les ennemis du changement sur les membres du gouvernement de Dadis. Ils veulent les écarter du pouvoir, juste pour les traduire devant la Cour Pénale Internationale. Justice oblige. Si nous voulons lutter contre l´impunité en Guinée, je pense que le
ton donné par la commission internationale d´investigation de l´ONU sur les massacres du 28 septembre dernier doit être un début pour faire la lumière sur les tueries de juin 2006, janvier et février 2007, le massacre des policiers en 2008 et autres actes de barbarie qui ont causé du tort au peuple de Guinée. Sinon il faut tout pardonner á travers une loi d´amnistie internationale en accord avec les parents des victimes. Évitons la politique de deux poids deux mesures.  Sur le plan interne, les audits sont plus que nécessaires pour bâtir une nouvelle Guinée. Nous avons encore la chance d´avoir les auteurs parmi nous et certains se précipitent pour se transformer en leaders politiques en quête d´immunité.  Si le vrai changement de notre nation doit venir de la correction des erreurs du passé, c´est impossible que les auteurs de ses crimes économiques soient les décideurs et que notre armée continue à fonctionner dans le désordre sans la moindre observation des principes de base du Droit International Humanitaire.

L´histoire est un témoignage.
Wait and see et que Dieu bénisse la Guinée.


Depuis La Havane, une analyse juridique du Dr Théa Cécé Victorien Junior.
Juriste, Spécialiste en Droit International et linguiste
Junior_thea@ yahoo.fr

 

 
   

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