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IRAK:
BAGDAD, le
27-01-2010. Irak
: vers une nouvelle dictature ?
Auteur : Ted
Carpenter
Les partisans de l’invasion et de l’occupation de l’Irak
ont souvent souligné la réussite que représente la
création d’un pays libre et démocratique. Le choix des
dirigeants politiques grâce à des élections libres et
l’établissement d’un système juridique qui protégeait
les libertés fondamentales contrastaient largement avec
la dictature éhontée de Saddam Hussein. En effet la
naissance d’un Irak démocratique était un des rares
accomplissements que les bellicistes pouvaient citer aux
Etats-Unis pour justifier la perte de 4200 américains et
700 milliards de dollars.
Aujourd’hui, même cette réussite semble être de plus en
plus précaire. Le gouvernement du premier ministre Nouri
Al-Maliki fait en effet preuve d’un comportement
autoritaire quelque peu gênant, et ce, à plusieurs
égards. L’incident le plus récent a été le 14 janvier
relatif à la décision de la Haute Commission Électorale
Indépendante d’interdire à plus de 500 candidats,
représentant plus de quinze partis différents, de se
présenter aux élections du 7 mars. Cette purge était
même plus importante que la recommandation originelle de
la Commission parlementaire de Justice et des Comptes
d’interdire 439 candidats.
Dans quasiment tous les cas, la justification officielle
pour exclure ces candidats et leurs partis était les
liens avec l’ancien parti Baath de Saddam Hussein.
Certaines de ces allégations sont sans nul doute vraies,
mais les deux commissions de sélection semblent avoir
appliqué des critères très larges pour évaluer ce qui
constituait des liens illicites à l’ancien régime. Dans
de nombreux cas, les liens était au mieux, très minces,
et barraient la route à des individus qui était soit des
fonctionnaires baathiste en bas de l’échelle ou
n’avaient simplement que des liens non officiels avec le
parti.
Comme on peut le suspecter, étant donné la domination
sunnite du régime baathiste de Saddam Hussein, la
plupart des candidats refusés aujourd’hui sont sunnites.
Puisque les membres de la Commission de Justice et des
Comptes sont essentiellement chiites et kurdes, les
plaintes pour discrimination ne se sont pas faites
attendre. Et bien que la Haute Commission Électorale
soit en apparence indépendante et non partisane, les
hommes politiques sunnites furieux ont clamé que cette
commission est aussi truquée.
Cet élan pour disqualifier tant de candidats a exacerbé
les tensions déjà vives entre le gouvernement très
largement chiite de Maliki et la minorité sunnite
irakienne. Des dirigeants sunnites menacent de boycotter
les élections de mars, ce qui serait inquiétant. Le
boycott sunnite des élections de 2005 avait déjà été le
catalyseur des tensions communautaires et d’un pic de
violences, menant le pays au bord de la guerre civile.
Barrer la route aux candidats sunnites n’est pas la
seule action du gouvernement Maliki qui a paru
despotique. Ces derniers mois, les autorités de Bagdad
ont sévi à plusieurs reprises à l’encontre des Comités
d’éveil, ces groupes sunnites que les Etats-Unis ont
aidé à créer et ont généreusement financé, dans le cadre
de la stratégie de renforcement de 2007 et 2008. Les
arrestations de centaines de membres de ces comités, y
compris des dirigeants de premier plan, ont nourri les
suspicions quant à l’objectif du gouvernement Maliki de
créer une dictature chiite et de faire payer toutes les
atrocités du régime de Saddam Hussein commises à
l’encontre des populations chiites.
Mais les tendances autoritaires de Mailiki ne
s’expriment pas uniquement à l’égard de la minorité
sunnite. Le gouvernement a harcelé et tenté de museler
les médias de l’information et quiconque considéré comme
critiquant son action. Des représentants de l’autorité
ont lancé des poursuites judiciaires à l’encontre de
journalistes pour des commentaires diffamatoires
(interprétés de manière large). Le gouvernement Maliki a
aussi fait passer une loi pour fermer les canaux de
médias qui « encouragent » le terrorisme et la violence.
Cette même loi impose la même punition pour le fait
d’encourager des « tensions » - une catégorie creuse et
bien pratique qui permet au gouvernement d’interdire des
médias critiques selon son loisir.
En plus de cela, il y a désormais de nouvelles règles
pour émettre les permis pour camions TV satellite, pour
censurer des livres et contrôler les cybercafés. Reuters
a pu conclure que de telles mesures évoquent le souvenir
« des lois utilisées pour museler les médias sous Saddam
Hussein ». Maliki n’est sans doute pas aussi impitoyable
et autoritaire que Saddam Hussein, mais la tendance
n’est pas encourageante. Au minimum, l’Irak semble
prendre la voie vers ce que Fareed Zakaria appelle à
juste titre une « démocratie illibérale ». Ce résultat
n’est certainement pas ce que les dirigeants américains
avaient en tête lorsqu’ils présentaient la mission en
Irak comme un succès.
Il serait plus qu’ironique que les Etats-Unis aient
chassé un autocrate irakien pour qu’il soit remplacé par
un autre. Saddam Hussein était au moins tout à fait laïc
et très hostile aux forces islamistes. Maliki est les
diverses factions sur lesquelles il assied son pouvoir
sont nettement moins laïques.
Par ailleurs Saddam Hussein était un adversaire du
régime révolutionnaire en Iran. Maliki est par contre
très à l’aise avec le régime de Téhéran. L’accueil
chaleureux avec tapis rouge qu’il avait donné au
président Mahmoud Ahmadinejad lors de la visite de ce
dernier à Bagdad en Mars 2008 est un signe parmi
d’autres du partenariat discret mais bien réel entre le
régime chiite de Téhéran et le gouvernement à dominance
chiite de Maliki.
D’un point de vue américain, les derniers développements
en Irak suggèrent que les Etats-Unis pourraient bien
avoir payé un prix considérable, en vies humaines et en
deniers publics, pour finir avec un Irak autoritaire
plutôt que démocratique. Pire : cela pourrait même
devenir un Irak autoritaire sous influence iranienne.
Les américains qui se targuent de la réussite du
renforcement et que « nous » avons gagné en Irak devrait
réfléchir sérieusement à la qualité du trophée de la
victoire.
Ted Carpenter est analyste au Cato Institute à
Washington DC.
Publié en collaboration avec UnMondeLibre.org
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