|
GUINEE:
CONAKRY, le
19-01-2010.
Syndicaliste
et Politique : Qui gérerait mieux la Politique
Selon des rumeurs en provenance de
Conakry, les forces vives auraient du mal à choisir
entre deux candidats pour le poste de premier Ministre
chargé de la transition: Jean-Marie Doré et Hadja
Habiatou. Le premier est Secrétaire Général de l’Union
pour le progrès de la Guinée (UPG). Il a aussi servit
deux mandats à l’Assemblée Nationale Guinéenne. En
outre, depuis l’avènement du multipartisme en Guinée
dans les années 1990, il a travaillé coude-à-coude avec
les regrettés Bah Mamadou, Siradou Diallo et Monsieur
Alpha Condé. Ces messieurs constituent le socle de
l’opposition Guinéenne. Chacun à sa manière, a œuvré au
changement politique en Guinée, depuis le régime du PDG
jusqu’à celui du PUP. Jean-Marie Doré est un politique.
Quant à la deuxième candidate, elle est leader de
syndicat. Elle a fait ses preuves dans la lutte pour
l’amélioration des conditions de vies des syndicalistes.
Son ascension sur la scène a commencé à partir des
évènements de 2007 qui ont opposé les syndicats au
régime de Conté, en 2007. Hadja Habiatou, « la dame de
fer » est une syndicaliste.
Bien loin de faire l’apologie pour l’un
ou l’autre candidat, la difficulté qui porte sur le
choix entre le politique et le syndicaliste pour le
poste de premier Ministre du gouvernement de transition
est un faux problème ! Outre la condition de formations
académiques, qui favorisent Jean-Marie Doré, il a une
expérience de la gestion du pouvoir publique. Pendant
deux mandants, il a servi comme député à l’Assemblée
Nationale Guinéenne. Il a aussi une dimension et un
« network » international pour avoir travaillé pendant
plus de dix ans au Bureau International du Travail à
Genève. Certes qu’Hadja Habiatou a fait ses preuves à la
tête du syndicat. Mais le syndicat est un sous-ensemble
des forces que constitue la dynamique humain nationale
dont le gouvernement à charge de gérer. Son expérience
s’inscrit donc au sein de celle de Monsieur Doré.
De manière évidente, la gestion de la
transition, dans une Guinée stratifiée en intérêts
ethno-régionaux, sera aussi complexe que compliquée. La
fonction de Premier Ministre demande des capacités de
réflexions qui vont au-delà de ce que nécessite le
leadership syndical. Dans le cas des syndiqués, la
gestion porte plus sur le rapport entre les syndiqués et
l’employeur. Le leadership politique porte
principalement sur la gestion d’intérêts des groupes
aussi diverses que multiformes. Ensuite, cette gestion
porte sur des dimensions nationales et internationales
dont chacune a plusieurs facettes, souvent antagoniques.
Le candidat au profil idéal devra donc
être une personne capable de faire des analyses de SWOT,
tant sur le plan national qu’international. Cette
personne devra être capable de comprendre les différents
avis des de son cabinet, du public, et de l’opinion
international pour en tirer une synthèse qui mène à une
prise de décisions cohérentes. Ces décisions serviront
ou sèvreront le processus de transition politique dont
la Guinée à tant besoin.
D’autre part, gerer la transition c’est
gerer un projet de passage d’un ancien ordre à un nouvel
ordre politique. Ce nouvel ordre politique devra être
approprié aux données Guinéennes, régionale, et
internationale. Seul le politique maitrise les arcannes
de ces univers insaisissables ; où chaque pas, mal
orienté, nuit au destin collectif. C’est cette
complexité de la gestion de la politique qui a toujours
conduit les syndicalistes—convertis à la politique--à
perdre pieds sur le terrain mouvant du leadership
politique.
L’expérience prouve que si les
syndicalistes sont des mobilisateurs d’hommes, ils ont
souvent des limites en matière d’administration et de
gestion économique. Le cas typique est celui de Lech
Walesa de Pologne. Dans les années qui ont précédé la
chute du mur de Berlin, Walesa, qui dirigeait le
mouvement syndical « Solidarité », avait atteint une
notoriété internationale. En 1990, encensé par ses
compatriotes aussi bien que par les pays de l’OTAN
d’alors, il fut élu président de la Pologne. Cet ouvrier
électricien, aux origines très modeste, avait atteint
l’apothéose de sa carrière d’homme public. Mais au terme
d’un seul mandat, celui qui avait littéralement raflé le
soutien de tout les polonais, n’avait pas pu être
reconduit. Certes, il avait mobilisé les prolétaires
polonais en interprétant intelligemment leurs émotions
et leurs besoins collectifs ! Mais devenu président, sa
gestion de la machine de l’état avait été décevante.
C’est ainsi qu’au cours des présidentielles suivantes,
il fut battu par
Aleksander Kwasniewski. Pire, aux élections
présidentielles de 2000, il n’eut que 1% de voix des
électeurs polonais.
Cependant, et le politique et le
syndicaliste jouent des rôles complémentaires dans la
gestion du public. Le système de corps social qu’est
l’état est inclusif et doit comporter toutes les organes
qui en assurent le bon fonctionnement. Mais comme dans
le corps biologique, chaque organe doit être à sa place
pour apporter sa contribution à la marche de l’ensemble.
C’est l’ordre et la synchronisation des organes qui
génèrent la dynamique émergente du système. Chaque
organe ne saurait produire ce résultat séparément. Le
syndicaliste à un rôle à jouer dans le processus de
gouvernance. Il veille au maintien de l’équilibre de
rapports entre employeurs et employés sur le marché du
travail. La Guinée a besoin de syndicalistes de la
trempe de Hadja Habiatou, surtout dans cette phase de
démocratie naissante. Puisant dans son expérience, elle
saurait efficacement intervenir dans les différents qui
opposeraient les employeurs publics et privés à la
multitude de travailleurs Guinéens.
Pour conclure, comme l’adage qui dit
« Rendez à César ce qui appartient à Cesar », il est
rationnel de rendre la politique au politicien.
Faudrait-il rappeler que bien qu’étant tous des
médecins, le cardiologue et le pédiatre ont des
fonctions différentes. Hormis les personnes de
Jean-Marie Doré et de Hadja Habiatou, le problème de
choix entre le politique et le syndicaliste pour gérer
la politique nationale ne se pose donc pas. A moins que
des considérations subjectives pèsent dans la balance.
Akoï Massada Sovogui
Sovogui@aol.com
|