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GUINEE:
CONAKRY, le
25-01-2010.
Premier ministre de transition: le Décryptage et les
pièges.
Sur plus d’une centaine de formations - la
composante partisane du forum des forces vives, arguant
de la prééminence du diplôme et relativisant ainsi
l’impératif de neutralité à l’égard des enjeux partisans
- nous nous sommes vus proposer une personnalité issue
des partis politiques au Détriment d’une personnalité
issue du mouvement social.
Ce choix, en la personne de Jean-Marie DORE,
appelle un décryptage pour en identifier les raisons non
dites et lever ainsi les écueils qu’il annonce quant à
la réalisation effective du processus de changement
voulu par les guinéens - notamment les jeunes - volonté
soutenue et impulsée par l’engagement mobilisateur du
mouvement social guinéen depuis 2006.
Avant d’en aborder les raisons implicites, remarquons
que la raison explicite fait la part belle à la
qualification ethnicisée du pouvoir, justifiant ainsi
une approche communautariste, et faisant le lit de ce
qui abordent l’Etat guinéen comme un instrument
patrimonial au service de l’ethnie de la personne qui
est au sommet. Cette approche qui tue dans l’œuf toute
perspective de construction nationale véritable est un
frein à la notion même de République, car, au lieu
d’être et de s’accomplir dans les principes de la « Res
Publica », la Chose Publique, l’Etat végète dans une «
Res Ethnica » de fait, puisqu’il est réduit à une Chose
Ethnique, ou, tout au plus, une cause régionaliste ou
régionalisée, au gré des origines de celui qui en est
aux commandes. Le précédent créé par cette justification
régionaliste du choix de Jean-Marie DORE pourrait nous
conduire à la transcription, dans la constitution, d’une
disposition faisant en sorte qu’en cas d’interruption,
avant terme, du mandat du chef de l’Etat en exercice, il
faudra impérativement, en plus du constat de son
incapacité à gouverner, lui trouver un remplaçant de la
même ethnie ou région, afin de préserver le « tour » ou
période d’inféodation ethnique ou régionaliste découlant
des origines du chef d’Etat défaillant ou empêché. Ce
qui nous amènerait à instaurer que le dauphin
constitutionnel soit exclusivement de la même région ou
ethnie, etc…
Bref, on voit que le simple fait d’énoncer une telle
démarche nous éloigne et nous fait fondamentalement
dévier du chemin de toute construction nationale
effective.
C’est déjà très grave, mais ce n’est pas le plus
grave.
Le pire, dans ce choix, provient du non dit, des
motivations cachées que l’on peut deviner, déduire par
l’analyse des enjeux et du jeu des acteurs qui y ont
procédé, sans préjudice des qualités intrinsèques de
Jean-Marie DORE lui-même, commis sur un champ de mines
en commando sacrificiel, dont on voudrait exploiter les
propensions et contraintes personnelles pour faire le
sale boulot, tandis que d’autres, tapis dans l’ombre,
s’apprêtent à en recueillir les fruits, tout en
préparant la mine ou la bombe à retardement avec
laquelle ils feront sauter l’impétrant, avec cynisme, le
moment venu.
A. Les propensions et contraintes personnelles du
Premier-Ministre-commando Jean-Marie DORE :
Le trait caractéristique de Jean-Marie DORE est qu’il
n’a jamais failli à saisir l’opportunité d’une élection
présidentielle, quels qu’eussent été les obstacles et
risques qui s’ensuivissent. C’est donc un batailleur
opiniâtre sur le chemin de la consécration
présidentielle, qui ne pourrait, humainement, se
résoudre, sauf contraint et forcé, à renoncer, en
contrepartie de 6 mois de primature, à renoncer à son
rêve d’Homme, à la perspective qui a dominé plusieurs
décennies de positionnement dans le panier à crabes du
jeu politique en Guinée. C’est ce profil du personnage
qui a certainement fait son intérêt auprès de ceux qui
l’ont mis en avant, afin que, dans son élan, il déblaie,
croyant agir pour lui-même, le chemin des embûches qui
jonchent les perspectives présidentielles de ses
mandataires d’aujourd’hui. C’est ce déblayage que
j’appelle ici le sale boulot.
B. Le sale boulot :
Le boulot qui est espéré de Jean-Marie DORE est
essentiellement de tout faire pour éluder, évacuer la
question de la révision de la constitution, et pour
cela, il faut qu’il se sente concerné par les effets
d’une telle révision. Et pour qu’il se sente concerné,
il faut le laisser croire ou penser qu’il pourrait se
présenter aux élections présidentielles à la fin de la
période de transition, sinon, comment expliquer qu’aucun
de ceux qui l’ont adoubé ne se soit exprimé sur ses
positions sibyllines face à la non candidature du
premier ministre de la transition ?
Par cynisme et calcul politique, on laisse accroire à
Jean-Marie DORE que l’option lui est ouverte, et ainsi,
pour son propre intérêt, compte tenu des problématiques
de :
1) la limite d’âge ;
2) limitations du pouvoir présidentiel ;
3) limitation du nombre de mandats.
Le commando Jean-Marie DORE, du haut de ses 70 ans, sera
l’agent idéal pour assurer, en tant que Premier Ministre
de transition, une reconduite telle quelle de la
monarchie constitutionnelle consacrée par l’esprit et la
lettre de la Loi Fondamentale laissée par Lansana CONTE
au 23 décembre 2008.
Pour cela, il faudra le laisser croire que l’option de
sa candidature présidentielle reste ouverte.
D’où la feuille de route dépouillée de toute allusion à
une quelconque révision de la constitution, réforme à
propos de laquelle les guinéens conviennent qu’il
faudrait, ad minimum, revenir à la version précédent les
modifications qui, à l’époque, furent unanimement
décriées et dénoncées par l’ensemble de la classe
politique, suscitant des mouvements unitaires tels que
FRAD, MORAD…
C. La bombe à retardement Anti Jean-Marie DORE pour
la fin de la période de transition
Dans 6 mois, puisque les partis politiques qui l’ont
adoubé pour faire aboutir leur projet de statu quo
constitutionnel auront réussi à nous tromper sur ce
sujet épineux, en l’expurgeant soigneusement de la
feuille de route de la transition, ils attendront
cyniquement Jean-Marie DORE au tournant de sa
candidature à la présidentielle. Conscients de
l’intransigeance de l’opinion guinéenne sur ce sujet,
ils auront, sous le manteau, tenus leurs troupes prêtes
à porter l’estocade à ce Premier Ministre, en cas de
velléité présidentielle en fin de transition, et dont
ils auront préparé l’esprit à empêcher toute révision
constitutionnelle pendant son bref mandat d’un semestre.
Et c’est là que, soudain réveillés, ils se feront les
champions de la défense d’une ligne qu’ils auront laissé
enfoncer par Jean-Marie DORE depuis le début.
KEITA Sidikiba
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