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GUINEE: CONAKRY, le 21-01-2010.  La Guinée prise en otage par ses hommes politiques.

Quel sera le futur du peuple guinéen avec le rétablissement de l´ordre constitutionnel dominé par les vautours de l´ère Conté ?

Le plan des ennemis du changement soutenu par la France, vient d´être matérialisé á Ouagadougou.

La République de Guinée, scandale géologique, château d´eau de l´Afrique Occidentale, référence mondiale du panafricanisme pour sa position de principe contre les manipulations politiques de la colonisation française en Afrique Noire. Ce glorieux peuple souffre aujourd´hui d´une instabilité politique sans précédent, par le manque de consensus et d´unité entre ses propres fils sur la voie á suivre pour mettre ses immenses ressources naturelles au profit de son développement.

Cinquante-deux ans d´indépendance politique dont le bilan peut être résumé comme suit : 1958-1984, soient 26 ans de vie sous le Parti d´Etat (parti unique) et d´émancipation avec une révolution socioculturelle axée sur la défense de la souveraineté nationale sans développement économique, mais aussi sans pillage économique (œuvre du Père de notre indépendance, le président Ahmed Sékou Touré).

A sa mort, le coup d´Etat militaire du colonel Lansana Conté nous plongera dans 24 ans d´apprentissage démocratique, dont les neuf premières années (1984-1993) ont suscité beaucoup d´espoir sous un régime militaire au discours prometteur ; les dix années suivantes (1993-2003) caractérisées par un multipartisme sans une *real politik* ni démocratie, sanctionnées par des processus électoraux fictifs (1993, 1998 et 2003), triplement remportés par un Comité Militaire de Redressement National métamorphosé en Parti de l´Unité et du Progrès (PUP).

Si politiquement cette période mérite cette dernière caractérisation, il faut retenir que sur le plan socio économique, c´est une décennie obscure, qui a laissé cette belle terre, sans unité entre les différents groupes ethniques qui la peuplent, sans cadres patriotes á cause de la corruption et le pillage économique transformés en norme de fonctionnement de l´administration d´Etat, cette même administration en carence de compétence á cause de la politique d´affinité dans le choix des cadres.

Une jeunesse en chômage malgré ses multiples diplômes, car pour son engagement dans la fonction publique les recommandations remplacent les talents.

Les guinéens qui ont eu la chance d´occuper des hauts postes, détournant les budgets á leur propre fin et s´enrichissant au détriment du développement national.

La théorie du développement national cède le pas á l´enrichissement illicite de certains fonctionnaires. Ces hommes (les proches du pouvoir Conté) sont trop riches, mais nos caisses sont vides.

La troisième et dernière étape de cette Deuxième République qui va de décembre 2003- á décembre 2008, soient cinq ans de mandat inachevé d´un régime militaro-mafieux dirigé par un Général grabataire, rongé par une longue maladie, sera l´apogée d´un régime exceptionnel á gestion anachronique qui a laissé toute une nation sans espoir, abandonnée á
elle-même.

En plus du pillage économique par nos cadres, les forces de l´ordre et leurs chefs hiérarchiques ont transformé notre territoire en dépotoir de drogue et de la cocaïne, affectant dangereusement ainsi la sécurité du peuple.

L´Etat n´existait presque plus en Guinée ; car, l´ambition matérielle des dirigeants avait transformé leur sens de devoir d´acteurs de développement national en commerçants ou opérateurs économiques du secteur privé.

Pour preuve, toutes les personnes qui ont eu la chance d´occuper des postes stratégiques á cette période, sont aujourd´hui des guinéens dont les richesses ne correspondent pas aux salaires.

De nos jours, d´autres sans vergogne se sont même transformés en leaders politiques et certains ont des actions dans beaucoup d´entreprises, en plus de leurs innombrables biens immobiliers dans toutes les grandes villes du pays, ainsi qu´à l´extérieur.

Devant ces pratiques anarchiques et apatrides, le peuple dira trop c´est trop et s´est levé pour exiger un changement radical pouvant aboutir á l´amélioration des conditions minimums de vie de la population guinéenne. La peur ou la méfiance des leaders politiques, donnera l´occasion au mouvement syndical de prendre le devant des réclamations populaires. Pour la première fois depuis son indépendance, le peuple de Guinée s´est uni pour déclencher une grève générale et illimitée sur toute l´étendue du territoire national.

Les grèves de juin 2006, janvier et février 2007, seront le début d´une longue transition qui verra successivement la formation des gouvernements de large consensus dirigé par des premiers ministres chef de gouvernement ; mais en réalité seul le Premier nommé en mars 2007 (le diplomate Lansana Kouyaté) était fruit d´un consensus entre les forces politiques et les institutions républicaines. Son remplacement par le Dr Ahmed Tidiane Souaré violait les accords tripartites de février 2007. Ce dernier a dirigé le pouvoir exécutif jusqu´ á la mort du Général Lansana Conté le 22 décembre 2008.

Le 23 décembre 2008 marquera le début d´une nouvelle étape dans l´histoire de l´Etat guinéen. La prise du pouvoir par la junte militaire dirigée par le Capitaine Moussa Dadis Camara, ou l´ère de la Troisième République avec un régime de facto (Conseil National pour le Développement et la Démocratie).

Ce régime á vision nationaliste, déterminé á donner du sang nouveau á l´administration guinéenne et corriger les erreurs du passé s´est heurté aux intérêts des anciens dignitaires et les entreprises multinationales sous la protection des grandes puissances occidentales et la complicité des narcotrafiquants.

Les ambitieux programmes du Président Dadis, tels que le nettoyage administratif, les audits et la lutte contre la corruption et surtout celui contre le narco trafic en plus de la révision des contrats miniers ont été suffisants pour déclencher une campagne médiatique de déstabilisation contre son régime, sous la complicité des ennemis du changement. Ces rescapés du pouvoir Conté veulent revenir aux affaires non pas pour le développement national, mais pour protéger leur fortune acquise au prix du pillage de notre économie nationale sous l´ancien régime.

Finalement, l´idéologie Dadis a payé les frais de cette manipulation avec les actes de provocation et de déstabilisation qui ont abouti aux tristes événements du 28 septembre 2009 et la tentative d´assassinat contre la personne du Président de la République le 3 décembre de la même année. Ces événements planifiés et financés par les ennemis du changement avaient pour unique but, d´éloigner du pouvoir le jeune président panafricaniste, en se servant de son inexpérience politique et l´incompétence de ses conseillers.

Toutes les manœuvres politiques visant á écarter du pouvoir le Président Moussa Dadis Camara, se sont concrétisées dans le fameux accord du 15 janvier 2010 signé á Ouagadougou sous la médiation du Président Blaise Compaoré.

Pourquoi une médiation entre le Président Dadis et son ami, le Général Sékouba Konaté au Burkina et non entre le CNDD et les Forces Vives ? Alors qu’avant le 3 décembre, il n’y avait pas de problèmes entre les deux. Pourquoi parler ou signer un accord en lieu et place d’un retour au pays du président guinéen aux côtés de son ami et complice de toujours, le général Konaté ?

Ce revirement de la situation met en doute l´authenticité de l´accord de Ouagadougou. Un accord signé sous pression, même si le document final et le discours de Dadis disent le contraire.

Cet accord met formellement fin á l´ère Dadis et ce dernier risque de subir le même sort que l´ex -président libérien Charles Taylor, pour la simple raison qu’il a accepté toutes ces propositions sans exiger une loi d´amnistie internationale en sa faveur dans le but d´éviter les pièges d´une possible extradition devant la Cour Pénale Internationale de la Haye. Car, seule l´immunité présidentielle pouvait éviter une telle procédure, selon la position des dirigeants africains.

Les conseillers juridiques de Dadis ont –il été consultés par leur patron avant d´apposer sa signature ? Si oui, ils sont complices, sinon, Dadis a trahit ses pros et en même temps, il a signé son arrestation, car il risque d´être obligé á répondre aux accusations sur les crimes du 28 septembre, comme indique le rapport de la Commission d´investigation des Nations -Unies.

Le plan des ennemis du changement soutenu par la France, vient d´être matérialisé á Ouagadougou. *

Aujourd´hui, notre Guinée rentre dans une nouvelle phase de sa transition, cette fois- ci sans la présence de Dadis á cause de son « état de santé ».

L´engagement du nouvel homme fort de Conakry, le général Sekouba Konaté obéit aux exigences de la branche radicale de l´opposition guinéenne ; c´est á dire les élections présidentielles sans Dadis.

Si cette décision a été saluée par toute la communauté internationale et surtout l´opposition guinéenne, il faut souligner que le peuple de Guinée reste encore sur sa faim.

Bref, si nous sommes contents et d´avis pour le retour des militaires dans les casernes, nous sommes bien inquiets du retour des pilleurs de notre économie dans la gestion de la chose publique en Guinée.

Notre position est irréversible, elle consiste au retour des militaires dans leurs casernes, la poursuite des audits et l´élimination de la candidature de tous les leaders politiques impliqués dans le pillage de notre économie.

Car, si nous voulons construire une nouvelle Guinée unie et prospère, nous devons fonder nos arguments ou nos programmes sur la vérité et non sur le mensonge ou la manipulation politique.

La transition guinéenne dans sa phase actuelle sans Dadis, sera plus décisive et si la nouvelle autorité de transition minimise les aspects cités plus haut, son passage ne sera qu´une autre phase d´échec qui laissera notre pays sans espoir.

La lutte contre les délits économiques, l´éloignement de tous les cadres impliqués dans le détournement du denier public et la poursuite des audits en plus de la révision des contrats miniers entre autres, doivent être la clef de voûte de cette nouvelle équipe, pour accompagner et enrichir la révision et l´amendement de notre constitution et la loi organique
électorale.

Organiser des élections en Guinée sans référendum, serait comme construire dans un terrain glissant sans fondement ou confier la surveillance d´une plantation de banane aux singes.

En tout cas, retenons qu´aucune gouvernance démocratique ne sera possible en Guinée sans la présence et le bon fonctionnement des institutions capables de la distribution équitable des richesses nationales et le respect de la diversité ethnico culturelle.


Depuis La Havane, une opinion du

Dr Théa Cécé Victorien Junior.

Juriste, Spécialiste en Droit International et linguiste

Junior_thea@yahoo.fr



 

 

 
   

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