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RDC:
KINSHASA, le
21-01-2010.
République Démocratique du Congo : à quand la liberté
économique ?
Auteur : Oasis Kodila Tedika
Depuis des années déjà des indicateurs sérieux font
remarquer unanimement que la République démocratique du
Congo (RDC) se retrouve en toute queue de peloton en
matière de liberté économique. Le rapport Doing business
de la Banque mondiale la place encore cette année à la
182ème position en termes de facilité de faire des
affaires, soit l’avant-dernière place. L’indice de
liberté économique du Wall Street Journal et de l’Heritage
Foundation va dans le même sens : 173ème position sur
179 pour 2009.
Les économistes ont établi une corrélation positive et
forte entre croissance économique et liberté économique
: cette dernière incite en effet à l’entrepreneuriat, à
l'investissement, à l'innovation, à la création de
valeur, soit autant d’ingrédients absolument
fondamentaux au développement économique. La corrélation
reflète donc une causalité ici. Mais le gouvernement
congolais ne semble pas être concerné au plus au point
par cette causalité entre liberté économique et
développement.
En effet, on recense dans les données factuelles une
pléthore d'exemples qui témoignent de ce « désintérêt ».
Jusqu’il y a peu, l’Etat congolais s'est comporté en
véritable dictateur freinant par là tant la liberté
politique que la liberté économique, menaçant même la
sécurité des personnes et de leurs biens. Cette
restriction de liberté se confirme davantage lorsque
Mobutu se lance dans les nationalisations tous azimuts
des entreprises et propriétés foncières appartenant à
des ressortissants ou groupes financiers dans les années
70. La fameuse zaïrianisation en est l’exemple parfait.
Ces différentes nationalisations, sous prétexte de
donner à l'Etat des moyens, n’ont bénéficié qu'à la «
nomenklatura » ou à l’« oligarchie despotique » en place
et ont chassé la propriété privée, composante
essentielle de la liberté économique : sans
appropriation privée, et sûre, des fruits du travail de
chacun, les incitations à l’effort productif se
réduisent fortement, et avec elles, les perspectives de
développement.
A côté de cette illustration du non respect de la
liberté économique, il existe une gabegie mue notamment
par une corruption généralisée, comme en témoigne
l’indice de perception de la corruption de Transparency
International (la RDC occupe la 162ème sur les 180).
Cela s’explique notamment par la bureaucratie mise en
place par l’Etat pour bénéficier des pots-de-vin. Cette
triste réalité est, malheureusement, encore présente. On
la lit dans le Doing business 2010 qui atteste que créer
une entreprise en RDC exige en moyenne 13 procédures et
149 jours, alors que la moyenne de l’Afrique
Sub-saharienne est respectivement de 9,4 procédures et
45,6 jours.
Parallèlement à cette bureaucratie, l’Etat congolais ne
cesse de se contredire : prétendant prôner le
libéralisme économique, il est loin de cela au regard
des monopoles qu’il continue à garder. Le cas par
exemple de la Société Nationale d’Electricité (SNEL)
dont l’efficacité est quasi-nulle, alors que ses
services sont vitaux tant pour les entreprises que pour
la population et reste tristement à ce jour la
chasse-gardée de l’Etat.
Les politiques économiques du pays certifient aussi de
cet esprit de non respect de liberté économique. La
politique monétaire a été très longtemps essentiellement
expansionniste, dans le souci de bénéficier de l’abus du
droit de seigneuriage (revenu direct retiré de
l’émission de la monnaie). Cela s’est rapidement
transformé en une inflation galopante, voire même en
hyperinflation (avec un pic historique de 9796% en
1994). Présentement, on n’est pas encore à un retour à
la normale puisque le taux d’inflation toujours à deux
chiffres (16,7%) avec une tendance à la hausse et des
autorités monétaires peu crédibles. Ce qui tout
bonnement érode le pouvoir d’achat des consommateurs et
complique le calcul économique des entrepreneurs.
La politique fiscale n’est pas en reste. Comme dans le
passé, la fiscalité reste un problème majeur pour la
liberté économique : l’impôt sur les revenus
professionnels est fixé à 40%, par exemple, ce qui dans
un pays en développement et au vu des faibles services
publics rendus, constitue une barrière considérable à
l’effort productif. Dans la même veine, on enregistre
aussi le « désordre fiscal » qui multiplie des taxes
provinciales non prévues dans la nomenclature légale. A
titre d’illustration, dans les provinces du Bas-Congo et
Orientale, on dénombre en moyenne 20 taxes de cette
nature. Les entrepreneurs se plaignent de cette
fiscalité répressive, peu incitative et encourageant la
fraude, dixit les différents rapports de la Fédération
des Entreprises du Congo.
On peut multiplier des exemples, mais les messages
délivrés par les indicateurs repris ici est limpide : en
RDC, la liberté économique n’a pas assez d’espace. Si on
tient donc là une partie importante de l’explication de
son sous-développement, une des solutions pour son
développement apparait alors également. A l’heure où
l’on fait le bilan de ses 50 années d’existence, l’on
ferait bien de traiter plus sérieusement la question de
la liberté économique.
Oasis Kodila Tedika, est un économiste congolais (RDC).
Publié en collaboration avec UnMondeLibre.org
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