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R. D. DE CONGO:
KINSHASA, le
29-01-2010.
République
Démocratique du Congo : aux origines de la dette
Auteur : Oasis Kodila Tedika
Riche d'innombrables ressources, la République
Démocratique du Congo figure aujourd'hui parmi les dix
premiers pays ayant le plus faible indice de
développement humain, selon le PNUD. Depuis, le pays
fait partie de la quarantaine de pays bénéficiaires de
l'Initiative en faveur des Pays Pauvres Très Endettés (IPPTE).
Il est vrai que dans un pays où plus de trois millions
de personnes ont été victimes de la guerre depuis plus
d’une décennie et où 80% de la population vit avec moins
de 2 dollars par jour, le remboursement de la dette
restera un poids insupportable et effacer l’ardoise de
la dette est présenté naturellement comme une solution.
Ainsi, le gouvernement en a fait une de ces
préoccupations majeures. Mais au-delà de cette
annulation, il se pose une autre question toute aussi
importante : pourquoi la RDC en est-elle arrivé là ? En
passant, l’annulation de la dette est-elle suffisante ?
Entre 1965 et 1969, le stock de la dette extérieure du
Congo est passé de 32 à 159 millions de dollars. Deux
années après, ce stock est multiplié par deux. Il passe
de 670 millions de dollars en 1972 à 1040 millions en
1973. Appréhendons le caractère véritablement
exponentiel de la dette extérieure du Congo : cette
dernière est passée de 32 millions de dollars à 13
milliards de dollars entre 1965 et 1998. Aujourd’hui, le
stock de la dette s’élève à environ 11 milliards de
dollars. Et donc l’essentiel de la dette s’est constitué
durant la période de la dictature.
De fait, la dette publique en RDC est depuis longtemps
tributaire tant de la mauvaise gouvernance que des
dérapages macroéconomiques. La gouvernance au Congo a
toujours laissé à désirer. Ainsi, par exemple, au moment
où la dette atteignait des sommets stratosphériques, on
a assisté simultanément à l’explosion de la fortune du
président Mobutu, représentant les deux tiers de la
dette du pays en 1997. Cette corrélation n’est pas le
fruit du hasard. La dictature battant son plein, Mobutu
n’est redevable devant aucune institution. De ce fait il
ne se restreint pas, lui et son entourage, à se servir
de l’argent du contribuable, mais il met également la
main sur l’argent octroyé aux congolais. La population
congolaise n’en a donc pas profité. En gros, cette dette
a été donc gaspillée.
La situation macroéconomique du pays n’est pas en reste.
Dès les années 70, la croissance économique, héritée de
la colonisation, s’estompe du fait de plusieurs
facteurs, notamment le retournement du cours des
matières premières, mais surtout de la politique de
nationalisations. Cette politique a évincé
l’investissement privé. La croissance disparaît peu à
peu à sa suite et la situation macroéconomique ne cesse
de se dégrader (déficit rapporté au PIB s’éleva à 17% en
1991, avec une inflation de 3642% par exemple). En vue
d’une stabilisation macroéconomique, les partenaires de
l’Etat lui viennent en aide en lui octroyant des prêts.
Cependant, rien de concret n’est fait, comme en témoigne
la montée de l’inflation. Les partenaires se retirent,
et la manne avec.
Dans la mouvance du début des années 70 où le pays
connaissait encore son âge d’or, Mobutu entraîne l’Etat
dans des investissements, que certains ont qualifié de
prestige (l’Usine de Maluku, le Barrage Inga sont
souvent cités en exemples), qui sont financés notamment
par la dette. Ces investissements tous azimuts se sont
révélés par la suite être des « éléphants blancs ». Le
pays se trouve donc dans une situation complexe : non
seulement ces investissements ne sont pas productifs,
mais la croissance économique disparaît. De là, les
perspectives de remboursement des dettes contractées
deviennent sombres. Ainsi, le service de la dette ne
cesse de prendre l’envol du fait de l’amenuisement de la
probabilité de remboursement et d’interruptions de
paiements qui, par voie de conséquence, accumulaient les
arriérés. La dette devenant en conséquence écrasante
pour le pays.
Dans ce contexte, annuler cette dette est-elle
réellement une solution ? Le faire peut être bien vu ;
en ce sens qu’il va créer un espace budgétaire
important. Mais cela n’est en aucune manière une panacée
si la responsabilisation des décideurs publics n’est pas
engagée, encore moins si l’amélioration continue des
institutions n’est pas envisagée. De cette manière,
William Easterly, un des spécialistes de renom sur la
question, a pu écrire à propos de l’IPPTE : « la
relation entre l’allégement de la dette et le recours à
l’emprunt qui s’en suit est intéressante : entre 1987 et
1997, le montant total de l’annulation des dettes de ces
quarante et un Etats s’est établi à trente milliards de
dollars tandis que leurs nouveaux emprunts se sont
élevés à quarante et un milliards. Cela confirme
l’hypothèse que l’allègement de la dette est suivi d’un
nouvel endettement pour un montant équivalent.
D’ailleurs, nous remarquons que le nouvel endettement
est d’autant plus massif que le pays a bénéficié
d’importantes annulations. »
Sous cet angle, supprimer la dette congolaise sans agir
plus ne fera certainement que plonger le pays dans une
autre spirale d’endettement. Car les raisons (situation
macroéconomique malsaine, faiblesse institutionnelle
mesurée par exemple par le rapport Doing Business de
facilité des affaires qui classe le pays 182° sur 183 ou
le rapport Transparency International sur la corruption,
162° sur 180) qui en constituent le soubassement seront
toujours présentes. Si elles ne sont pas traitées
sérieusement, l’annulation de la dette sera tout
simplement un emplâtre sur une jambe de bois.
Oasis Kodila Tedika est un économiste congolais,
analyste sur UnMondeLibre.org.
Publié en collaboration avec UnMondeLibre.org
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