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USA:
WASHINGTON DC, le
19-01-2010.
Taxe
sur les bonus : la solution miracle ?
(Auteur : Guy
Tchuente Nguembu)
Après le président français et le premier ministre
anglais c’est le président américain qui a décidé de
taxer les bonus des traders et autres acteurs du système
financier. Avant la publication des résultats de
JPMorgan, première des grandes banques américaines à
révéler ses chiffres pour 2009 et le montant des primes
annuelles attribuées à ses employés, le président
américain a annoncé jeudi dernier un projet de taxation
d’une cinquantaine de grandes banques. Même si les
objectifs de cette taxation peuvent paraitre louables,
la question de leur efficacité reste à démontrer. En
d’autres termes est-il de l’intérêt général de taxer les
bonus des banquiers? Cette taxe est-elle le meilleur
moyen d’éviter les prises de risque excessives ? Ne
serait-il pas préférable de chercher des mécanismes de
responsabilité pouvant régler plus efficacement le
problème de la prise de risque excessive des banquiers ?
A la question de savoir s’il faut ou non taxer les bonus
des banquiers, il est évident que la réponse de la
plupart de gouvernants sera oui. Selon eux, la crise que
traverse le monde actuellement est l’œuvre du système
financier (omettant ainsi les erreurs de politiques
monétaire, sociale, foncière qui ont conduit à la
crise). Ils dénoncent aussi l'injuste répartition des
gains et des coûts entre les banques et les
particuliers. « Lorsque se produisent des crises, ce
sont les contribuables qui doivent en assumer le coût »,
relèvent-ils ainsi, alors que « les actionnaires et
collaborateurs des établissements financiers
bénéficient, eux, de tous les avantages dès que
l'économie se redresse ». En effet, les bénéfices sont
privatisés, les pertes mutualisées. De plus, il paraît
logique que l’État récupère les fonds publics dépensés
lors du sauvetage du système financier. Il faudrait donc
en conclusion taxer les bonus des banquiers pour éviter
les prises de risque et corriger les injustices.
Pourtant, cette solution est loin d’être efficace et
pourrait créer les effets contraires à ceux escomptés.
L’application d’une taxe sur les bonus des banquiers, au
lieu d’éviter les prises de risque pourrait plutôt
pousser les traders… à prendre plus de risques. En
effet, anticipant que la l’application de la taxe
réduirait son bonus, pour avoir au moins toujours le
même bonus réel (net de la taxe), le trader devra
prendre plus de risque.
Par ailleurs, l’annonce de cette taxe a déjà poussé
plusieurs sociétés financières à augmenter les salaires
fixes de leurs employés. Selon une étude internationale
du cabinet Mercer auprès de 42 banques, 65 % d'entre
elles ont augmenté les salaires de base, et 83% ont
diminué la part des bonus dans les rémunérations. « Les
champions de la banque d'investissement ont augmenté de
50 % en moyenne les rémunérations fixes dans les
activités marchés de capitaux depuis l'été dernier »,
constate Éric Singer, chasseur de têtes dans la finance.
Ces augmentations posent un problème de flexibilité et
d’incitation car ces salaires ne peuvent êtres diminués
en cas de mauvaises performances, d’où une perte de
compétitivité des banques. Ce qui n’est en aucun cas de
l’intérêt du client, ni des actionnaires, ni de l’État.
En fait, une taxe se répercute d’une manière ou d’une
autre sur le client final, et élève ainsi le coût des
services bancaires pour ce dernier, bien souvent
emprunteur - alors qu’au même moment les États se
plaignent du manque de crédits accordés. Ensuite, si
l’application de cette taxe a un effet sur le revenu
réel des banquiers, le capital humain ne se fera pas
prier pour aller se vendre là où il est le mieux
rémunéré, c’est une loi simple de l’économie. Déjà les
grandes banques comme Goldman Sachs ou JPMorgan
repensent leur stratégie d’implantation à Londres, et
cherchent à se délocaliser : cette délocalisation
entrainera une baisse des revenus fiscaux.
La crise actuelle a commencé avec la crise des crédits
hypothécaires à risque, en 2007 aux États-Unis. Mais
cette crise n’est pas due aux montants des bonus mais
plutôt à leur structure qui prenait peu ou pas en compte
les prises de risque. Selon Marcel Boyer de l’Institut
économique de Montréal, les mécanismes incitatifs
utilisés notamment dans l’industrie des services
financiers rémunèrent les revenus générés de manière
quasi indépendante des risques, avec comme conséquences
prévisibles la mesure négligente et défaillante des
risques et la prise injustifiée de risques. A titre
d’exemple, les honoraires des courtiers hypothécaires
sont basés uniquement sur le nombre de prêts
hypothécaires qu’ils accordent, sans prendre en
considération le risque de défaillance. Taxer les bonus,
sans en modifier la structure, ne peut être qu’une
entreprise infructueuse. (Et ce d’autant que la
politique « sociale » du logement de l’administration
américaine était précisément d’encourager le nombre de
crédits hypothécaires accordés à des ménages « à risque
» : promotion de taux d’intérêt bas et encouragement des
prêts à taux variable, garantie toujours plus risquée
par Fannie Mae et Freddie Mac de crédits hypothécaires,
réduction de l’apport personnel par l’American Dream
Downpayment Act).
La taxation des bonus des banquiers bien que semblant
être revêtue de bonnes intentions ne résout aucun
problème : elle incite à prendre plus de risques et
affaiblit le marché financier. Il faut plutôt de
remettre la responsabilité au cœur du système et laisser
les banques mettre en œuvre des mécanismes incitatifs
prenant en compte le risque. Pour cela, les États ne
doivent plus compenser les entreprises ayant perdu de
l’argent à la suite de l’échec de leur stratégie. C’est
en effet l’épée de Damoclès de la faillite qui est la
source d’une gestion responsable. La faillite ne
représente pas un « risque systémique » : on remplace
simplement l’équipe dirigeante et les activités de la
banque sont vendues à de meilleurs gestionnaires. Sans
la sanction de la faillite, l’anticipation d’un
sauvetage fait qu’il est « moins risqué de prendre des
risques » et n’incitera certainement pas les banquiers à
être plus prudents à l’avenir.
L’absence de sauvetage rendrait plus responsables les
banquiers qui trouveront eux-mêmes les meilleures
pratiques en matière de bonus. A l’erreur des sauvetages
ne doit pas se superposer l’erreur de la taxation.
Guy Tchuente Nguembu est économiste statisticien,
doctorant à l’Université de Montréal.
Publié en collaboration avec UnMondeLibre.org
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