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USA:
NEW YORK,
le 17-07-2010.
La
réforme financière d’Obama empêchera-t-elle la crise ?
Auteur : Marc Calabria
Aux Etats-Unis le sénat vient de voter le projet final
de loi sur la réglementation financière qui a été
principalement élaboré lors d'une conférence à huis-clos
entre les deux chambres. Les législateurs auront alors
un choix simple : soutenir un projet de loi qui propose
toujours davantage de réglementation bancaire malavisée,
ou le rejeter dans l'espoir que les nouveaux dirigeants
du Congrès l'an prochain se penchent sur les causes
réelles de la crise financière.
Sans doute ne faut-il pas être surpris que le sénateur
Christopher Dodd et le représentant Barney Frank, les
principaux auteurs du projet de loi, ne parviennent pas
à mettre fin aux nombreuses distorsions politiques sur
nos marchés financiers et hypothécaires, qui ont mené à
la crise. Les deux compères ont été les architectes ou
les partisans de ces distorsions. Autant demander au
renard de construire le poulailler.
Nulle part dans la proposition de loi finale ne
trouvera-t-on un semblant de recul sérieux des
nombreuses incitations et autorisations fédérales
d’étendre le crédit, notamment en matière hypothécaire,
à ceux qui ne peuvent pas se permettre de rembourser
leurs emprunts. Après tout, le récit populaire insiste
sur le fait que les « gros félins » de Wall Street sont
responsables de la crise du crédit. Alors qu’il est
reconnu que les prêts hypothécaires ont été offerts à
des personnes et familles qui ne respectaient pas les
minima pour emprunter, les banques seront encore
obligées, dans le cadre du projet de loi Dodd-Frank, de
respecter … des quotas de prêt imposés par l’État.
Bien sûr les partisans d’une autorisation des prêts par
l’État ont raison de souligner que l’essentiel des prêts
les plus dangereux ont été émis par les prêteurs agréés
au niveau des états fédérés, tels que Countrywide, et
non pas par les banques agréés au niveau fédéral.
Malheureusement, ils oublient, délibérément ou pas, le
fait que ces prêteurs non bancaires vendaient à leur
tour la plus grande partie de leurs prêts à Fannie Mae
et Freddie Mac, ou la société d'État Ginnie Mae. Environ
90 pour cent des prêts émis par Countrywide, le plus
grand prêteur subprime, ont été soit vendus à Fannie Mae
ou garantis par Ginnie Mae. Les prêteurs « subprime »
étaient si intimement liés à Fannie Mae et Freddie Mac
que Countrywide seul représentait plus de 25 pour cent
des achats de Fannie Mae.
Bien que l'on puisse débattre des motivations de Fannie
et Freddie à soutenir le marché des subprimes, une chose
doit être claire : si Fannie Mae et Freddie Mac
n’avaient pas été là pour acheter ces prêts, la plupart
d'entre eux n'auraient jamais été contractés. Et si le
contribuable n’avait pas été derrière Fannie Mae et
Freddie Mac, les deux géants auraient été incapables de
financer ces achats importants de prêts hypothécaires à
risque. Pourtant, plutôt que de réparer ce «
renflouement sans fin » que Fannie Mae et Freddie Mac
sont en réalité devenus, le Congrès estime qu'il est
plus important d'étendre la réglementation fédérale et
les litiges à des prêteurs qui n'avaient rien à voir
avec la crise.
La pire erreur de cette loi est d'ignorer complètement
le rôle de la politique monétaire expansionniste dans la
genèse de la bulle immobilière. Une bulle d'importance
historique comme celle que nous avons vécue ne peut se
produire que dans un environnement de crédit très
abondant et bon marché. Qui a fourni et fixé le prix de
ce crédit de manière ultime ? La Réserve fédérale.
Pouvait-on vraiment croire que plus de trois ans avec un
taux réel négatif des fonds fédéraux – situation où l'on
est payé pour emprunter - ne se terminent pas en chaos ?
Comme la politique monétaire de la Réserve fédérale
cible essentiellement l’emprunt à court terme, la Fed a
également mené l'écart de taux entre les emprunts à
court et à long terme à des niveaux historiques. Cela a
créé des incitations irrésistibles pour les ménages et
les entreprises à emprunter à court terme - parfois
aussi court terme que du jour au lendemain - et à prêter
à long terme. Beaucoup de ménages ont choisi des crédits
hypothécaires à taux variable qui allaient plus tard
changer avec l’augmentation des taux d'intérêt,
augmentant ainsi les paiements mensuels. Pour les
banques, cet écart de taux a été l'occasion pour amasser
de jolis profits simplement en spéculant sur la courbe
des rendements.
Que la question de la politique monétaire expansionniste
ait été évitée pourrait bien s’expliquer par le fait que
le Congrès ne comprend pas grand’ chose à celle-ci. La
première étape évidente vers une telle compréhension
serait que le Government Audit Office audite la
politique monétaire de la Fed. Pourtant, le Congrès
continue d'interdire au GAO d'examiner la question. A
croire que le Congrès ne veut même pas comprendre les
causes de la crise.
Il n'y a eu aucune discussion non plus au Congrès sur la
suppression des « préférences fiscales » pour la dette.
Washington subventionne l’endettement, décourage
fiscalement le capital, et semble alors surpris que tout
le mondedevienne surendetté par les effets de levier.
Tant que Washington ne posera pas un regard attentif et
profond sur son propre rôle dans la crise financière, il
y a peu d'espoir d’éviter une autre crise. La loi Dodd-Frank,
certaine d'être saluée comme un remède de cheval pour
les financiers perfides, n’est en réalité pas même un
modeste pas dans la bonne direction.
Mark calabria est analyste au Cato Institute, à
Washington DC
Publié en collaboration avec UnMondeLibre.org
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