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FRANCE:
PARIS,
le 08-07-2010.
Retraites en France : La politique du Père Noël
Auteur : Emmanuel Martin
Entre 800.000 et 2 millions de français sont descendus
dans la rue le 24 juin pour demander le retrait de la
réforme des retraites du gouvernement français. Faut-il
y voir une révolte des français dans leur ensemble
contre une réforme injuste et brutale ?
Une réforme injuste ?
Dans l’hypothèse où l’on veut préserver le système
actuel, repousser l’âge légal de la retraite de 60 à 62
ans dans le contexte d’un allongement de la vie n’a rien
d’injuste. Même un socialiste comme Didier Migaud à la
Cour des comptes rappelle que 62 ans en 2018 équivalent
en réalité à 60 ans en 1983 : l’évolution démographique
est passée par là. Il y a un moment où il devient
totalement irresponsable de refuser de voir la réalité
en face, en faisant, qui plus est, payer les générations
futures à notre place au nom des « droits acquis ».
Symbole sans doute de la solidarité à la française :
après
moi le déluge.
Par ailleurs, le gouvernement français a tenté
d’équilibrer l’effort à fournir pour le financement de
la réforme. Les haut revenus sont mis à contribution :
élévation de 1 point du prélèvement sur la tranche
supérieure de l’Impôt sur le Revenu (41%, et hors
bouclier fiscal), augmentation des contributions
prélevées sur les dividendes, les plus-values
mobilières, les
retraites chapeau, les stocks options… On peut en
revanche déplorer que les retraités actuels n’aient pas
réellement à faire d’efforts. Une décision qui pourrait
peut-être s’expliquer par l’échéance de 2012 : cette
réforme est estampillée « Sarkozy », et le futur
candidat doit choyer un électorat facilement ciblé.
Ensuite, le gouvernement a fait le pari d’inclure dans
la réforme les fonctionnaires et les régimes spéciaux
(SNCF, RATP…). On pouvait s’y attendre pour les
premiers. Moins pour les deuxièmes, du fait de la
réforme de 2007. Pour les premiers, leur taux de
cotisation salariale va être aligné sur celui du privé.
Si les syndicats considèrent évidemment cela comme un
alignement par le bas, on ne peut en réalité que saluer
cette petite mesure qui va dans le sens de la justice,
notamment dans les conditions actuelles. Concernant les
régimes spéciaux, la réforme ne leur est imposée, mais
qu’à partir de 2017. Un conducteur de train ne pourra
alors partir à la retraite qu’à … 52 ans !
On comprend donc que si les chiffres des manifestants on
doublé entre le 27 mai et le 24 juin, c’est aussi parce
que fonctionnaires (20% de grévistes dans l’éducation
nationale, près de 20% dans la fonction publique d’État)
et salariés bénéficiant des régimes spéciaux (40% de
grévistes à la SNCF) ont grandement contribué aux
effectifs pour défendre leurs avantages acquis. Ce n’est
peut-être donc pas une manifestation des « français »
mais en grande partie de certaines catégories qui
n’entendent pas céder sur leurs avantages. Sans doute
par solidarité…
Une réforme brutale ?
Pourtant si la réforme peut être considérée comme
injuste, c’est qu’elle ne va pas assez loin : elle est
effectivement injuste envers les générations futures.
Car, même si elle a pu été qualifiée de brutale, force
est de constater que cette réforme reste en deçà de ce
qu’il faudrait faire pour sauver les retraites. Il
suffit de tourner les yeux vers nos voisins européens,
qui repoussent à 66 ou 67 ans leur âge légal, pour
prendre la mesure de l’irresponsabilité française dans
le refus des 62 ans.
A bien des égards, même si on peut considérer que le
gouvernement a été courageux relativement au contexte
français, la réforme n’en reste pas moins paramétrique.
Un replâtrage de plus en somme : pas vraiment brutal.
D’autant que la leçon des réformes précédentes est que
les scénarii de prévisions des retours à l’équilibre
avaient été très optimistes. Pourquoi en irait-il
différemment aujourd’hui ? Notamment lorsque l’on sait
qu’un taux de chômage de 4,5% est prévu pour 2021 dans
le scénario proposé, il y a de quoi s’inquiéter :
l’hypothèse est totalement irréaliste. Par ailleurs
l’utilisation des 33 milliards du fonds de réserve des
retraites, espèce d’amortisseur conjoncturel, peut
légitimement soulever la controverse.
Ensuite, la réforme maintient en vie artificielle le
modèle par répartition, dans lequel une génération vit
aux dépens de la prochaine, ce qui est effectivement
injuste. Pire : ce sont les impôts qui contribuent
toujours plus à le maintenir artificiellement en vie. Le
modèle par répartition n'est plus vraiment un modèle par
répartition.
Enfin, le gouvernement a non seulement oublié le pilier
capitalisation mais, qui plus est, tapé plutôt fort sur
l’épargne. C’est un point très négatif. Il paraît ainsi
évident désormais que le gouvernement n’entend pas
promouvoir l’épargne individuelle de long terme, et que
celle-ci n’entre pas dans son champ des possibles pour
une réforme réelle et crédible du système de retraites.
C’est fort dommage puisque s’éloigne ainsi toujours plus
l’option de la responsabilité. L’ancrage étatiste,
collectiviste, contre la liberté du choix, contre la
diversité et contre l’épargne, est donc clairement
affiché. L’électorat qui avait vu en M. Sarkozy un vrai
réformateur en faveur des libertés, sera sans nul doute
en tenir compte en
2012.
S’il y a quelque chose d'injuste et de brutal c’est
aussi la demande de certains français de toujours plus
de « Politique du Père Noël » pour les exonérer de leurs
responsabilités sous les oripeaux d’une solidarité qui
possède tous les attributs de son contraire. Il faut
dire qu’ils ont été couvés par un État nounou durant des
décennies, qui les protège d’une certaine manière de la
réalité. La prise de conscience est forcément difficile.
Emmanuel Martin est analyste sur www.UnMondeLibre.org.
Publié en collaboration avec UnMondeLibre.org
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