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ALGERIE: ALGER, le 29-06-2009. Le mariage religieux, porte ouverte au concubinage

Des juristes et des imams tirent la sonnette d'alarme : le mariage uniquement religieux gagne du terrain en Algérie. Ce sont les femmes et leurs enfants qui en subissent les conséquences. Plus de 4 000 demandes en reconnaissance de paternité ont dû être introduites en 2008.

″Je me suis mariée l'année dernière, par la fatiha (une sourate du Coran dont la lecture vaut mariage, Ndlr) seulement. Mon mari m'a convaincu de ne pas enregistrer notre mariage à l'état civil et de nous contenter du mariage religieux, en attendant un logement. Je l'ai cru. Je croyais réellement que c'était provisoire. Mes parents y étaient opposés, mais devant mon insistance, ils ont fini par céder. Aujourd’hui, j'ai tout perdu″, raconte Amina, 27 ans, secrétaire de direction dans une entreprise publique.
Après trois mois de bonheur et de pseudo vie conjugale, elle s'est retrouvée confrontée à une dure réalité : ″Je me suis mariée, mais j'ai continué à vivre chez mes parents. Je rencontrais mon mari dans une chambre d'hôtel miteux. Lorsque je suis tombée enceinte, ma vie a basculé.″ Après un temps de silence, Amina poursuit : ″Il a refusé d'enregistrer notre mariage à l'état civil, ce qui était nécessaire pour avoir un livret de famille indispensable pour inscrire notre futur enfant. Pis : il m'a lancé sans aucune honte qu’il ne s’était pas marié pour faire des enfants et que j’aurais dû prendre des précautions.″


Les rencontres se sont fait de plus en plus rares, puis ont cessé. ″Je me suis retrouvée dans une véritable impasse. Mariée, sans l'être officiellement. Lui a refusé d'assumer ses responsabilités. Il a disparu de la circulation. J’ai été obligée de porter l'affaire devant le tribunal, notamment après qu’il ait nié la paternité de l’enfant. J'attends toujours le verdict.″

Marié, mais pas engagé


L'histoire d'Amina est celle de milliers d’autres Algériennes. Nihad, par exemple, mariée depuis plus de cinq ans sous le régime de la fatiha, espère toujours un jugement pour pouvoir enregistrer sa fille à l'état civil. L’islam prescrivant que la filiation s’établit par le père, un enfant sans père reconnu ne peut être enregistré, alors que c’est une condition pour entamer ensuite sa scolarité. ″Je dois inscrire ma fille à l'école à la rentrée scolaire, et le jugement n'est pas encore rendu. Son père refuse de reconnaître notre mariage et par conséquent sa paternité. J'ai commis une erreur, et c’est ma fille qui la paye aujourd’hui″, lance-t-elle.


L'avocate Fatma Zohra Benbrahem confirme : ″Chaque jour, les tribunaux algériens enregistrent des demandes pour déclarer des couples mariés, ou en reconnaissance de paternité. Sans cela, la femme vit l'enfer, car ni elle ni ses enfants ne peuvent bénéficier de leurs droits de citoyens.″ Selon elle, le mariage par la seule fatiha, sans enregistrement civil, est en progression depuis une dizaine d’années parmi les émigrés vivant en Europe et les musulmans pratiquants. ″Nombreux sont les immigrés qui préfèrent prendre une deuxième femme ici en Algérie, mais sans pour autant enregistrer le mariage, car ils sont déjà mariés en France, notamment. Or, la loi française interdit la polygamie″, ajoute l’avocate, qui conclut : ″Ces hommes veulent un concubinage, une union libre, sans engagement et sans même le côté sacré du mariage.″ Une femme pour leurs vacances au pays… Le second cas de figure est celui de musulmans pratiquants qui cherchent la polygamie, permise par la religion et autorisée par la loi, sans toutefois en accepter l’obligation d’entretien.

Protéger les femmes


Malgré la décision du ministère des Affaires religieuses, prise en 2007, d'interdire le mariage religieux avant le mariage civil, cette méthode garde ses adeptes. ″Notre décision de refuser tout mariage religieux avant le mariage civil tend à protéger les droits des femmes″, a déclaré le ministre, M. Bouabdellah Ghlamallah. Celle-ci s'explique par ″le nombre important d’abandons de famille enregistrés à travers le pays. Ce comportement donne une image peu reluisante de l’islam″, celle d’une religion qui ne protège pas les gens. Une image fausse, puisque dans l’islam, le mariage exige aussi le consentement de la femme, ce qui, cependant, ne résout pas le problème de ses droits en cas de mariage exclusivement religieux. L’imam qui procède au mariage religieux est censé vérifier les documents attestant d’un mariage civil préalable. Mais dans la pratique, beaucoup ne le font pas...


par Malika Belgacem (Syfia Algérie)
Source: syfia.info

 

   
 
   

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