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CONAKRY, le 02-06-2009. La chasse aux sorcières

Le CNDD veut-il faire comme son ancêtre, le CMRN ?


Intimidations, arrestations arbitraires et trafic d’influence. Ces anciennes pratiques qu’on croyait appartenir au passé refont surface au grand dam d’un peuple qui ne demande que le changement qui tarde toujours à venir.

En tout cas, aujourd’hui rien n’est moins sûr. Car, depuis un certain temps, on assiste à une vague d’arrestation des officiers supérieurs qui, aux yeux des hommes forts de Conakry, constituent des vaisseaux qui risqueraient de leur faire ombrage. C’est le moins que l’on puisse dire.

Après l’arrestation des officiers qui constituaient l’entourage gênant du Président défunt au lendemain de la prise du pouvoir par le CNDD et la capture des présumés commanditaires du « Coup d’Etat » déjoué à la veille du voyage du Capitaine Moussa Dadis Camara en Lybie, une véritable chasse aux sorcières vient d’être engagée pour arrêter les principaux accusés de la mutinerie des 2 et 3 février 1996 qui a failli renverser déjà l’époque le Président Lansana Conté.

Est-ce par peur, par mépris ou par simple volonté de les nuire ?

Pour l’instant nous ne savons rien sur les motifs réels de cette purge qui ne dit pas son nom. Ce que nous savons, au contraire, quelques brides d’informations recueillies ici et là qui attestent que les
Commandants Yaya Sow, Gbagbo Zoumanigui et Kader Doumbouya seraient recherchés par la machine de répression de la junte, pilotée par le puissant ministre de la sécurité présidentielle, Sa « Majesté », le Capitaine Claude Pivi qui se livre actuellement à une véritable vendetta au sein de la société civile et de l’armée.

Jusqu’au moment où nous mettons sous presse cette livraison, Sow et Gbagbo sont introuvables. Seul Kader Doumbouya a été arrêté chez lui par une cohorte de 12 camions de militaires armés jusqu’aux dents. Nul besoin de vous décrire la violence dans laquelle le Commandant a été cueilli. Elle était indescriptible. Allant des bastonnades aux coups de bottes, en passant par les coups de matraques, ces bérets rouges, sans état d’âme, ni éducation et sans discipline et qui de surcroit, se croient tout permis, ont infligé toutes sortes d’humiliation à leur compagnon d’arme devant ses enfants et son épouse.

Ironie du sort. La plus part de ces soldatesques qui l’ont arrêté et le blessé ont été ses élèves officiers au Camp dans le passé.

Selon un militaire qui a recueilli l’anonymat, ce grand officier parachutiste, qui a fait ses preuves en Sierra Leone et au Liberia, est toujours accusé à tort par les autorités parce qu’il fait peur comme il faisait peur à l’ancien Président Lansana Conté. Trois fois arrêté et libéré, Kader Doumbouya est aujourd’hui reproché d’avoir hébergé 3 ou 4 étudiants qui sont venus préparer leurs examens chez lui. Sans enquêtes, ses bourreaux concluent qu’il serait entrain de former des rebelles.

Il est temps pour les défenseurs des droits de l’homme, les forces vives de la nation et la communauté internationale de dénoncer et de condamner ces pratiques qui n’honorent plus ce monde civilisé et démocratique et de demander la libération immédiate de tous ceux qui sont au secret dans ces prisons guinéennes reconnues pour leurs vétustés et la torture qui s’y pratique au nom du Président de la République qui n’est souvent pas au courant des réalités de ces bagnes.

Toute société est menacée lorsqu’un seul pouvoir ou l’armée se charge à la fois de faire respecter la loi, d’enquêter et de juger.

C’est pourquoi, le Président Dadis Camara, doit faire beaucoup attention pour ne pas décevoir le peuple de Guinée qui fonde désormais, tout son espoir de changement sur lui. Il ne doit pas donner l’occasion à ces aigrefins de saboter l’excellent travail qu’il a entamé en Guinée depuis le 23 décembre dernier.

Pour éviter de tomber dans le traquenard tendu par ces saboteurs qui se font passer pour des conseillers ou supporteurs du CNDD, le Capitaine doit dire non aux exactions, aux arrestations arbitraires des civils et des militaires, s’employer à l’instauration d’une vraie démocratie et d’une justice équitable et assurer la sécurité de tous les Guinéens.

Le CNDD doit reconnaître et condamner ces abus, donner l’ordre à l’ensemble du personnel militaire d’y mettre fin et d’autoriser la police et les autorités judiciaires d’enquêter sur ces exactions.

Ce n’est qu’en faisant cela, que le Capitaine Moussa Dadis Camara pourra, non seulement continuer à bénéficier de notre soutien pour les actions nobles et encourageantes qu’il a entreprises dans le pays depuis son accession au pouvoir, mais aussi réussir une transition consensuelle et apaisée.


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