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CONAKRY, le 18-06-2009.
Dadis
Camara, l’homme de toutes les contradictions
Depuis les indépendances jusqu’à nos jours, les
différents régimes et gouvernements qui se sont succédés
en Guinée ont suscité de l’espoir à leur début. Mais, au
fil du temps, cet espoir a laissé place au doute et au
désespoir. Sous la première
république, nous avons connu la dictature, le culte de
la personnalité, l’immobilisme et le despotisme. La
deuxième république quand à elle, en plus de tous ces
maux, a semé les graines de l’injustice, de la
corruption, de la haine et de l’immoralité dans toutes
les couches de la société guinéenne. Des biens mal
acquis ont été étalés au vu et au su d’une population
désabusée et réduite à vivre dans un état de pauvreté
qui dépasse l’entendement. Ce pays, qui regorge
d’énormes potentialités pour réussir son développement,
demeure aujourd’hui la risée de l‘Afrique en raison du
règne catastrophique de Lansana Conté sur le peuple de
Guinée.
Le 23 décembre 2008, suite à la prise du pouvoir par
l’armée, c’est tous les guinéens qui se sont mis à rêver
à des lendemains qui chantent. Les nouvelles autorités
ont signifié à la population leur détermination de
lutter contre les maux qui accablent le pays et ses
citoyens. Nous avons tous vu à la tété le défiler des
narcotrafiquants, certains anciens ministres communément
appelés prédateurs de l’économie guinéenne. Au delà de
ces actes, la population a adhéré au projet de
transition démocratique prôné par les nouvelles
autorités. Le peuple avait cru, comme un don du ciel,
avoir un nouveau ATT en raison du fait que le nouveau
patron
du CNDD n’avait cessé de clamer la rupture entre le
défunt régime et le nouveau. Seulement, le temps finit
toujours par dévoiler la véritable nature de l’être
humain que nous sommes.
Qui peut aujourd’hui jurer de l’effectivité de la
rupture des régimes Conté et Dadis?
Si l’on admet le fait que la rupture est un changement
de l’état des choses, le fait de s’arracher d’une
situation que l’on juge non souhaitable au profit d’une
autre que l’on juge plus souhaitable, alors après cinq
mois de règne du CNDD, nous pouvons aisément affirmer
qu’il n’y a point de rupture en Guinée.
En effet, comment peut-on convenir d’un changement de
procédés entre le régime de Lansana Conté et celui de
Dadis si ce dernier continue à avoir de l’estime pour
les faits et gestes de l’ancien président? En prenant
publiquement fait et cause pour défendre le bilan de
Lansana Conté, Dadis s’inscrit dans la continuité du
défunt régime et dissuade ceux qui veulent réellement
dénoncer la gestion passé de Conté. Il tombe
complètement dans la divagation s’il cherche à faire
croire que l’ancien président était un patriote. Tous
les guinéens savent que ce dernier a non seulement
initié la corruption, l’a étendue à toutes les sphères
de la société uinéenne et a mis le pays à genoux.
Il ne saurait y avoir de rupture, si dans la Guinée de
Dadis, personne n’ose dénoncer les détournements de
fonds publics, ’appropriation illégale des biens de
l’État, l’injustice, le copinage et le trafic
d’influence initiés par l’ancien président. En Guinée,
ni Dadis ni personne d’autre que ce soit ne peut plaider
l’ignorance devant les agissements passés d’un ancien
président insouciant de l’avenir de son peuple. N’est-il
pas vrai que Conté avait pris du plaisir à passer à la
banque centrale, à la douane et même à l’intendance de
l’armée pour demander que les fonds lui soient remis?
N’avait-il pas sciemment confondu le bien collectif au
patrimoine individuel? Pour cet homme la Guinée restait
sa vache laitière, à traire même si le lait venait à
tarir. Tous les guinéens ont été, malgré eux, témoins du
pillage des ressources publiques. Même si ce régime
reste aveugle et insouciant, Nous guinéens, qui avions
subi ces injustices de l’histoire n’oublions pas.
Pour qu’il ait rupture entre le régime Conté et celui de
Dadis, le bon sens voudrait que la gestion du Général
Lansana Conté soit auditée. L’homme du 3 avril 1984
n’avait-t-il pas dit: « Nous sommes arrivés au pouvoir
alors que tout le monde est pauvre, si demain, vous nous
voyez avec des maisons, des véhicules et toutes sortes
de biens, alors on les aurait volés ». Dans un véritable
État de droit le Général Conté et ses proches auraient
été les premiers à être audités par les nouvelles
autorités. Ils auraient alors démontré leur
détermination à lutter contre la corruption.
N’est-il pas étonnant que ceux qui sont actuellement au
pouvoir parlent d’égalité et d’équité devant la justice
alors que ce qu’on voit actuellement dans le pays c’est
une justice à deux vitesses? Seul Ahmed Kanté (ancien
ministre des mines) a été emprisonné dans le dossier des
mines alors qu’il a été le premier à dénoncer au grand
jour les carences qui existaient dans les contrats
miniers et l‘utilisation qu’on faisait de ces fonds
miniers. Dans ce dossier, tout laisse à croire que la
majorité des guinéens se sont rangés du côté d’Ahmed
Kanté. Nombreux sont ceux qui pensent que les prédateurs
de l’économie guinéenne ont reçu la carotte et les
patriotes, le bâton.
La justice est un principe moral qui repose sur le
respect du droit et de l’équité comme fondement de la
vie sociale. Lorsqu’une justice devient sélective, alors
l’équité perd son droit de cité. La junte au pouvoir
doit comprendre qu’on a tout à perdre en instaurant une
justice parallèle au Camp Alpha Yaya Diallo. Personne
n’a le droit d’être juge, partie et bourreau. Une
justice qui repose sur une force de l’ombre ne peut être
qu’une machine à fabriquer de l’injustice. Si hier,
l’ancien président allait en personne libérer ses
proches qui ont été emprisonnés par la justice, alors
aujourd’hui nous voyons Dadis qui s’improvise en juge et
préside un tribunal dont lui seul est le décideur. En
faisant de l’introspection, nous sommes à même de voir
les limites et les dérapages des tribunaux populaires.
Le grand maître de la pensée hellénique, Socrate, a été
condamné par un tribunal populaire parce qu’il croyait à
ses idéaux. Si son procès devait avoir lieu aujourd’hui
dans un État de droit, il serait acquitté par force du
droit. L’essence des tribunaux populaires c’est la
passion. Or, nous sommes appelés à transcender la
passion au profit de la raison quand vient le temps de
rendre justice.
Le chef de la junte doit arrêter de s’inspirer des
tribunaux populaire et révolutionnaire sous Sékou Touré.
Le but premier de ces ribunaux était d’humilier les
citoyens, de rabaisser l’humain devant ses semblables.
Pour traiter le dossier des narcotrafiquants avec
efficacité, le spectacle n’a point sa place. Il faut
donc laisser la justice faire son travail tout en lui
donnant les moyens dont elle a besoin. Des magistrats
ont été formés afin d’aider les justiciables à
distinguer le droit et le non droit. Ce n’est en aucun
cas un travail du militaire dont la mission est
d’assurer la sécurité du peuple. La sécurité est devenue
un bien précieux dans la Guinée d’aujourd’hui.
Si les anciens ministres, accusés de détournement se
sont effectivement servis dans les caisses de l’État,
ils ont certainement partagé leur butin avec leur chef
suprême. Pour avoir une longévité dans le gouvernement
Conté, il fallait être généreux à son égard. Cette
corruption au sommet de l’État a fortement contribué à
instaurer l’instabilité politique et le marasme
économique que nous connaissons. Par cupidité, l’intérêt
suprême de la nation a été sacrifié au profit d’intérêts
particuliers. Lansana Conté était à la fois président et
commerçant. Les hommes d’affaire se sont mis à graviter
autour du pouvoir pour se tailler des parts de lion. Ils
sont devenus des faiseurs de roi de la savane et aucune
proie ne leur était indifférente.
Cette confusion permanente entre biens publics et bien
privés au sommet de l’État a poussé Conté à brader le
patrimoine guinéen plus d’une fois. Le nom de l’ancien
Président figure dans le bradage nébuleux de l’usine
d’alumine de Fria. N’avait-il pas vendu des avions d’Air
Guinée? N’est-il pas légitime de se demander à qui
appartient Gbantama? Il y a lieu de croire que c’est une
ferme agro-pastorale qui a été réquisitionnée à des fins
personnelles. Qu’en est-il de son fils? Ce dernier a
démantelé la voix ferrée reliant la ville de Kankan à la
capitale. Il n’a même pas éprouvé de gêne à ventre les
rails du pays au plus offrant. Seule une grande
insouciance peut pousser un homme à brader les biens de
toute une nation à de vil prix.
Aujourd’hui on peut douter de la sincérité de Dadis
quand il dit vouloir lutter contre la corruption. Si
l’on accepte le fait que la vérité c’est la conformité
entre ce que l’on dit et ce que l’on fait, alors l’on
peut se permettre d’être sceptique face à la volonté de
Dadis de combattre la corruption s’il ne commence pas
par le voleur le plus connu au pays. Que gagne-t-on en
refusant d’aller au fond des
choses? En refusant d’auditer la gestion antérieure de
Conté, les nouvelles autorités ont tout simplement
démissionné devant leur responsabilité. Ils ont ainsi
délibérément aiguillonné le comité d’audit dans une
direction qui leur est confortable.
En raison du fait que le commun des mortels guinéens
admet aujourd’hui encore que Conté était à la base des
souffrances dont le pays fait encore face (insécurité,
injustice, corruption, copinage, recèle de biens
publics), alors il est inacceptable d’entendre Dadis
dire qu’il avait la possibilité de renverser le régime
de Lansana Conté et qu’il ne la pas fait par respect
pour ce dernier. Un patriote c’est celui qui est fidele
à sa patrie et non à un homme quel qu’il soit. C’est
quelqu’un dont les actes ne doivent pas trahir ses
paroles. Sachant que Conté était un frein au
développement de la Guinée, alors tous ceux qui ont
contribué à le maintenir au
pouvoir se sont mis entre le peuple et son bonheur.
En somme, Dadis à la responsabilité de démontrer son
sérieux en faisant suivre ses paroles par des actes
concrets. S’il veut défendre Conté, qu’il démontre aux
guinéens que ce dernier a acquis ses biens d’une manière
légale et légitime. S’il
est incapable de le faire, alors qu’il arrête de le
couvrir, lui et sa famille. Surtout, qu’il arrête de
dire que ce dernier était un patriote car c’est le pire
insulte qu’on puisse faire aux guinéens dans cette
période d’incertitude.
Ibrahim Cherif
Montréal, Canada
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