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GABON: LIBREVILLE, le 29-06-2009.
Tout se jouera dans les urnes
Après le décès du président Bongo, ses proches ont
respecté les dispositions constitutionnelles de vacance
de pouvoir, en vue de maintenir la paix, une valeur
chère au défunt. Le chaos annoncé ne s'est pas produit.
Reste maintenant à réussir l'organisation d'un scrutin
présidentiel transparent et sans fraude.
"Mon action, pendant toute la durée de mes fonctions à
la tête de l’État, se fera sous le triple sceau de la
Constitution, de la concertation et du consensus." Dans
un message à la nation diffusé à la télévision nationale
le 20 juin dernier, Rose Francine Rogombé, présidente
intérimaire du Gabon, a réaffirmé sa fidélité à la loi
fondamentale. Cette ex-présidente du Sénat gabonais
assume l’intérim de la présidence comme le prévoit la
Constitution, après le décès le 8 juin d'Omar Bongo
Ondimba. La veille de son discours, le gouvernement
avait démissionné, conformément à la loi, avant d'être
aussitôt reconduit à l'identique, à l'exception du
ministre de l'Intérieur, muté. La nouvelle équipe est à
pied d'oeuvre pour organiser la prochaine élection
présidentielle, prévue au plus tard 45 jours à compter
du 10 juin, début de l'intérim, c'est-à-dire début août.
Quelque 500 000 électeurs devraient y participer.
Ainsi, le Gabon est en train de déjouer les pronostics
qui envisageaient des scénarios à la togolaise ou à la
guinéenne, pays où à la mort du président, les
successeurs constitutionnels avaient été écartés.
Wenceslas Mamboundou, un politologue gabonais, tente une
explication. Selon lui, les Gabonais auraient fini par
être imprégnés des valeurs de paix et de consensus
chères, de longue date, au président Bongo. Celui-ci
avait d'ailleurs participé à de multiples médiations en
faveur de la paix sur le continent (Congo, Centrafrique,
Tchad…). "Il y a donc un consensus indéniable pour la
paix dans la classe politique gabonaise", conclut
l'universitaire. C'est dans le souci de maintenir la
stabilité que la famille Bongo, le gouvernement et les
autres institutions de l'État auraient, selon lui,
laissé jouer les mécanismes constitutionnels.
"La Constitution, rien que la Constitution"
Dès l'annonce officielle du décès de Bongo, son parti,
le PDG (Parti démocratique gabonais) avait pris
position. "L’opinion internationale qui a cru pendant de
nombreuses années que l'après-Bongo entraînerait un
chaos total, ne devra pas compter sur le PDG", a déclaré
Faustin Boukoubi, son Secrétaire général et actuel
numéro 1 de ce parti. "Nous devons poser des actes en
faveur de la paix sociale et privilégier l’intérêt
général", a-t-il lancé. Dans son message aux Gabonais,
Rose Francine Rogombé, membre du PDG, a appelé à la
"vigilance afin de prévenir toutes dérives contraires à
l’intérêt national et toute rupture du pacte
républicain". Selon elle, "c’est uniquement à ce prix
que le peuple gabonais pourra, le moment venu, porter
librement son choix sur celui ou celle qui deviendra le
troisième président élu de la République gabonaise".
"La Constitution, rien que la Constitution", insistait
aussi Jean Eyeghé Ndong, le Premier ministre reconduit,
citant le défunt président, au cours de son oraison
funèbre. Au nom des enfants Bongo, le ministre de la
Défense, Ali Ben Bongo, le fils aîné, a pris
l'engagement de "garder allumée la flamme sacrée de
l'harmonie familiale, de la concorde républicaine et de
l'unité nationale". L'opposition, elle aussi, prône le
respect de la loi. "Quel que soit notre bord politique,
nous sommes tous d’accord que les dispositions
constitutionnelles soient respectées", se réjouit le
leader de l’opposition gabonaise, Pierre Mamboundou,
président de l’Union du peuple gabonais (UPG).
Transparence
Mais, au-delà de ce consensus, tout se jouera finalement
dans les urnes. Il reste tout d'abord à réussir
l'organisation sans heurts de la prochaine élection
présidentielle. La société civile, à l'instar de Georges
Mpaga, président du Réseau de bonne gouvernance, estime
que "frauder aux élections au Gabon est devenu une
norme", et s'engage à surveiller tout le processus
électoral. Il préconise un système transparent avec des
cartes d'électeur biométriques. Marc Ona Essangui,
président de l'Ong Brainforest et coordonnateur de la
coalition "Publiez ce que vous payez" au Gabon, redoute
qu'Ali Ben Bongo, ministre de la Défense, vice-président
du PDG et fils aîné, n'utilise sa position pour prendre
la relève paternelle. A ce moment, prévient-il, "il nous
rencontrera sur son chemin, nous acteurs de la société
civile". En se faisant investir par son parti, puis en
fraudant aux élections, Ali Ben Bongo pourrait
l'emporter. Toutefois, Il ne fait pas l'unanimité au
sein de son parti, où il a créé le Mouvement des
rénovateurs. Il n'est pas non plus très populaire, car
on lui reproche de ne pas parler les langues locales.
Pierre Mamboundou préconise de prolonger au-delà de 45
jours le délai fixé pour le scrutin afin d'en assurer
les meilleures conditions de transparence, notamment par
l'établissement de listes électorales crédibles et de
cartes d'électeur biométriques. Des suggestions qui
trouveront peut-être une oreille attentive auprès de la
présidente intérimaire, qui doit engager "dans les jours
à venir, une large concertation avec les différentes
forces vives de la nation, afin de recueillir des uns et
des autres, avis et suggestions." "Ainsi, assure le
leader de l'opposition, il n’y aura pas de
contestation."
par Anselme Ntoutoume (Syfia Gabon)
SOURCE: Syfia.info
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