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CONAKRY, le 03-06-2009.
Interview: « mon ambition est de
faire la promotion du secteur privé avant la fin de la
transition… ».
Dixit, Mamadou Max
Bangoura, ministre du Plan et de la Promotion du Secteur
Privé
Diplômé en démographie, banquier et analyste financier
des Projets, Mamadouba Max Bangoura a fait un véritable
parcours du combattant au ministère du Plan, avant d’en
être aujourd’hui le chef.
Recruté depuis 1982, il devient en 1984 chef de Section
chargé d’études. Par le sérieux qu’il a fait montre dans
le travail, il sera nommé en 1987 comme chef de Division
de l’Industrie.
Déjà en 1993, à la suite d’un test, Max se rendra à
Paris pour une formation au Centre d’Etudes Economiques
et Financières. C’est à l’issue de cette formation,
qu’il se spécialisera en Evaluation des Projets de
Développement.
En 1994, l’Etat s’étant rendu compte qu’on gaspillait
beaucoup dans la réalisation des projets, parce qu’ils
prenaient du temps et finissaient avec des surcoûts
énormes, le Président de la République, feu Lansana
Conté créera, pour un souci d’optimisation des projets,
une Cellule appelée Routes et Infrastructures de
Transport au niveau de l’Administration et Contrôle des
Grands Projets, c’est Mamadou Max qui fut le premier
cadre à être directeur de cette nouvelle structure.
Mais comme on le sait, dans le pays de Lansana Conté,
les cadres avaient peur du contrôle. Malgré les
tentatives d’explication de notre expert financier des
projets sur la nécessité de cette nouvelle structure,
l’ensemble des départements ministériels a vu cet organe
de contrôle comme l’épée de Damoclès suspendue au dessus
de leur tête. Pire, ils ont toujours pensé que la
création de cette structure avait alourdie le processus
de mise en œuvre des projets. Comme Max a été incompris
et qu’il était en détachement, il sera nommé à la fin de
la même année comme directeur des Grands Projets.
Pour embrasser tous les secteurs du ministère du Plan où
il est devenu plébéien, Mamadouba Max, se rendra encore
une fois en France pour préparer un diplôme d’Etudes
Supérieures en Technique Bancaire à l’Institut Technique
des Banques auprès du Conservatoire des Arts et Métiers,
en 1996. Cette formation qui a pris fin en 1998, lui
permettra de toucher du doigt des secteurs comme la
formation des stratégies d’élaboration et de la mise en
œuvre des statistiques.
En 2000, il devient directeur du Département des Mines,
de l’Energie, de l’Industrie et de l’Environnement.
C’est cette position qui lui a donné l’opportunité de
voyager plusieurs fois sur les Etats-Unis dans le cadre
du Comité des experts de la Compagnie des Bauxites de
Guinée (CBG). Raison pour laquelle d’ailleurs, nous lui
avons trouvé très décontracté le jour de l’interview.
Cet initié des rouages de l’administration guinéenne
deviendra en 2003 Secrétaire général au ministère du
plan. Et enfin en 2008 à l’occasion d’un stage qu’il a
eu en France sur la planification stratégique, il est
nommé Secrétaire général du ministère chargé des
Guinéens de l’Extérieur et de l’Intégration Africaine.
Un véritable challenge. Mais pour être objectif,
l’actuel ministre du plan nous a affirmé qu’il était
beaucoup plus à l’aise dans son ministère du plan. Même
si les opportunités n’étaient pas les mêmes, il
préférait être dans le créneau qu’il connait le mieux.
Et dieu a fait qu’après la mort du président Conté,
pendant qu’on était tous là avec la peur au ventre, il y
a eu le changement, le CNDD a eu à prendre le pouvoir. À
cette occasion, le Président Dadis a nommé un premier
ministre ensuite un gouvernement dans lequel notre
invité a hérité le ministère du Plan qui était déjà son
domaine de prédilection.
C’est cet administrateur pétri de talents et
d’expérience que notre équipe MultiMedia a rencontré
pour vous lors de sa dernière visite dans le pays de
l’Oncle Sam en marge de la 42e. Session du Conseil
Economique et Social des Nations Unies. Sans esquiver de
questions, le ministre du Plan a abordé avec nous tous
les sujets brulants de l’actualité guinéenne.
Mr. le ministre vous venez de participer à la 42e
session du Conseil Economique et Social des Nations
Unies. De quoi a-t-il été question au cours de cette
rencontre?
Mamadouba Max Bangoura : Je vous remercie pour
l’occasion que vous m’offrez me permettant de combler
une lacune qui consiste à être présent aux Etats-Unis
depuis une semaine et de n’avoir pas à conférer avec mes
compatriotes de New York. Je compte sur vous pour
relayer l’information auprès d’eux et je m’en excuse
beaucoup. Nous sommes là effectivement dans le cadre de
la 42e session du Conseil Economique et Social. Cette
conférence a coïncidé cette année avec le quinzième
anniversaire de la Conférence Internationale sur la
population et le Développement. Notre pays a un
programme qui porte sur les éléments des différentes
activités qui sont dans le plan d’action de la
Conférence Internationale sur la Population et le
Développement qui s’est tenue au Caire en 1994. D’où
Notre présence ici aux Nations Unies pour faire
l’évaluation du niveau d’exécution de ce plan d’action.
Nombreux sont ceux qui ne font pas la différence
entre le ministère du plan et celui de l’habitat.
Pouvez-vous nous donner les attributions de votre
département ?
Mamadouba Max Bangoura : effectivement j’en ai
fait les frais l’autre jour quand j’ai rencontré un de
nos compatriotes, à qui je disais que je travaillais au
ministère du Plan, il a rétorqué en me disant que « vous
devez certainement avoir un des meilleurs plans de la
Guinée ». Je lui ai dit non, il ne s’agit pas du plan
des bâtiments, mais plutôt du plan de développement. Le
ministère du Plan et de la Promotion du Secteur Privé a
pour mission fondamentale de participer à la conception,
à l’élaboration, à la mise en œuvre, au suivi et à
l’évaluation des politiques du gouvernement en matière
de planification de l’économie, des statistiques,
d’investissement public et de promotion du secteur
privé. Donc il ne s’agit nullement des plans de
bâtiments dont certains font allusion, il s’agit plutôt
de porter la politique du gouvernement en matière de
formulation de stratégie de développement économique et
d’élaboration de statistiques économiques et sociales
fiables qui sont nécessaires à la formulation de cette
politique en matière de programmation des
investissements publics et de leur suivi en matière de
la promotion du secteur privé. Essentiellement, voilà en
gros les attributions du département dont j’ai la charge
aujourd’hui.
La junte militaire vient de passer près de cinq mois
au pouvoir et toute la presse est unanime que le bilan
est positif. Quel a été l’apport de votre département
dans ce succès ?
Mamadouba Max Bangoura : Vous savez il en faut un
peu de tout pour faire le monde. Les actions qui sont
jusqu’ici à l’actif du gouvernement en place,
constituent l’apanage de tous les départements. Moi je
suis à la tête d’un département dont les produits ne
sont pas tout de suite visibles. Mais quand on parle de
formulation de politique économique et sociale, vous
conviendrez avec moi qu’en fait tout part de là.
Actuellement le Président de la République met un accent
particulier sur l’un des axes de notre stratégie de
développement. Cette stratégie est mise en place par
tous les départements économiques. C’est à ce titre par
exemple que je pourrai vous parler de l’activité qui
nous a amené aux Etats-Unis. Il s’agit de porter à la
connaissance du monde les évolutions que nous sommes
entrain de mener en matière de population, de santé et
d’éducation. Comme je vous l’ai dit, je ne travaille pas
dans un département qui va compter le nombre de
kilomètres de route ou d’hectares, c’est un peu
difficile de quantifier ce que fait mon département.
Mais dans le cadre des attributions du ministère du Plan
et de la Promotion du Secteur Privé aujourd’hui, en
restant strictement par exemple dans le cadre de la
promotion du secteur privé, nous sommes entrain
actuellement de faire un montage avec l’ensemble des
bailleurs de fonds qui sont présents à Conakry afin de
faire connaitre l’environnement des affaires en Guinée.
Cela entre, naturellement, dans le cadre de la lutte que
le Président de la République est entrain de mener qui
est consacrée à un des axes de la stratégie. Cet axe
consiste à la gouvernance et au renforcement des
capacités institutionnelles. Aujourd’hui, toutes les
institutions internationales qui nous condamnent sont
unanimes que des efforts sont entrain d’être faits dans
le domaine par exemple de la lutte contre la corruption
et la drogue. Je crois que ces efforts sont à l’actif de
tous les départements y compris le mien.
Sur le plan économique comment sont les relations
entre la Guinée et le reste du monde, dès lors que
toutes les grandes instances, sous régionales,
régionales, africaines et internationales semblent être
hostiles à la junte militaire ?
Mamadou Max Bangoura : C’est vrai que le pays est
condamné. Mais je trouve que le mot hostile est trop
fort. Trouvons un autre. Par principe, toute prise de
pouvoir par les voies non constitutionnelles est
considérée par la Communauté Internationale comme un
coup d’Etat. Pour cela nous sommes condamnés par les
institutions. Mais qu’à cela ne tienne, même si nous ne
pouvons pas paraitre dans ces grandes instances
politiques, elles nous accompagnent qu’à même sur le
plan technique. Pour preuve, avant que je ne vienne ici
aux Etats-Unis, la Guinée avait reçu une mission
technique de mise au point du Fonds Monétaire
International (FMI), une réunion avec le Groupe de
Contact coprésidé par la CEDAO et l’Union Africaine et
composé de l’Union Européenne et de toutes les
ambassades des grands pays qui sont représentés à
Conakry. Aux termes de cette réunion, le communiqué
final est arrivé à la conclusion que le Président Moussa
Dadis est conforme à sa première déclaration dans
laquelle il disait qu’il n’est pas venu pour s’éterniser
au pouvoir, mais mettre de l’ordre et s’en aller. Mieux,
le Groupe de Contact dira que la Guinée est sur un bon
chemin. Ce n’est pas une hostilité en tant que telle.
C’est parce qu’on ne peut pas faire la politique de deux
poids deux mesures. Donc il fallait condamner. On ne
peut pas comparer aujourd’hui la Guinée à la Mauritanie.
Certes, il est vrai que la Guinée est en avance sur
la Mauritanie, mais encore faut-il que Capitaine Dadis
respecte ses engagements ?
Mamadouba Max Bangoura : il ne faut pas comparer
le cas guinéen à celui des mauritaniens. En Mauritanie
les militaires ont pris le pouvoir dans les mains d’un
Président qui avait été légalement élu, qui était en
exercice qui a été arrêté et emprisonné par les
militaires. Cependant la junte était obligée de laisser
en fonction l’Assemblée, parce qu’elle venait d’être
élue et laisser la constitution en vigueur. Or, dans la
constitution mauritanienne, la prise du pouvoir par la
force est condamnée. Bref, la junte mauritanienne est en
contradiction avec les règles du pays. En Guinée ce
n’est pas le cas. La nuit du 22 décembre 2008 après la
mort du Général Lansana Conté, fut la nuit la plus
longue pour les Guinéens, à cause de la peur du
lendemain. Car personne ne savait comment on allait se
réveiller le 23 décembre. Le mandat de l’Assemblée
Nationale qui devrait prendre le pouvoir, étant expiré,
le pouvoir n’était dans les mains de personne. Il était
tout à fait logique donc que l’armée prenne le pouvoir.
Et par la grâce de Dieu, cette armée s’est emparée du
pouvoir sans aucune effusion de sang, sans aucun coup de
feu et encore moins déranger les Guinéens dans leurs
activités. En un mot, les militaires ont répondu à
l’attente de tous les Guinéens. C’est pourquoi
d’ailleurs les politiciens ont été les premiers à
manifester leur adhésion au pouvoir militaire. Il ya une
chose importante qui s’est passée quand la junte a pris
le pouvoir. Les militaires ont convoqué tous les membres
du dernier gouvernement du feu Général Lansana Conté au
camp Alpha Yaya. Ce jour, tous les parents des membres
de ce gouvernement avaient peur parce qu’ils croyaient
que les militaires allaient les maltraités. Parce qu’on
pense que militaire est synonyme de barbarie. Mais tout
le monde a vu à la télévision comment le régime là a été
traité. Les militaires les ont remerciés pour tout ce
qu’ils ont fait pour le pays et leur ont demandé de
rentrer tranquillement chez eux. Mais comme la junte est
venue pour une mission, tout ancien ministre qui allait
être maintenant en porte-à-faux avec la loi allait être
interpellé. C’est ce qui s’est passé par la suite.
Etant donné l’hostilité des instances internationales
à la junte et du fait que tous les indicateurs de notre
économie sont actuellement au rouge, quels sont les
arguments des nouvelles autorités guinéennes pour
convaincre les institutions internationales à , en plus
de l’aide technique, apporter l’aide financière à la
Guinée dans la perspective des élections qui sont
prévues en fin d’année ?
Mamadouba Max Bangoura : Encore une fois je fais
un petit rectificatif. J’ai dit que le mot hostile était
trop fort. Dans le cadre par exemple de la coopération
bilatérale nous n’avons pas rompu avec ces institutions.
Par exemple, l’Agence Française de Développement (AFD)
continue à apporter son aide à la Guinée dans le cadre
des projets. D’ailleurs l’un des projets phares de cette
agence de développement a été concédé à notre
gouvernement. Je veux parler du projet de l’autoroute
deux fois deux voies, Conakry –Gbessia. Dans ce projet,
les lots après le premier lot ont été réalisés et finis.
Le premier lot qui était financé par la BAD et l’AFD
était bloqué jusqu’au moment où les militaires prenaient
le pouvoir. C’est avec le Secrétaire d’Etat chargé des
Travaux Publics de notre gouvernement que ce problème a
été résolu à Paris. Les pays arabes aussi continuent à
financer les projets. Même les institutions sous
régionales, régionales et internationales ne condamnent
la Guinée que sur le plan politique. C’est vrai que la
Guinée ne peut pas aujourd’hui venir se mettre autour
d’une table de conférence de chefs d’Etat ou des
ministres, mais elle n’est pas rejetée cependant, des
réunions techniques. Donc je voudrais que l’on revoie le
terme hostile. Ce n’est pas l’hostilité. En d’autres
termes, la Guinée continue à réaliser certaines
activités qu’elle a entreprises avec certains bailleurs
de fonds. L’Aide Publique au Développement ne se raréfie
pas spécifiquement à la Guinée, elle se raréfie d’une
façon drastique à tous les niveaux. Mais les accords qui
ont été engagés avant la prise du pouvoir par les
militaires sont entrain d’être exécutés.
Toujours dans le même cadre, le Sous Secrétaire
d’Etat américain aux Affaires Africaines, Phillip
Carter, a déclaré récemment que l’aide américaine ne
dépasserait jamais l’humanitaire tant que les élections
libres et transparentes ne seront pas organisées en
Guinée. Qu’en pensez-vous ?
Mamadouba Max Bangoura : Cela n’engage que Mr.
Phillip Carter. Si ma source d’information est correcte
il a même été remplacé. Comme les autres pays, les
Etats-Unis condamnent de façon formelle la prise du
pouvoir par la voie non constitutionnelle. Je ne sais
pas si ce que Philip Carter dit constitue l’opinion du
gouvernement américain. Puisqu’à la prise du pouvoir par
le CNDD, les Etats-Unis ont formellement interdit à leur
mission diplomatique de prendre contact avec les
officiels guinéens. Mais la première fois qu’on a montré
les narcotrafiquants sur les plateaux de la télévision
guinéenne le lendemain l’Ambassadeur des Etats-Unis n’a
plus continué à camper sur sa position. L’atmosphère
s’est détendue, et le dialogue a été relancé. La preuve,
c’est le consulat américain qui m’a accordé le visa pour
venir assister à cette conférence. Si la thèse de
Phillip Carter était l’opinion du gouvernement américain
je ne serais pas ici. Comme je l’ai dit, ce que l’ex
sous secrétaire d’Etat américain a dit n’engage que lui.
De toute façon, le Président Dadis et son équipe sont
entrain de prouver au monde qu’ils sont conformes avec
ce qui a été dit au départ. Le CNDD n’est pas venu pour
rester au pouvoir, mais mettre de l’ordre et partir.
Le Président Moussa Dadis Camara aime dire que ses
prédécesseurs Ahmed Sékou Touré et Lansana Conté ont été
trompés par leur entourage respectif. Vous, entant que
ministre, que faites-vous pour ne pas qu’on dise la même
chose sur vous demain ?
Mamadouba Max Bangoura : C’est une question qui
doit préoccuper tout homme qui se trouve aux affaires.
Nous étions tous à l’attente de ce qui se passe
actuellement en Guinée. Depuis 1982 je suis au ministère
du Plan. Et depuis 2003 j’étais Secrétaire Général, donc
proche des autorités qui décidaient. Mais il faut le
reconnaitre tout le monde attendait ce qui se passe
maintenant, parce que nous étions dans un pays où
l’impunité a atteint son paroxysme. Dans ma position de
directeur avant que je ne revienne au ministère du Plan
comme Secrétaire Général, parce que j’ai été détaché un
moment pour être dans l’administration du contrôle des
grands projets, je participais aux travaux de certaines
instances de la CBG. Un moment, nous avons reproché à la
CBG de ne pas promouvoir la culture des sanctions
positives ou négatives. Parce que tout simplement au
moment où on parlait de ça, il y avait beaucoup de
choses qui se passaient mais qui restaient impunies. Un
monsieur nous a regardés pour nous demander ce qu’on
appelle impunité en Guinée. Il nous dit qu’un jour un de
leurs ouvriers, en état d’ivresse, a fait tomber une
machine qui coûtait près de 2 millions dollars, il a été
limogé et emprisonné. Le lendemain des coups de
téléphone en provenance de Conakry instruisaient non
seulement de le sortir de la prison, mais de le
réhabiliter. L’autre jour, le Premier ministre Kabiné
Komara a dit un adage à la télévision, que « quand on a
tranché l’oreille cela vaut un avertissement pour le cou
». Chacun de nous sait aujourd’hui ce à quoi il s’expose
s’il s’écarte de l’orthodoxie. Tout le temps que nous
étions dans des positions intermédiaires nous étions les
demandeurs de sanctions dans ce pays. En principe nous
devrons avoir peur de ce que nous sommes entrain de voir
aujourd’hui sur nos petits écrans. Même si tous ceux qui
passent devant le Président ne sont pas tous coupables,
mais cela devrait nous servir de leçon. Pour être au
pouvoir, nous sommes prêts à répondre un jour. Car on
nous demandera un jour, comment nous avons fait pendant
que nous étions aux affaires. Je souhaite qu’après ce
jour qu’on puisse se rencontrer et en parler. En tous
les cas, tous ceux qui sont au pouvoir savent que la
chose publique ne peut plus être appropriée par
quelqu’un, fut-il un ministre.
En tant que ministre du plan et de la Promotion du
Secteur Privé, pouvez-vous nous donner un seul domaine
dans lequel vous souhaiteriez marquer des points avant
la fin de la période de transition ?
Mamadouba Max Bangoura : Une bonne question.
Depuis le jour de ma nomination c’est l’unique question
qui m’a préoccupé. Toutes les missions traditionnelles
du plan, à savoir la formulation des politiques,
l’élaboration des statistiques, suivi des projets
d’investissement, sont les éternelles routines du
ministère. Mais après ma nomination comme ministre, ma
préoccupation est de savoir ce que je peux faire dans le
cadre de ce gouvernement pour changer la donne au niveau
du secteur privé. Vous êtes installés aux Etats-Unis,
amusez-vous à consulter le rapport de la Banque Mondiale
qu’on appelle « Doing Business », vous ne serez pas
fiers d’être Guinéens. Dans le dernier rapport publié en
2009, vous trouverez que sur 181 économies évaluées,
notre pays est classé 171e. Avant de partir de ce
département, mon souci, c’est de pouvoir tirer notre
pays vers le haut de ce rapport. Même si je ne gagnais
que quelques rangs, j’aurai contribué à quelque chose.
Pour cela il faut faire des reformes. Mais pour faire
des reformes, il faut savoir où se trouve le problème.
Or, les acteurs du secteur privé ne savent même pas que
notre pays est 171e sur 181 pays dans ce rapport de la
Banque Mondiale. Ceux qui le savent ne connaissent pas
les critères qui ont été évalués pour être à ce
classement. C’est pourquoi, le Premier ministre et le
Président de la République m’ont instruit de mettre tout
en œuvre pour organiser au cours de ce mois un grand
forum avec l’ensemble du secteur privé, pour qu’ensemble
nous puissions revoir les différents indices qui ont été
évalués par la Banque Mondiale. Le Guinéen doit
désormais savoir qu’en termes de création d’emploi, il y
a un certain nombre de procédures dans un certain nombre
de départements. Dans cette perspective, j’ai dû
commencer par le départ. Ce secteur aujourd’hui manque
de politique et de vision. Même si je n’arrive pas à
faire tout parce que nous n’avons qu’un an, mais si
j’arrive à mettre en place la politique de promotion du
secteur privé, j’aurai contribué à quelque chose. Déjà,
je suis heureux de vous dire que le PNUD nous a rassurés
que l’élaboration de la politique de promotion du
Secteur Privé est dans le plan d’action de 2009. A
l’heure où je vous parle, mes collègues sont entrain de
formaliser et de voir comment mettre ça en œuvre. En
plus de ça, je veux faire la réunion avec le Secteur
Privé pour que l’on fasse ensemble le diagnostic et
poser le remède qu’il faut. Parce qu’il n’y a pas à
tourner rond, il s’agit de faire tout simplement des
reformes. Aussi, l’Etat ne doit plus décider seul de
faire des reformes dans tels ou tels domaines. C’est le
Secteur Privé qui doit désormais nous indiquer les
domaines dans lesquels nous devons faire des reformes.
C’est mon ambition. Je souhaite que tous les Guinéens
m’accompagnent dans cette mission que le Président Dadis
a bien voulu me confier et par rapport à laquelle le
Premier ministre me soutient énormément.
Mr. le ministre, les forces vives de la nation
veulent qu’on organise les élections législatives et
présidentielles d’ici décembre 2009. Concrètement et
techniquement cela est-il possible en cinq mois ?
Mamadouba Max Bangoura : C’est une question
pertinente que vous venez de me poser. Je veux être
conforme avec la politique du Président. Certes, nous ne
sommes pas des politiciens parce que nous allons partir.
Mais nous sommes qu’à même des Guinéens. Il faudrait que
nous voyions ensemble ce qui est possible de faire.
Quelques leaders politiques disent actuellement que
techniquement ce n’est pas jouable. Je voudrais que la
communauté internationale tienne compte d’un fait. La
Guinée ne se limite pas à Conakry. Les leaders
politiques aujourd’hui ne font pas l’unanimité de tous
les Guinéens. Par rapport à cette question précise,
j’aurais aimé qu’on déplace un peu le problème. Qu’on
consulte les populations à l’intérieur du pays pour
qu’on puisse tenir compte de leur avis. Dernièrement au
cours du rassemblement de la jeunesse au Stade du 28
Septembre, les jeunes ont marqué leur non adhésion au
chronogramme des forces vives. Qu’à cela ne tienne, le
Président Dadis a été très clair. La première réunion
avec le Groupe de Contact, il a proposé des étapes. Lors
de la deuxième réunion, on lui demande de donner une
date de la fin de la transition. Dadis a dit « je ne
suis pas politicien, je ne peux pas donner de date. J’ai
donné des étapes, c’est vous qui savez quelles sont les
activités que vous devez faire entre maintenant et la
date que vous allez choisir ». Aussi, a-t-on parlé de la
mise en place d’un Conseil National de Transition(CNT)
qui doit normalement faire le toilettage de notre loi
fondamentale qui a été galvaudée et modifiée à la mesure
de quelqu’un. Il faut tout de suite mettre cet organe en
place pour faire le toilettage de la loi fondamentale,
après la soumettre au peuple par voie référendaire pour
l’adopter. Inutile de dire que cela demande énormément
de temps. Il y a deux ans les syndicalistes, par
l’ampleur de la demande sociale, ont quitté même le
domaine syndical pour demander le départ de celui qui
était garant de la constitution, c’est à dire le
Président. Mais la demande sociale était tellement forte
que tout le monde a soutenu les syndicalistes. Mais
cette fois, je crois qu’on est trop pressé. Peut être
que mathématiquement ceux qui ont proposé la tenue des
élections au mois de décembre ont dû mettre tout au
point. C’est à dire évaluer tous les aspects pour savoir
que décembre est jouable. A ma connaissance, sur le plan
financier il n’y avait que 12 millions de dollars pour
les élections déjà la Banque Centrale. N’empêche, si
ceux qui veulent qu’on parte très rapidement aux
élections jouaient le jeu en cherchant le financement,
peut être qu’on pourrait faire les consultations d’ici
fin 2009. Techniquement à mon avis, c’est un peu
difficile à jouer. J’aurais bien souhaité qu’on puisse
en arriver là. Mais je souhaite aussi que l’on consulte
l’ensemble des populations et que l’on donne le temps à
ceux qui vont faire la constitution pour que nous ne
fassions pas le travail à la mesure de quelqu’un encore.
Qu’on fasse un travail propre. Le Président Dadis a
donné deux ans. Si toutes les forces vives s’étaient
mises avec nous, on aurait mis tout sur table et peut
être qu’on n’allait pas partir jusqu’en décembre 2010.
On aurait pu faire les élections au milieu de l’année
2010.
Est-ce que dans ces conditions il n’y aura pas de
divergence entre les assises dont on dit au nom du
peuple et les forces vives qui sont composées de
syndicats, des partis politiques et de la société civile
?
Mamadouba Max Bangoura : Je vais répondre à cette
question en deux tranches. D’abord je suis très ravi que
le Président lui-même ait dit qu’il va avoir un forum.
Cela implique que mon point de vue semble être en phase
avec celui du Président de la République, parce que la
Guinée ce n’est pas Conakry. Un exemple : j’ai été à la
pose de la première pierre de la mosquée de Timbo.
Là-bas, la population qu’on a rencontrée nous a fait
entendre que ce que le CNDD est entrain de faire qu’elle
a attendu très longtemps. Aller faire ses prières à la
mosquée au petit matin, n’était plus possible ni à
l’intérieur ni à Conakry. Si on ne tenait compte que de
cela, les populations de l’intérieur voudraient qu’on
revoie le timing en termes de passage de témoin.
Ensuite, vous évoquez de forces vives qui parlent au nom
du peuple. Pour moi, le peuple est uni. Quand il y a eu
la grève en 2007, les syndicalistes, auxquels je rends
hommage, se sont appuyés sur le peuple pour venir à bout
du pouvoir en place. Malheureusement ce ne sont que des
jeunes qui ont perdu leur vie dans cette confrontation.
Donc, à mon avis, c’est ce forum qui nous dira quelle
direction nous allons prendre, même si les forces vives
sont aussi l’émanation du peuple. En Guinée, il n’y a
qu’un seul peuple. Et ce peuple il est souverain. Comme
dirait l’autre : « quand le peuple se soulève, il n’y a
plus de constitution ».
Votre dernier mot Mr. le ministre.
Mamadou Max Bangoura : Je voudrais saisir cette
occasion, pour remercier la mission permanente auprès
des Nations Unies pour toutes les facilités qu’elle a
créées pour qu’on ait cette rencontre. Je vous avoue que
je serais retourné en Guinée avec beaucoup de regret.
J’allais être l’un des premiers ministres à sortir dès
après la prise du pouvoir, et qui allait rentrer, sans
avoir à conférer avec ses compatriotes. Mais ça c’est le
temps qui ne m’a pas permis. Je suis venu pour une
réunion qui est terminée tard le vendredi. Parallèlement
à ces réunions j’avais pris des contacts pour régler par
exemple l’épineux problème de recensement de la
population que la Guinée doit normalement réaliser en
2010. Très sincèrement je souhaite que ce genre de
contact se perpétue. Aujourd’hui j’ai l’opportunité de
parler en direct avec vous. Le plus souvent on évite de
lire vos productions. Parce qu’on pense que vous êtes
des maisons engagées et que vous parlez au nom de telle
ou telle personne. Mais si vous multipliez ce genre de
contact, rencontrez les responsables, vous aurez peut
être des informations réelles. C’est vrai aussi que vous
n’aviez pas cette opportunité puisqu’avant,
politiquement, les responsables n’osaient pas. Mais
nous, notre gouvernement n’a pas de question taboue.
Nous avons toujours estimé que pour que la population
soit informée, il faut communiquer. Et c’est ce que le
Président Dadis est entrain de faire. Je vous remercie
et à travers vous, toute la communauté guinéenne qui vit
aux Etats-Unis. Accepter d’être mon porte-parole à côté
de cette population pour présenter toutes mes excuses.
J’espère que s’il y a une prochaine fois pour moi de
venir ici dans cet Etat, en tout cas aux Etats-Unis, je
ferai en sorte que je puisse directement être en contact
avec mes compatriotes. Enfin, je remercie aminata.com,
guineews et guineevision.com pour cet excellent travail
qui consiste à donner l’occasion aux officiels de
s’adresser directement aux Guinéens à travers le monde.
Propos recueillis par Bangaly Condé « Malbanga »
rédacteur en chef de guineevision.com, avec la
collaboration d’Abdoulaye Diallo de guineenews, de
Mamadou Baldé et d’Amadou M’Bonè Diallo, respectivement
journaliste et fondateur d’aminata. Com.
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