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CONAKRY, le 29-06-2009.  Six mois après, les Guinéens déchantent

 
(Syfia Guinée) Arrivé au pouvoir en Guinée en décembre dernier par un putsch, le capitaine Moussa Dadis Camara était alors acclamé, promettant d’organiser des élections rapides et de lutter contre la vie chère, l'impunité et la corruption. Six mois plus tard, déçu par les promesses non tenues, le peuple semble avoir perdu confiance en son sauveur.

"Je ne suis pas votre égal. Je suis le président d'un pays souverain. Vous me devez respect et considération !" Le 10 juin dernier, à la télévision publique guinéenne, le chef de la junte au pouvoir, le capitaine Moussa Dadis Camara, est entré dans une colère noire. La faute à M. Karl Prinz, ambassadeur d’Allemagne en Guinée qui avait osé lui demander s’il serait candidat en 2010 si les élections présidentielles, initialement prévues fin 2009, étaient reportées à cette date. "En esquivant cette question, le président trahit les engagements de la junte de rendre le pouvoir aux civils le plus vite possible", dénonce un militant du PUP, l'ancien parti au pouvoir.
Ces derniers temps, le président, arrivé au pouvoir en décembre dernier par un putsch, entretient le flou autour de la date des prochaines élections et de sa possible candidature. "Son objectif est de s’éterniser au pouvoir en ouvrant des chantiers qu’il ne pourra jamais terminer, faute de moyens. C’est un manège qui consiste à dire au peuple, ‘j’ai commencé, donnez-moi la chance de terminer’", analyse un universitaire.


Depuis plusieurs semaines, le régime est en effet privé de toute aide significative de la plupart des bailleurs de fonds. "L’UE, le FMI, les USA, ne sont pas prêts à cautionner une nouvelle dictature", précise un administrateur de la Banque centrale de Guinée (BCRG). La BAD (Banque africaine de développement) est un des rares à être prêt à encore aider ce pays asphyxié économiquement. Son président a menacé, le 6 juin dernier, de fermer les entreprises minières si elles n’aidaient pas à électrifier la Guinée et à favoriser l'accès à l’eau potable. "Ce sont de nouvelles charges qui n’existent pas dans nos contrats", commente un cadre d’une société minière.

Le "Dadis show"


Lâché par l’extérieur, le président est aussi abandonné par une majorité de Guinéens qui lui reprochent ses promesses non tenues. À Conakry, son cortège ne draine plus les foules comme il y a quelques mois. Déçus, les gens s’en remettent au "Dadis show" (nom qu’ils donnent aux apparitions impromptues et quasi quotidiennes du président à la télé) et tentent d’en rire. Le 6 juin, le capitaine a par exemple exigé d’un journaliste d’Africable qu’il filme… ses toilettes. "La honte !", dit-on à Conakry.


À son arrivée au pouvoir, le capitaine, alors acclamé, promettait notamment de lutter contre la vie chère. Six mois après, il projette d’acheter un hélico VIP d’occasion à 12 millions d’euros, car, justifie-t-il, "tous les chefs d’État de la sous-région ont un avion privé…" Difficile à avaler pour les citoyens quand, au quotidien, les difficultés s’accumulent… Ainsi, les enseignants réclament un statut particulier et menacent de perturber les examens nationaux de fin juin. Par ailleurs, faute d’argent pour acheter le carburant et les pièces de rechange des groupes électrogènes, les quartiers de Conakry desservis en électricité en moyenne huit heures par jour avant la junte, peuvent aujourd'hui rester trois jours et plus dans l’obscurité.


Le manque d’électricité et le relâchement des forces de sécurité favorisent les braquages. Un avocat va plus loin, regrettant que "des militaires soient souvent pris en flagrant délit de vol à main armée." Contrairement à une autre promesse faite au peuple, la lutte contre l'impunité produit en effet pour l’instant bien peu de résultats. Human Rights Watch, ONG américaine de défense des droits de l’homme, demande au régime de poursuivre et de sanctionner des membres des forces de l’ordre impliqués dans des actes criminels. Démarche difficile pour le chef de la junte dont le responsable de la sécurité, le capitaine Claude Pivi, est cité dans la répression sanglante de grèves sous l’ère Conté.

Anciens dignitaires recyclés


La lutte contre la corruption a aussi du plomb dans l’aile. Les audits annoncés n’ont pas été menés et les présumés auteurs de détournements de deniers publics ne sont pas inquiétés. Pire, "le président recycle les anciens dignitaires qu’il nomme à de hautes fonctions. Comme prime à l’impunité", déplore un agent administratif. Ainsi, Tibou Kamara, ministre de la Communication de Conté, mis en cause dans certains scandales financiers, fait des voyages officiels pour le président. Et Fodéba Isto Keïra, proche de l’ancien régime, vient d’être nommé ministre de la Jeunesse... La presse locale fait par ailleurs des révélations sur un marché de 30,5 millions de dollars US concernant l’achat de tenues militaires, que le numéro 2 de la junte et ministre de la Défense, le général Sékouba Konaté, a passé de gré à gré à ses proches.


Éclaboussé de toutes parts, le capitaine-président a dernièrement appelé à la rescousse les journalistes. "Si nous ne sommes plus soutenus, c’est parce que la presse ne nous aide pas", a-t-il lancé à ceux qu’il avait invités le 10 mai dernier au Camp Alpha Yaya, le QG de la junte. Après l’entretien, chacun d’entre eux a reçu 10 millions de FG (près de 1 500 € !) pour son "transport".
Pas évident pourtant que cela lui suffise pour retrouver l’estime des citoyens et la crédibilité auprès des bailleurs de fonds…

par Fabienne Martin (Syfia Guinée)
Source: syfia.info


 

   
 
   

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