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ALGERIE:
ALGER,
le 23-06-2010.
Algérie : un manque de planification ?
Auteur : Youcef Maouchi
A l’instar de la majorité des économies mondiales,
l’économie algérienne a été fragilisée par la crise. Ce
contexte est une occasion supplémentaire, pour les
hommes politiques et certains économistes de faire les
louanges d’un interventionnisme vigoureux ainsi que de
la planification, avec un appel au « retour » de l’Etat
planificateur comme moyen de juguler les « défaillances
du marché » en Algérie. Ces prescriptions
redynamiseront-elles l’économie algérienne ?
Que ce soit à travers des discours officiels ou des
tribunes des journaux nationaux les plus importants,
ceux qui prônent un « retour » de l’Etat investisseur
aux côtés d’un Etat planificateur, justifient leur
démarche par le fait que le marché ne peut assurer à lui
seul une « allocation optimale » des ressources. En
particulier, l’investissement privé étant insuffisant,
ce serait à l’Etat de venir combler ce vide. Cette
position justifie ainsi l’investissement public, sans
réellement spécifier dans quel domaine et dans quelle
mesure. Ensuite, l’information transmise par le marché
dans les économies en transition, serait imparfaite ou
incomplète selon les promoteurs de la planification.
Cela représenterait ainsi l’ultime justification d’un
État planificateur qui lui, pourrait obtenir, traiter et
transmettre la bonne information aux acteurs et
décideurs économiques. La nécessité d’un Etat
planificateur qui viendrait corriger les défaillances du
marché et se substituer à ce dernier, s’impose donc à
leurs yeux.
On a déjà essayé
Malheureusement, au delà d’une conception erronée du
marché, ce type de prescriptions semblent aussi ignorer
les erreurs du passé – et actuelles - dont a souffert et
souffre encore l’économie algérienne, et le peuple
algérien avec elle.
D’abord, la chute de l’URSS nous fournit une
illustration grandeur nature que la planification
centralisée ne peut être la clé du développement. En
effet l’idée de la planification a été poussée et
appliquée sans restriction dans l’ex-bloc soviétique, ce
qui a conduit, au chaos, économique et social. La Corée
du Nord et Cuba offrent toujours un exemple de ce que la
planification centralisée peut générer en termes de
méfaits.
Ensuite, l’Algérie a elle-même vécu sous l’ère de
Boumediene une véritable soviétisation de la société et
de l’économie. Le pays a reproduit fidèlement les
erreurs commises en URSS. La politique de développement
algérienne à cette époque était basée sur la
multiplication des entreprises publiques, la
nationalisation des secteurs les plus importants de
l’économie, une priorité était donnée à l’industrie
lourde, avec des investissements publics se chiffrant à
coups de milliards. La planification centralisée était
définitivement instituée et de manière poussée avec
comme variables de développement, les entreprises
publiques dont le secteur pétrolier. Après plus de 40
ans, ce choix économique, n’a toujours pas donné de
résultats satisfaisant, bien au contraire, ses échecs
sont criants.
Le mythe du marché parfait
Au-delà des leçons de l’histoire que certains ont,
semble-t-il, du mal à retenir, il faut aussi critiquer
leur vision du marché, qui sous-tend la promotion d’un
Etat investisseur et planificateur en Algérie. Le marché
« parfait » est présenté comme une espèce de système
mené par un Deus Ex Machina avec sa main invisible.
Comme par hasard ce marché « parfait » ne fonctionne pas
en réalité et l’intervention est légitimée sur la base
de cet homme de paille. Dans ce cadre, l’économie est
alors envisagée comme un plan d’architecte où des
ingénieurs sociaux dessinent et redessinent des plans
économiques.
Le marché n’est pas parfait. Et pour cause : c'est un
processus permanent d’adaptation et d’ajustement, une
procédure d’essai, d’erreur et de correction initiée par
des entrepreneurs qui lancent des projets, en situation
d’incertitude, en tentant de répondre à une demande
existante ou latente. Toutes ces décisions sont basées
sur les connaissances parcellaires, locales et non
agrégeables de ces acteurs, ne pouvant pas prendre la
forme d’informations statistiques. On comprend vite que
le planificateur ne pourra prendre en compte qu’une
infime partie des données nécessaires à la prise de
décisions efficaces. Si par ailleurs on se penche sur
les incitations des bureaucrates de la planification, on
ne peut rester que très pessimiste quant à leur
efficacité.
Si le marché n’est pas parfait, il dispose cependant de
procédures permettant de coordonner la division de la
connaissance (par les prix relatifs) et de conserver des
incitations adéquates (la discipline perte/profit,
fondement de la responsabilité entrepreneuriale). La
bureaucratie de la planification a beaucoup plus de mal
à faire face au problème de l’information et des
incitations. D’où ses échecs historiques.
Le « retour » de l’Etat ?
Faire appel au « retour » de l’Etat implique que ce
dernier se serait retiré de la sphère économique. Or,
depuis l’ère Boumediene les différents gouvernements
algériens n’ont opéré que des réformes de surface, la
majorité des secteurs restant sous contrôle étatique.
Par ailleurs, un marché nécessite pour fonctionner un
climat institutionnel propice aux affaires. Or, que nous
indiquent les mesures de la Banque Mondiale ou de
Transparency International ? L’Algérie est classée à la
136ème place sur 183 dans le rapport Doing Business
(indice du climat des affaires de la Banque Mondiale),
elle a d’ailleurs perdu deux places par rapport à 2009.
Elle occupe aussi la 111ème place sur 180 dans le
classement du Transparency International, publiant
l’indice de perception de la corruption. De ce double
point de vue, il paraît ironique de critiquer le marché
en Algérie pour ses « défaillances » alors qu’on empêche
véritablement son existence.
S’il est urgent d’agir pour améliorer la situation
économique de l’Algérie, c’est à l’assainissement du
climat des affaires, la bureaucratie tentaculaire et
inefficace, et à la corruption qu’il faut s’attaquer.
Ces domaines sont du ressort de l’État, et c’est sur ce
point qu’on devrait faire appel à lui. Si défaillance il
y a, c’est bien celle de l’État algérien qui n’arrive
pas à remplir sa mission principale, à savoir : la mise
en place des institutions nécessaires au développement
économique que
sont l’état de droit, le respect de la propriété privée
et la facilitation des affaires.
Youcef Maouchi est analyste sur www.UnMondeLibre.org.
Publié en collaboration avec UnMondeLibre.org
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