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FRANCE:
PARIS,
le 02-06-2010.
Cinquantaine des indépendances africaines : toujours la
Françafrique
Auteur : Noël Kodia
La célébration des cinquante années des indépendances
des quatorze anciennes
colonies françaises (Benin, Burkina Faso, Cameroun,
Centrafrique, Congo,
Côte d’Ivoire, Gabon, Madagascar, Mali, Mauritanie,
Niger, Tchad, Togo et
Sénégal) a commencé le 4 avril 2010 avec le pays de
Wade. Pour la
circonstance, le français Jacques Toubon a été nommé
Secrétaire général du «
Cinquantenaire des indépendances africaines ». On peut
comprendre les liens
d’affinités liés à l’histoire commune. Mais que le
chapeautage des
célébrations d’indépendance soit organisé par l’ancien
colonisateur paraît
assez ironique : la France tenterait-elle de reprendre
la main en Afrique ?
La Françafrique après Jacques Chirac : la rupture dans
la continuité
La complicité entre les dirigeants africains et quelques
intérêts français
ont fait que les peuples africains ont subi durant
cinquante ans les lois de
la « Françafrique ». La plupart des ex-colonies
pourvoyeuses de matières
premières indispensables au développement de l’économie
française (pétrole,
uranium, beauxite…) ont été des chasses gardées de la
France. Coups d’Etat
militaires et guerres ont souvent été perpétrés sur le
continent sous la
houlette de la Françafrique quand les intérêts de la
France étaient menacés.
Le président Nicolas Sarkozy, avant qu’il soit aux
commandes de la nation
française, ne cessait de promettre aux Africains la
révision de la politique
françafricaine qui, d’après lui, faisait la part belle
aux dictateurs du
continent depuis de Gaulle jusqu’à jacques Chirac. Mais
sa promesse de
reconsidérer les relations entre la France et ses
ex-colonies ne s’est pas
véritablement concrétisée : aussitôt au pouvoir, il
s’est confronté à la
dure réalité de cette nébuleuse.
Son premier voyage, qui l’a emmené chez Bongo, un des
grands serviteurs de
la Françafrique, n’a pas été un hasard. La « rupture
dans la continuité »
s’est remarquée aussi par la rapide mise à l’ombre de
Jean-Marie Bockel qui
avait décidé de « signer l’acte de décès de la
Françafrique ». Plus de peur
que de mal pour bien des dictateurs africains : ils ont
compris que la mort
de la Françafrique n’était pas pour demain. Ils ont
alors continué à
oppresser leur peuple en se maintenant
inconstitutionnellement au pouvoir
sous l’œil complice de la France. Aussi, cette situation
ne serait-elle pas
à l’origine de l’animosité envers les Français dans
certains pays comme le
Gabon à la suite de l’élection présidentielle ?
Ne pas perdre la main ?
Pour autant la France a subi de nombreux revers dans les
années 2000. De la
crise ivoirienne en passant par la concurrence des
Etats-Unis et celle,
fulgurante, de la Chine, l’Afrique francophone n’est
plus le « pré carré
français ». Au point que l’on parle désormais de la
Chinafrique par exemple
: la croissance de l’Empire du Milieu, dévoreuse de
matières premières, se
lance à la conquête du continent noir (25% des sources
chinoises
d’hydrocarbures en 2008). Et ce, avec une politique
moins double que ce qui
a pu être pratiqué par la France : la Chine ne se permet
pas de faire des
sermons hypocrites sur les droits de l’homme. La
géopolitique du continent
africain a donc largement changé, mais la France a
toujours des intérêts
stratégiques en Afrique. Qu’elle doit coûte que coûte
préserver. Même le
français Dominique Strauss-Kahn à la tête du FMI s’est
proposé en mars
dernier d’aider l’Afrique à mieux négocier ses contrats
avec la Chine !
Le fait que la France soit leader en matière de
nucléaire impose par exemple
qu’elle dispose de sources fiables d’approvisionnement
en minerai
radioactif. D’autant que la stratégie française de
développement du marché
mondial de cette énergie prend de l’ampleur. Ce n’est
pas un hasard si son
Président, qui confond trou dans la couche d’ozone et
effet de serre, a
déployé des efforts sans précédent pour défendre «
Copenhague » : faire
fermer les centrales thermiques par décret mondial
permet effectivement de
supprimer un concurrent de taille du nucléaire français
(et peu importe
l’arrêt du développement des pays du Sud). On le
comprend : dans cette
stratégie, la France a toujours besoin des ressources de
l’Afrique. Elle se
doit en même temps d’y choyer une nouvelle clientèle
pour sa haute
technologie. Elle ne peut donc se permettre de perdre la
main sur le
continent.
Voilà qui pourrait expliquer pourquoi non seulement
Jacques Toubon doit
superviser le Cinquantenaire des indépendances des
anciennes colonies
africaines, mais pourquoi des armées africaines vont
venir s’exhiber au
défilé du 14 juillet prochain sur les Champs Élysées.
Les enfants des «
tirailleurs sénégalais » de la dernière guerre mondiale
vont venir se
montrer en spectacle là où, un demi-siècle auparavant,
on avait interdit la
présence de leurs parents dans le groupe des soldats qui
rentraient
vainqueurs dans Paris. Et, dernière nouvelle, le Conseil
constitutionnel de
la République française a mis un terme le 28 mai 2010
aux inégalités de
traitement des anciens combattants issus des ex-colonies
concernant leurs
pensions. Ce « miracle » est-il dû au hasard ?
Le chapeautage français des célébrations des
indépendances africaines en a
choqué plus d’un, et Monsieur Toubon, peu à l’aise
devant les caméras lors
de l’annonce, a même eu la langue qui a fourché, parlant
d’accords de «
défiance » au lieu de défense : tout un symbole… Il est
sans doute temps que
l’Afrique, mais surtout les Africains, trouvent leur
indépendance. A l’égard
de la France, mais aussi à l’égard de leurs présidents à
vie, élus bien sûr
de manière démocratique, et qui vont de nouveau être
reçus par Nicolas
Sarkozy du 31 mai au 1er juin 2010 à Nice. Peut-être
pour « amarrer » la
célébration du 14 juillet prochain au Cinquantenaire des
indépendances
africaines sur fond … de relations françafricaines.
Noël Kodia est critique littéraire et essayiste
congolais (Brazzaville),
analyste sur www.UnMondeLibre.org.
Publié en collaboration avec UnMondeLibre.org
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