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USA:
DALLAS,
le 21-06-2010.
Une économie de menteurs
Auteur : Gerald O’Driscoll
Les libres marchés nécessitent de « dire la vérité » :
les prix doivent refléter les évaluations des
consommateurs ; les taux d'intérêt doivent être des
guides sûrs pour que les entrepreneurs allouent
correctement le capital dans le temps, et les comptes
d’une entreprise doivent refléter sa valeur réelle.
Plutôt que de dire la vérité, nous devenons aux USA une
économie de menteurs. La cause en est simple: le «
capitalisme de connivence ».
Les agences de réglementation financière n'ont pas
appliqué les lois et règlements contre la fraude.
Bernard Madoff est le cas paradigmatique du fraudeur et
la Securities and Exchange Commission (SEC), le cas
paradigmatique de l’échec du régulateur. On sait que la
fraude est difficile à déceler, mais comme nous le
savons maintenant, pas celle de Madoff. La SEC a choisi
d'ignorer les éléments de preuve portés à son attention.
C’est aussi la réglementation bancaire qui a permis à
une sorte d’hypothèques surnommées « prêts menteurs » de
s'épanouir. Et ainsi de suite.
Nous savons désormais de quelle manière « créative »
Lehman Brothers avait caché son effet de levier par
l'utilisation de pensions livrées, le « Repo 105 ». Le «
Repo 105 » permettait à Lehman de temporairement troquer
des actifs (comme les obligations) pour du cash. Un «
repo » est une mise en pension d’actifs, ou accord de
rachat. Il représente un moyen d'emprunter de l'argent.
Mais une règle comptable a permis à Lehman de camoufler
cette transaction comme une vente et de réduire ses
emprunts comptabilisés, selon un rapport le mois dernier
d’un auditeur de faillite de Lehman, ancien
procureur fédéral, nommé par le tribunal. Faut-il croire
que les régulateurs ne savaient pas ? Mi-avril, Goldman
Sachs a été accusé d’avoir trompé de nombreux clients au
profit d'un autre, le hedge fund dirigé par John Paulson.
[Et ce n’était que le début des « révélations »].
L'idée que la multiplication des règles et des textes
peut protéger les consommateurs et les investisseurs est
certainement l'un des grands échecs intellectuel du
20ème siècle. Toute règle statique sera contournée ou
manipulée de manière à se soustraire à son application.
Au lieu de multiplier les règles, la comptabilité
financière devrait être régie par le
principe traditionnel que l'on a une obligation positive
de présenter l'état réel des finances de façon juste et
précise – quoi que puissent permettre par ailleurs les
règles. Et les institutions financières devraient avoir
une obligation de diligence envers leurs clients.
Certains avocats soutiennent que cela nous rapprocherait
de la vision de la fraude dans la common law.
La théorie des choix publics a identifié les causes
profondes de la défaillance de la réglementation : la «
capture » des régulateurs par l'industrie réglementée.
Les organismes de réglementation commencent à
s'identifier avec les intérêts des réglementés plutôt
que de ceux du public qu'ils sont chargés de protéger.
Dans un document pour la conférence Jackson
Hole de la Fed en 2008, l'économiste Willem Buiter a
qualifié de « capture cognitive», ce processus par
lequel les régulateurs deviennent incapables de penser
en d’autres termes que ceux du secteur qu’ils doivent
réglementer. Le 5 avril dernier, le Wall Street Journal
publiait une chronique sur le « tourniquet » entre le
secteur et le régulateur, intitulée « employé un jour,
adversaire le lendemain. »
Les comités du Congrès qui supervisent le secteur
succombent à l'attrait des contributions de campagne,
des sollicitations des lobbyistes du secteur, et du
chant des sirènes d'experts devant leur existence au
secteur. Ainsi, les intérêts du secteur et de
l’administration s’entremêlent, et la réglementation les
relie. Le secteur gagne à s'entendre avec les
politiciens et les régulateurs, et vice-versa. On
n’appelle pas ce système le libre marché, mais le
capitalisme de connivence. Il doit plus à Benito
Mussolini qu’à Adam Smith.
Le lauréat du prix Nobel Friedrich Hayek a décrit le
système de prix comme un mécanisme de transmission des
informations. L'interaction entre les producteurs et les
consommateurs établit des prix qui reflètent la valeur
relative des biens et services. Or, les subventions
faussent les prix et entraînent une mauvaise affectation
des ressources. Les prix ne transmettent alors plus les
vraies valeurs, mais les valeurs distordues. Le mentor
de Hayek, Ludwig von Mises, a prédit dans les années
1930 que le communisme serait voué à l'échec parce qu'il
ne reposait pas sur les prix pour allouer les
ressources. Il a eu raison.
Aux États-Unis aujourd'hui, nous nous reposons de moins
en moins sur des prix « honnêtes ». L’État fédéral
contrôle 90% du financement du logement. Les programmes
encourageant l'accession à la propriété demeurent
effectifs, et davantage ont même été ajoutés. La
politique de taux d'intérêt faible de la Fed génère une
mauvaise affectation du capital dans le temps. Les taux
d'intérêt faibles influencent tout particulièrement le
logement parce qu'une maison est un actif de long terme
dont la valeur est renforcée par des taux d'intérêt bas.
Les prix et les taux d’intérêts distordus ne peuvent
plus servir d’indicateurs précis de l'importance
relative des biens. Le capitalisme de connivence assure
un accès spécial au capital pour les entreprises et
secteurs protégés. Les entreprises qui se trouvent en
difficulté, dans ce processus consistant à faire ce qui
est favorisé politiquement, sont renflouées. Cela
conduit à l'aléa moral et davantage de sauvetages à
l'avenir. Et on peut permettre à ceux qui perdent de
l'argent de le cacher par des subterfuges comptables.
Si nous voulons restaurer notre liberté économique et
récupérer un marché libre incroyablement productif, nous
devons rétablir la vérité sur les marchés. Cela signifie
la fin des subventions qui faussent les prix - ce qui
comprend les taux d'intérêt artificiellement bas.
Personne n’admet préférer le capitalisme de connivence,
mais pourtant un État fortement régulateur entretient
cette pratique.
Empiler toujours plus de règles et de textes ne produira
rien de différent que par le passé. Il est préférable de
se fonder sur les principes positifs de bilans
comptables qui « disent la vérité » et sur une
obligation de diligence. La déréglementation n'est pas
une sorte de slogan ultralibéral mais une nécessité
absolue si nous voulons sortir du capitalisme de
connivence.
Gerald O’Driscoll est ancien vice-président de la
Federal Reserve Bank à Dallas et analyste au Cato
Institute à Washington DC. Cet article est une
traduction partielle de l’original anglais publié dans
le Wall Street Journal (avec permission de l’auteur).
Publié en collaboration avec UnMondeLibre.org
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