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GUINEE:
CONAKRY,
le 04-06-2010.
Sommet Afrique – France
Déclaration finale, 1er juin 2010
1. Le XXVème Sommet Afrique – France s’est tenu à
Nice les 31 mai et 1er juin 2010, année pour l’Afrique
de la paix et de la sécurité. Cinquante et une
délégations de pays africains ont participé, avec la
France, à ce Sommet, ainsi que des représentants de
l’Union africaine, de l’Union européenne, de
l’Organisation des Nations Unies, de l’Organisation
Internationale de la Francophonie et de l’Organisation
des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture.
2. Le Sommet a été l’occasion de souligner la nécessité
de renforcer les relations entre la France et l’Afrique
en créant un partenariat fondé sur des intérêts partagés
et une confiance mutuelle. Les Chefs d’Etat et de
gouvernement ont réaffirmé les principes fondamentaux de
l’égalité, du respect mutuel de l’indépendance, de la
souveraineté et de l’intégrité des Etats, sur lesquels
est fondé le partenariat Afrique-France, ainsi que leur
engagement à renforcer le processus d’intégration,
l’action collective et la coopération pour le bien
commun de leurs Etats et de leurs peuples.
3. Les Chefs d’Etat et de Gouvernement se sont accordés
sur l’importance d’un système multilatéral efficace et
représentatif du monde d’aujourd’hui, fondé sur une
Organisation des Nations Unies à la fois forte et
rénovée. Ils ont, en particulier, appelé à une réforme
urgente du Conseil de sécurité des Nations Unies.
4. Ils ont également appelé à une réforme de la
gouvernance mondiale afin que le continent africain soit
mieux représenté au sein des enceintes internationales.
Ils ont estimé nécessaire d’assurer, à tous les niveaux,
une représentation élargie, juste, constante et
équitable de l’Afrique au sein du G20. La France a
annoncé son intention, à l’occasion de sa prochaine
présidence du G20, d’assurer une plus large
représentation des Etats africains. La France, dans la
perspective de sa prochaine présidence du G8, a
également annoncé sa détermination à préparer très en
amont les travaux de l’exercice « Africa outreach ». Les
chefs d’Etat et de gouvernement ont appelé à la pleine
intégration des Etats africains, y compris les petits
Etats insulaires en développement, dans l’économie
mondiale. Les Chefs d’Etat et de gouvernement se sont
félicités des progrès de la représentation de l’Afrique
à la Banque mondiale, notamment avec la mise en place
prochaine d'une chaise africaine supplémentaire à son
conseil d'administration, et demandent à la Banque
mondiale de continuer à améliorer la représentation de
l’Afrique dans le cadre de la réforme de la gouvernance.
Ils ont souhaité que la place de l’Afrique soit aussi
renforcée au sein du FMI.
5. Les Chefs d’Etat et de Gouvernement ont appelé à
l’universalisation de l’initiative européenne « tout
sauf les armes » et à la facilitation et l’accélération
des procédures d’adhésion des Etats africains à
l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC).
6. La France est convenue d’appuyer l’action de l’Union
africaine et des organisations sous-régionales dans la
montée en puissance de leur système de sécurité
collective, en particulier la Force africaine en
attente, et dans la gestion des crises sur le continent,
conformément à la Charte des Nations unies et aux
principes de la légalité internationale. A cet égard,
elle s’est engagée à consacrer 300 millions d’euros sur
la période 2010-2012 pour soutenir les efforts des Etats
africains et des organisations africaines
sous-régionales. Elle s’est également engagée à former
12 000 militaires africains au profit des forces de
maintien de la paix de l’Union africaine et de l’ONU sur
la période 2010-2012.
7. Les Chefs d’Etat et de Gouvernement ont réaffirmé
leur détermination à lutter ensemble contre les menaces
transnationales, comme le terrorisme, les actes de
piraterie et de brigandage en mer, les activités des
réseaux de la criminalité transnationale organisée, en
particulier les réseaux de traite des êtres humains et
de trafic de migrants, le trafic de drogue et d’armes,
l’exploitation illégale des ressources naturelles et les
prises d’otages. Ils ont souligné que ces menaces
devaient faire l’objet d’une attention prioritaire. Ils
se sont engagés à renforcer leur coopération, y compris
au plan régional et sous-régional dans le cadre d’une
approche inclusive et d’une démarche solidaire, pour les
combattre dans leur globalité.
8. Ils ont affirmé leur volonté de rechercher des
solutions appropriées aux causes profondes qui
engendrent des mouvements de réfugiés et de personnes
déplacées et d’apporter une réponse durable à leur
situation. A cet égard, ils ont insisté sur la nécessité
de soutenir les pays en sortie de conflit dans leurs
efforts pour la stabilité et la reconstruction, en
particulier dans les zones affectées par la guerre, et
d’encourager leurs initiatives pour stimuler le
développement et l’éradication de la pauvreté.
9. Ils ont souligné avec préoccupation les besoins
croissants de l’Afrique, notamment en matière de
financement du développement pour atteindre les OMD en
2015 et au-delà. Ils ont apporté à cet égard leur
soutien au projet d’organisation d’une Conférence
africaine sur les financements innovants et à l’adoption
d’une Déclaration africaine sur la transparence de la
gouvernance financière et la lutte contre les flux
illicites de capitaux. Ils sont convenus que ces deux
initiatives pourraient constituer une valeur ajoutée
importante à la préparation de la 4ème Conférence des
Nations Unies sur les pays les moins avancés, prévue au
second trimestre 2011 en Turquie et permettraient de
mobiliser des ressources additionnelles, stables et
prévisibles en complément de l’aide publique au
développement et des efforts nationaux pour le
financement du développement.
10. Ils ont affirmé leur volonté de prévenir les crises
institutionnelles sur le continent et d’assurer le
respect des normes constitutionnelles, conformément aux
principes de démocratie et d’Etat de droit, y compris
ceux de la Charte de l’Union africaine sur les
élections, la gouvernance et la démocratie. Les Chefs
d’Etat et de gouvernement d’Afrique et de France ont
réitéré leur soutien à la position africaine de refus
des changements anticonstitutionnels de gouvernement. A
cet effet, ils ont décidé de travailler avec, notamment,
l’Union africaine, les organisations africaines
sous-régionales, l’Organisation des Nations Unies et
l’Organisation Internationale de la Francophonie pour
renforcer les mécanismes de soutien technique et
financier aux processus électoraux. Ils ont en outre
exhorté les partenaires économiques et financiers à un
soutien accru et diversifié aux gouvernements issus
d’élections démocratiques, afin de faire face aux
multiples défis auxquels sont confrontés leurs pays.
11. Ils ont souligné que l’Accord de Copenhague sur le
changement climatique constitue une première étape pour
la conclusion d’un accord global à Cancun fin 2010. Ils
ont demandé l’association de tous les pays membres des
Nations Unies à cet Accord et la mise en œuvre dès cette
année de l’ensemble de ses dispositions. Ils ont appelé
à l’intégration des principes politiques de l’Accord de
Copenhague dans les textes en discussion dans les
instances onusiennes. En particulier, ils ont souligné
l’importance vitale d’une traduction concrète de
l’objectif agréé de limiter le réchauffement à 2°C par
rapport à l’ère préindustrielle. Ils ont reconnu que cet
objectif impliquait de réduire les émissions mondiales
de CO2 de 50 d’ici à 2050 par rapport à 1990, dans le
respect du principe des responsabilités communes mais
différenciées. Ils ont souligné le lien étroit entre
climat et développement et rappelé l’importance des
enjeux forestiers en matière d’atténuation des émissions
de gaz à effet de serre. A cet égard, ils ont appelé à
travailler dans le cadre du partenariat REDD lancé à
Paris en mars 2010 et ont salué les avancées obtenues
lors de la réunion d’Oslo le 27 mai 2010. Ils ont
souligné l’importance de la lutte contre la
désertification. Ils ont appelé à respecter les
engagements pris à Copenhague par les pays développés de
fournir 30 milliards de dollars pour financer les
actions précoces, sur la période 2010-12.
12. Ils ont souligné l’importance des enjeux financiers
pour lutter efficacement contre le changement climatique
et soutenir les efforts d’adaptation des pays africains
à ces changements. Reconnaissant les efforts conséquents
de la France en matière de financements précoces (420
millions d’euros par an pendant 3 ans) aux côtés de
l’Union européenne, ils ont appelé à une mise en œuvre
rapide et transparente de ces financements. Ils se sont
entendus sur la nécessité de créer un système de
financement à long terme permettant de passer à un
financement de 100 milliards de dollars par an à partir
de 2020. Ils ont insisté sur l’importance des travaux du
Groupe de Haut Niveau des Nations Unies sur le
financement, et l’ont appelé à produire des
recommandations concrètes d’ici l’automne pour nourrir
les discussions avant la Conférence de Cancun. Ils ont
soutenu le principe d’une taxe sur certaines
transactions financières internationales, à l’exception
des transferts sociaux, au profit du développement et de
la lutte contre le changement climatique, dont
l’assiette et les modalités devront être déterminées et
qui prendra en compte les différences de situation entre
les pays développés et les pays en développement.
13. Les Chefs d’Etat et de Gouvernement appuieront
l’élaboration d’un plan « énergie renouvelable » pour
doter l’Afrique d’un système électrique durable, fondé
sur des projets concrets et des financements innovants.
Compte tenu de l’immense potentiel du continent africain
dans le domaine des énergies nouvelles et renouvelables,
ils ont appelé à la mise en œuvre rapide de projets
concrets répondant aux besoins réels de l’Afrique et
portant sur les divers types d’énergies renouvelables,
notamment l’énergie solaire à concentration
thermodynamique. Enfin, ils ont insisté compte tenu de
la forte croissance des besoins énergétiques, sur
l’importance de mobiliser davantage d’investissements et
de mettre en place de nouvelles politiques publiques
pour diversifier la production d'énergie, améliorer
l'accès à l'énergie, promouvoir l'efficacité énergétique
et développer les énergies renouvelables. Face à la
crise énergétique mondiale qui a des effets néfastes sur
l’Afrique et freine son développement, la France
appuiera les initiatives sous-régionales,
trans-régionales et trans-continentales d’intégration
énergétique.
14. Ils se sont accordés sur la nécessité de renforcer
les moyens alloués au Programme des Nations Unies pour
l’Environnement (PNUE) dont l’installation à Nairobi
sera ainsi consolidée pour en faire une organisation
réellement globale en matière d’environnement.
15. Ils ont saisi l’occasion de l’année internationale
de la biodiversité pour réaffirmer la nécessité
d’adopter, à Nagoya en octobre 2010, lors de la
Conférence des parties à la convention sur la diversité
biologique, des objectifs ambitieux et concrets pour
freiner l’érosion de la biodiversité. Le maintien de
cette dernière, ainsi que la préservation des services
rendus par les écosystèmes, sont cruciaux pour des
domaines aussi variés que l’agriculture, l’alimentation,
la pêche, la médecine ou encore l’énergie.
16. Ils se sont engagés à renforcer les synergies entre
migrations et stratégies de développement, en conformité
avec les stratégies et plans d’action de Rabat, Tripoli
et Lisbonne. Ils ont décidé de placer les diasporas
africaines résidant en France au centre de ces efforts,
en promouvant leur implication dans le développement
économique et social de leur pays d’origine, à travers
des programmes de co-développement, l’encouragement des
projets d’entreprise des migrants et la mobilisation de
leur épargne pour l’investissement social et productif.
Ils ont salué la décision des opérateurs financiers et
des sociétés d’assurance de réduire les coûts des
transferts de fonds et d’offrir de nouveaux services
adaptés aux besoins des migrants et de leur pays
d’origine. Ils se sont félicités des dispositions prises
par la France, avec les opérateurs financiers, pour
renforcer le dispositif d’épargne co-développement, afin
de le rendre plus attractif et plus adapté aux projets
d’investissement dans les pays d’origine. Ils ont
reconnu la nécessité de soutenir les efforts de
développement des Etats africains afin de prévenir les
flux illégaux de migrations. Ils ont souligné la
nécessité de réguler les activités des intermédiaires
des transferts financiers des migrants.
17. Ils ont reconnu l'importance du rôle et des efforts
conjoints des Etats, des entreprises et des
organisations professionnelles pour mobiliser les
financements, moderniser les dispositifs de formation et
valoriser les filières professionnelles pour une
meilleure qualité de la formation. Ils ont souligné la
nécessité d’améliorer l’environnement juridique des
affaires en renforçant notamment sa lisibilité et sa
prévisibilité afin d’encourager l’activité économique et
les investissements. Ils sont également convenus de
l’intérêt d’instaurer un cadre de dialogue entre
gouvernements et secteur privé, afin d’aider à la mise
en œuvre des réformes. Dans ce but, ils ont notamment
souligné la nécessité d’entretenir la mobilisation des
ressources consacrées à l’aide au commerce.
18. Ils ont également reconnu l’importance de mettre à
la disposition des entreprises, et notamment des PME,
des instruments de financement efficaces indispensables
à leur croissance. La France s’est engagée à renforcer
significativement l’initiative partenariale européenne
destinée à cofinancer les investissements des
entreprises en Afrique, mis en œuvre avec l’ensemble des
institutions de développement européennes. Une nouvelle
tranche de ce programme pourrait atteindre 250 millions
d’euros en 2010.
19. Les Chefs d’Etat et de gouvernement se sont
également félicités des augmentations de capital des
banques multilatérales de développement, en premier lieu
le triplement du capital de la Banque africaine de
développement décidé à Abidjan le 28 mai dernier, qui
doivent en particulier accroître de façon très
significative le financement du secteur privé en
Afrique.
20. Les Chefs d’Etat et de Gouvernement ont souligné la
priorité qui doit être accordée à la sécurité
alimentaire sur le continent africain. Ils ont appelé à
une exploitation durable des ressources halieutiques,
vivrières et agricoles africaines. Ils sont convenus de
travailler conjointement, dans le cadre de la présidence
française du G8/G20 et au-delà, à un mécanisme visant à
lutter contre la volatilité du cours des matières
premières agricoles et à renforcer la sécurité
alimentaire. La France a également annoncé la
constitution d’un Fonds d’investisseurs, le Fonds pour
l’Agriculture africaine, destiné à soutenir le
développement des projets agricoles en Afrique et la
distribution des denrées alimentaires. Ce fonds
mobilisera, dans une première étape, une enveloppe de
120 millions de dollars, et pourra atteindre à terme 300
millions de dollars.
21. Les Chefs d’Etat et de gouvernement ont affirmé la
nécessité de contenir les effets des catastrophes
naturelles sur le continent africain.
22. Ils ont rappelé l’importance du cadre offert par le
partenariat stratégique de Lisbonne pour les relations
entre l’Afrique et l’Union européenne. Ils se sont
engagés à travailler dans la perspective du sommet
UE-Afrique de novembre 2010 sur des projets concrets
prioritaires d’intérêt commun.
23. Ils ont noté et salué l’adoption de la Charte des
entreprises françaises en Afrique présentée lors du
Sommet. Ils ont reconnu qu’il s’agit d’un des exemples
de bonnes pratiques de gouvernance d’entreprise.
24. Les chefs d’Etat et de gouvernement d’Afrique et de
France sont convenus de se réunir tous les trois ans,
alternativement en Afrique et en France, et de convenir
un an à l’avance des thèmes principaux du prochain
Sommet. Le prochain Sommet se tiendra en Egypte. Une
réunion à mi-parcours des Ministres des Affaires
étrangères se tiendra en vue d’assurer le suivi des
décisions et engagements pris lors des Sommets Afrique –
France. Un mécanisme de suivi régulier sera, en outre,
institué.
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