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USA:
WASHINGTON,
le 21-05-2010.
Les
biocarburants : une escroquerie ?
Auteur : Caroline Boin
Les chiffres du Département de l’Agriculture
Américain (USDA) révèlent qu'un quart des céréales
américaines cultivées en 2009 ont été destinées aux
biocarburants, transformant la nourriture bon marché en
carburant onéreux.
Cela augmente les prix des denrées alimentaires et cause
des dommages à l'environnement, pourtant le président
Obama a promis « la poursuite des investissements dans
les biocarburants avancés » lors de son discours annuel
sur l’état de l'Union.
Selon un document sur la crise alimentaire de 2007-2008
rédigé par le Groupe d’étude des perspectives de
développement de la Banque Mondiale et ayant filtré dans
les médias en 2008, aux États-Unis et en Union
européenne la
production de biocarburants a été responsable de 70 à 75
% de la hausse des prix — contre 3 % admis par le USDA.
Ces subventions n'ont rien à voir avec la réduction
d'émissions de gaz à effet de serre mais bien plus avec
du lobbying. Pourtant, en dépit de la réaction à
l'encontre des biocarburants en 2008, ces derniers sont
toujours à l'ordre du jour.
Les biocarburants produits à partir de cultures comme le
maïs, le sucre et l'huile de palme ont plus que triplé
depuis 2000. Les États-Unis vont augmenter le mélange
d'éthanol à 15 milliards de gallons d'ici 2012 et 36
milliards en 2022, contre 9 milliards l'an dernier.
Un rapport récent de la Rice University (Texas) a
découvert que les USA ont dépensé 4 milliards de dollars
en subventions aux biocarburants en 2008 pour remplacer
seulement 2 % de l'approvisionnement en essence des
États-Unis. Le coût estimé pour les contribuables est
d’environ 82 $ US le baril, soit 1,95 $ US de plus par
gallon que le prix du carburant pétrole. En 2022, les
subventions des biocarburants américains auront totalisé
400 milliards de dollars US, selon le groupe de pression
environnemental « les Amis de la Terre » (Friends of the
Earth). L'UE ne fait pas mieux, distribuant environ 3,7
milliards d’euros (5,2 milliards de dollars) de
subventions pour les biocarburants en 2007, visant à
remplacer 5,75 % des carburants d'ici la fin 2010.
Au-delà des impôts gaspillés et la hausse des prix
alimentaires, les biocarburants sont un contre-sens
environnemental : leur production aux États-Unis et en
UE génère plus d’émissions qu'elle n'en évite. Le prix
Nobel de chimie Paul J. Crutzen estime que : « pour le
biodiesel de colza, qui représente environ 80 % de la
production de biocarburants en Europe, le
réchauffement relatif dû aux émissions de N2O [oxyde
nitreux] est estimé à 1 à 1,7 fois plus que l’effet de
quasi-refroidissement dû aux réductions des émissions de
CO2 [dioxyde de carbone] d'origine fossile. Pour le
bioéthanol
de maïs, dominant aux États-Unis, le chiffre est de 0,9
à 1,5. »
Bien que l'Organisation des Nations Unies pour
l'alimentation et l'agriculture voit peu de chance dans
un avenir proche d'un autre « concours de circonstances
d’autant de facteurs » qui ont causé la crise
alimentaire, on ne peut se satisfaire de cette
situation. Les prix alimentaires mettent beaucoup de
temps à diminuer (le maïs est encore supérieur de 50 % à
la moyenne 2003-2006), tandis que le nombre de personnes
sous-alimentées a récemment dépassé le milliard. Cette
tendance est inquiétante, car il y a eu une augmentation
tant du nombre absolu que du pourcentage de personnes
sous-alimentées, inversant ainsi des décennies de
progrès.
L'éthanol utilise déjà 27 millions sur les 90 millions
d'acres (1 acre = ½ hectare) de maïs aux États-Unis :
l'indice des prix des aliments de la Banque mondiale a
doublé entre 2006 et 2008.
Si la culture de biocarburants était vraiment une
question d’environnement, les USA n’imposeraient pas de
tarifs douaniers sur le bioéthanol d’Amérique latine et
des Caraïbes. De même, les nouveaux tarifs douaniers de
l'UE sont manifestement destinés aux producteurs
américains qui envoient 95 % de leurs exportations de
biocarburants en Europe.
En outre, il y a la crainte que les habitats naturels
soient convertis en terres agricoles pour tirer profit
des subventions aux biocarburants. Le détournement des
terres cultivées existantes aux États-Unis pour les
biocarburants a déplacé la production de soja en
Amérique du Sud et en Indonésie, en encourageant la
déforestation.
Les biocarburants n’économisent pas non plus l'énergie.
Certaines variétés nécessitent autant d’énergie pour
croître, être transportées et traitées, qu’elles n’en
libèrent quand on les consomme.
Par ailleurs, selon le Conseil mondial des entreprises
pour le développement durable, lorsque le prix du
pétrole passe sous les 70 dollars le baril (les prix
récents varient entre 70 et 85 dollars US), l’éthanol à
base de maïs est environ au même prix à la pompe que les
carburants pétroliers normaux — mais sans compter les
subventions payées par les contribuables.
Les États-Unis et l’UE indiquent qu’une « deuxième
génération » de biocarburants à partir de cellulose
végétale ou de déchets aidera à réaliser les objectifs
d’énergies renouvelables qu’ils se sont imposés, mais il
s'agit d'une industrie naissante qui doit encore prouver
sa rentabilité. L'UE a déclaré qu'elle réétudierait les
biocarburants après la crise alimentaire. Mais il y a
des pressions importantes des lobbies agricoles aux USA
et en UE.
L'agriculture fait face à de nombreuses difficultés, de
la manière d'établir les droits fonciers à la façon de
diffuser la technologie ou à s'adapter au changement
climatique. Mais le problème des biocarburants est d’une
évidence déconcertante : créer un marché artificiel avec
des subventions ne réduira pas les émissions, ne sauvera
pas les forêts tropicales et ne nourrira pas les
pauvres. Subventionner les biocarburants n’est qu'un
moyen de détourner des fonds vers les lobbies agricoles
des pays riches : il est temps d'y mettre fin.
Caroline Boin est directrice de projet à l’International
Policy Network de Londres, un think tank indépendant
dédié aux questions de développement économique.
Publié en collaboration avec UnMondeLibre.org
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