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CHINE:
PEKINS,
le 25-05-2010.
La Chine :
une bulle à hauts risques
Auteur : Marius Gustavson
L'année dernière, les autorités chinoises ont
impressionné les dirigeants occidentaux en inversant la
tendance de la chute du taux de croissance grâce à des
programmes de relance visant à stimuler l'investissement
intérieur.
Toutefois, comme cette relance monétaire massive de la
Chine a conduit à une forte augmentation des prêts
bancaires et à une croissance rapide des prix des
actifs, les responsables de Pékin ressentent la
nécessité de freiner le boom. La perspective d'un
ralentissement de l’économie chinoise ou pire encore, un
véritable crash, fait craindre que la reprise économique
mondiale ne soit en fait pas durable.
Les avis sont partagés quant à l'interprétation des
récents développements en Chine. Comme le rapporte le
Financial Times:
« Alors que certains considèrent qu’en investissant dans
les infrastructures et l'urbanisme la Chine a jeté les
bases d'un nouveau boom de croissance, d'autres
craignent que la reprise de l'an dernier ne soit qu’un
mirage fondé sur une bulle d'investissement. C'est aussi
une question cruciale pour une économie mondiale
toujours fragile. Si le rebond de la Chine devait finir
en fiasco, il pourrait facilement entraîner le reste du
monde dans un deuxième creux de récession. »
Jim Chanos, un gestionnaire de hedge fund, célèbre pour
son anticipation de l'effondrement d'Enron , fait partie
des pessimistes. Selon lui, les autorités chinoises ont
créé « une bulle sans précédent ». La Chine a tous les
symptômes d'une bulle d'investissement. L’investissement
est proche de 50 % du PIB, et dans certaines villes les
prix de l'immobilier ont augmenté de plus de 200 % en un
an.
Voilà un parallèle inquiétant avec des expériences de
booms immobiliers et d'investissement antérieurs dans
d'autres pays d'Asie orientale. Le Financial Times note
que « même avant les hausses de l'an dernier [...] le
ratio investissement/PIB en Chine était le même qu'en
Thaïlande à la veille de la crise financière asiatique
de 1997-98, ou de celui du Japon à son apogée au cours
des années 1960, caractérisées par une phase
d’investissement élevée ».
Ces comparaisons historiques ont conduit plusieurs
investisseurs et observateurs à anticiper un crash
chinois imminent cette année. Dans un rapport récent, le
hedge fund Pivot Capital Management avertit que « les
cycles de croissance tirés par l’investissement ont
tendance à s’envoler et finissent de manière
dévastatrice » et que « le boom des dépenses en capital
en Chine ne sera pas durable aux taux actuels. [...] Un
atterrissage brutal de l’économie est de plus en plus
probable ».
Si cela se produit, l'économie mondiale pourrait
connaître un nouveau déclin, et dans le pire des
scénarios, cela pourrait représenter, selon Pivot, « un
retournement pour les marchés mondiaux, semblable à
celui du boom de l’immobilier américain et de la crise
des subprimes. »
L'assouplissement du crédit faisait partie du programme
de relance chinois, mais il est maintenant clair qu’il
est totalement hors de contrôle, ce qui explique
pourquoi les autorités chinoises font pression sur les
banques pour qu’elles ralentissent le boom des prêts.
Mais c'est un exercice d'équilibre délicat. Si les
banques resserrent l’étau trop vite, cela pourrait
déclencher un crash, comme cela a été le cas aux États
unis après 2006 où la hausse des taux d'intérêts fît
éclater la bulle des subprimes. Si elles resserrent trop
lentement, l'expansion du crédit pourrait continuer
pendant un certain temps, ce qui pourrait prolonger le
mal-investissement et rendra la chute potentielle et les
corrections nécessaires encore plus sévères.
L’instrument privilégié de l’État pour durcir sa
politique monétaire est l’augmentation des réserves
obligatoires des banques, qui contracte lentement le
crédit. Plus les réserves obligatoires sont élevées,
moins les banques peuvent prêter, ce qui ralentira le
rythme d'expansion du crédit. Les autorités chinoises
doivent être familières avec ce genre de manœuvre, qui a
été utilisé lors de précédentes occasions. Les autorités
monétaires américaines ont essayé d'accroître les
réserves obligatoires dans les années 1930, ce qui a
conduit à un second crash et une « dépression dans la
dépression » en 1937-38. Les autorités chinoises
semblent cependant avoir retenu les leçons de
l'histoire. Alors qu’en 1936 la Fed avait resserré sa
politique brutalement, en doublant les réserves
obligatoires du jour au lendemain, les autorités
monétaires chinoises agissent par petites étapes
successives, espérant par là laisser l’air de la bulle
de crédit s’échapper lentement.
L’expérience de relance monétaire de la Chine devrait
être un rappel des dangers du crédit et des bulles
d'actifs. Le Financial Times a encore écrit:
« S'il y a une grande idée à retenir de la crise
financière, c’est que les autorités monétaires devraient
tenter d'anticiper les bulles de prix d'actifs,
notamment immobiliers. La Chine est désormais un exemple
type pour la théorie, indiquant fortement que le marché
immobilier se rapproche de la zone bullaire. »
Les récents développements en Chine et ailleurs
devraient également nous rendre plus prudents quant aux
pièges potentiels des programmes de relance. Les États
semblent penser que la dette et le mal-investissement
accrus
pendant les booms de crédit sont réparés par une dette
et un mal-investissement supplémentaires dans la
récession qui suit. Ce n'est pas une vraie solution à
nos maux économiques. Ce qu’il nous faut pour une
croissance économique mondiale durable de long terme,
c'est exactement l’inverse: une politique monétaire
restrictive pour éviter les bulles de
crédit et d'actifs, des politiques budgétaires prudentes
pour éviter le gonflement de secteurs publics qui ne
fera qu’étouffer l'investissement privé et l'activité
économique, et une économie mondiale plus équilibrée
dans laquelle les États-Unis économiseraient plus et la
Chine contrôlerait ses booms d’investissement.
Marius Gustavson est analyste à la Reason Foundation <http://reason.org/>
chez qui cet article a paru originellement.
Publié en collaboration avec UnMondeLibre.org
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