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COTE D'IVOIRE: ABIDJAN, le 03-03-2010. Et puis y a quoi ?

(Auteur: Venance Konan)
Non !
Ne me dites pas que vous êtes surpris ! Je vous avais bien prévenus. Vous me connaissez, je dis toujours ce que je vais faire. Si vous ne comprenez pas ce que je vous dis, c’est que vous êtes de grands naïfs, et lorsque l’on est aussi naïf, on se retire de la politique. Je vous avais bien dit depuis le début que je ne voulais pas de votre commission électorale où j’étais en minorité.

 

L’autre, le gros, il sait bien que lorsque l’on est au pouvoir, on va aux élections avec ses propres règles et non avec celles de ceux d’en face. Lorsque lui-même était au pouvoir, il avait catégoriquement refusé de céder aux exigences que nous avions formulées, celui dont le certificat de nationalité n’a qu’une validité de trois mois, et moi.

 

Vous vous en souvenez? Nous avions fait tout un raffut, le boycott actif et tout ça. Il n’a pas cédé. Qui lui en a voulu? Et vous auriez voulu que moi, au pouvoir, je cède à vos exigences et que j’aille aux élections comme un mouton? Vous plaisantez? J’avais dit à ce faux type de Mbeki que je ne voulais pas de cette commission. Il a insisté. J’ai laissé faire. Où est-il en ce moment ? Non seulement il ne met plus sa bouche dans nos affaires, mais en plus il n’est même plus président chez lui. Moi je suis toujours là. Je vous ai laissé faire. Et vous avez fait comme vous vouliez. Je vous observais. Vous croyiez que je ne voyais pas vos calculs ? « Conduisons-le dans un tunnel où il ne pourra plus faire marche arrière. Avalons les couleuvres jusqu’à ce que l’on ait la liste électorale. Là, il sera obligé d’aller aux élections. » Moi, aller aux élections avec des règles que je n’ai pas fixées ? Moi, aller aux élections pour vous laisser gagner ? Vous qui n’êtes rien et qui n’avez rien ? Vous qui n’avez pas d’armes et qui ne contrôlez aucun territoire ? Pauvres naïfs ! Eh bien c’est vous qui êtes dans le tunnel maintenant. Que me dites-vous ? Que vous ne me reconnaissez plus ? Et puis y a quoi ? Que vous ne voulez plus manger avec moi ? Et puis y a quoi ? Je connais ceux d’entre vous qui sont en train de supplier mon bon petit pour demeurer à la table du repas, et ceux qui veulent y venir aussi. Ils savent tous combien cette table est viandée. Je sais ce qu’ils diront pour se justifier : « si on n’y va pas, il sera seul et fera tout ce qu’il voudra. » Vous y étiez depuis huit ans et vous avez contrôlé quoi ? C’est pour cela que j’aime bien mon balafré. Lui il est honnête. Il dit qu’il préfère sécher son linge du côté où il y a du soleil. Voilà qui a au moins le mérite de la clarté. Il n’est pas comme vous qui m’insultez le jour et qui venez me voir la nuit pour avoir de quoi manger. Je vous connais comme si c’est moi qui vous ai enfantés, hommes et femmes toujours affamés et sans dignité. Vous l’avez dit vous-mêmes. Vous n’avez pas la culture de l’opposition. Eh bien, moi, j’ai celle du pouvoir. Le pouvoir vous le savez mieux que moi, quand on y est, on y demeure. Je n’ai rien inventé sur ce continent où on en a vu d’autres.

 

Ce n’est pas ma faute si le gros n’a pas su garder son pouvoir. Mon bon petit va me concocter un bon gouvernement et une bonne commission et on va avancer. Mon bon petit sait que nos intérêts sont liés. Il sait que si je ne suis plus là, lui non plus n’est plus là. Et il pourrait se retrouver devant la Cour pénale internationale. Donc, il fera comme je lui dis. Ses camarades peuvent dire tout ce qu’ils veulent, ils savent bien que si on les laisse manger en paix, c’est parce que mon bon petit est là où il est. Vous verrez d’ailleurs qu’ils ne diront rien. Ils se réunissent aujourd’hui pour la forme. On se connaît.

 

Je sais, vous comptez sur la communauté internationale. Abidjan ici, rêvez seulement ! Si elle pouvait faire quelque chose, elle l’aurait fait depuis longtemps. Si vous n’avez pas compris que votre communauté internationale est composée d’Etats, et si vous ne savez pas que les Etats n’ont pas d’amis, mais des intérêts, tant pis pour vous. Moi je connais leurs intérêts. Je les satisfais, et ils me collent la paix. Que veulent-ils ? Des parts de marché, des gros contrats. Tu veux le port, prends-le. Tu veux reconduire tes contrats sur l’eau et l’électricité ? Reconduis-les. Tu veux du pétrole, du manganèse, de l’or, du bois, du fer ? Prends-les, c’est pour toi. Tu veux quoi encore ? Le marché des ponts, des routes, des nouveaux palais ? Où est le problème ? Tu as une inondation chez toi ? C’est une petite affaire ça ! Tiens 500 millions. Tu as des élections bientôt ? Prends cette valise et tais-toi. Est-ce que vous l’avez entendu parler encore, l’autre, celui dont on dit qu’il facilite les choses ? On se connaît aussi.

 

Vous, qu’avez-vous à offrir ? Vous n’avez rien. Moi j’ai tout. Vous n’êtes rien. Moi je suis tout. Je n’avais pas compris tout cela au début. Je ne savais pas que tout le monde, petit ou grand avait son prix. Et j’ai gaspillé beaucoup d’argent à acheter des armes. Maintenant, j’ai tout compris. Alors, si vous voulez rêver, faites-le. Moi je vois clair maintenant. Je connais aussi votre autre rêve. Un Jerry Rawlings. Ou un ATT. Eh bien, qu’attendent-ils pour venir ? Je suis là, qu’ils viennent. Que voulez-vous faire encore ? Descendre dans les rues, casser ? Qu’attendez-vous ? On se connaît non ? Vous croyez que c’est pour rien que j’embauche chaque année des milliers de policiers et gendarmes de chez moi ? Prenez les rues si vous êtes garçons ! Comme vous êtes bouchés et qu’il faut vous répéter mille fois la même chose, je vous dis une fois pour toutes que le jour où j’irai aux élections, ce sera avec mes propres règles du jeu, et pour les gagner.

 

 Arrêtez donc de gaspiller vos économies, vos santés chancelantes et le petit temps qui vous reste à vivre à faire des campagnes qui ne vous serviront à rien. Je vous ai toujours dit que c’est Dieu qui m’a mis là où je suis. C’est lui seul qui pourra m’enlever de là. Comme vous avez construit une basilique, allez-y prier pour que Dieu exauce vos prières.


Venance Konan email :venancekonan@yahoo.fr , pour guineemoderne.com

 

 
   

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