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AFRIQUE
DU SUD:
PRETORIA
, le 10-03-2010.
L’Afrique du Sud doit repenser son offre d’électricité
Auteur : Eustace Davie(directeur de la Free
Market Foundation en Afrique du Sud.)
L'expérience dans le monde montre que, pour assurer la
sécurité de l'approvisionnement, la production et le
transport d'électricité par des entreprises
concurrentielles sont essentiels. La réglementation de
l'UE exige que les pays membres libéralisent toutes les
filières de leurs industries d'électricité, et aux
Etats-Unis, en raison de la nature généralement ouverte
de son économie, l'industrie de l'électricité est déjà
très concurrentielle.
La directive EC/72/2009 du Conseil et du Parlement
européen en date du 13 Juillet 2009 est instructive.
Elle stipule qu'une nation ne devrait pas compter
uniquement sur ses propres unités de production et
réseaux de distribution d'électricité, même si ces
marchés sont concurrentiels ; mais devrait établir des
connexions transfrontalières avec les fournisseurs
d'autres pays si elle souhaite garantir des prix
concurrentiels et la sécurité de l’approvisionnement.
Le paragraphe 9 de la directive prévoit que, «sans une
séparation effective des réseaux des activités de
production (dégroupage effectif), il existe un risque
inhérent de discrimination non seulement dans
l'exploitation du réseau, mais aussi dans les
incitations pour les entreprises verticalement intégrées
à investir convenablement dans leurs réseaux ». Si l’on
applique cette directive à Eskom, celle-ci doit de
préférence être dégroupée en trois sociétés
d'exploitation indépendantes de transport, de production
et de distribution d'électricité. Les règles de l'UE
exigeraient également que les
barrières à l'entrée dans chacune de ces activités
soient simultanément supprimées afin d'encourager les
nouveaux entrants. Eskom n’a certainement pas
suffisamment investi dans son réseau en ce sens que les
lignes de transmission ne sont pas capables de fournir
une offre alternative d’électricité adéquate au Cap
occidental lorsque Koeberg rencontre des
problèmes. Elle n’a évidemment pas investi non plus dans
une capacité de production suffisante. Si elle l’avait
fait, l’Afrique du Sud n’aurait pas connu de pannes.
Le paragraphe 11 de la directive pourrait bien
s’appliquer plus particulièrement à Eskom quand il
stipule que : « Seule la suppression de l'incitation
pour les entreprises verticalement intégrées de
pratiquer une discrimination à l’encontre des
concurrents, en ce qui concerne l'accès au réseau et les
investissements, peut assurer un dégroupage effectif. Le
découplage entre réseau et production/distribution, qui
implique la désignation du propriétaire du réseau comme
l'opérateur du système et son indépendance par rapport
aux intérêts de la production et de la distribution, est
clairement un moyen efficace et stable pour résoudre le
conflit d'intérêts et assurer la sécurité
d'approvisionnement ».
Ces deux paragraphes cités suggèrent que l’Afrique du
Sud peut apprendre beaucoup de l'UE en fixant des
directives pour atteindre des objectifs similaires à
long terme : « réaliser des gains d'efficacité, des prix
compétitifs, et des standards élevés de service, et
contribuer à la sécurité d'approvisionnement, ainsi qu’à
la durabilité ». Les efforts visant à bloquer l’accès
des concurrents aux réseaux de transmission,
l’incapacité à réaliser des investissements en temps
opportun en capacités de production et de transmission,
et l'incapacité des distributeurs à maintenir et à
améliorer les réseaux de distribution, est un
comportement qui peut être attendu dans des juridictions
où les concurrents ne sont pas capables de
fournir des offres alternatives.
L'isolement géographique de l’Afrique du Sud d’autres
pays relativement développés l’empêche d’atteindre le
niveau de concurrence que l'UE considère comme très
souhaitable, mais une grande partie du dégroupage peut
cependant avoir lieu dans le marché de l'électricité au
bénéfice des usagers. Créer une entité distincte et
autonome pour posséder et exploiter le réseau de
transmission de l’Afrique du Sud serait un bon début. Le
but serait d'ouvrir la production et la distribution
d'électricité aux fournisseurs compétitifs : c’est la
seule façon de garantir la sécurité de
l'approvisionnement et des prix compétitifs sur le long
terme. Alors que le propriétaire et l’exploitant du
réseau garderait le monopole, des mesures devront être
adoptées pour veiller à ce qu'aucune « discrimination en
ce qui concerne l'accès au réseau » ne se produise, en
conformité avec les exigences du paragraphe 32 de la
directive de l'UE qui stipule que, « de nouvelles
mesures devraient être prises afin d'assurer des tarifs
d'accès transparents et non-discriminatoires aux
réseaux. »
Aux États-Unis aucune directive n’est nécessaire pour
créer un marché concurrentiel de l’électricité : le
marché est déjà très concurrentiel. Les erreurs
réglementaires, tels que les contrôles de prix qui
avaient entrainé les coupures en Californie, ont été
supprimées.
Selon le Département américain de l'énergie, la
diffusion de l'investissement dans le secteur de
l'électricité se répartit à hauteur de 60% dans les
centrales électriques, 30% dans la distribution, et 10%
dans le transport. Il y a 3100 unités électriques ; 213
sociétés privées qui alimentent en courant 73% des
clients alors que 2.000 entreprises publiques et 930
coopératives d'électricité approvisionnent les 27% de
clients restants. La plus grande part du secteur
américain de l'électricité est de loin détenue par le
privé, y compris la production, le transport
d’électricité haute tension, et la distribution
d’électricité basse tension aux usagers. Le North
American Electric Reliability Council, un organisme à
but non lucratif élu par les opérateurs, assure le
maintien de l'intégrité des réseaux d’électricité liés
des États-Unis, du Canada et de la partie nord du
Mexique.
Ce qui devrait intéresser les Sud-Africains est
qu'aucune partie de la production, de transport et de
distribution d'électricité ne devrait être considérée
comme un monopole naturel. En fait, dans l’intérêt des
consommateurs, tous les aspects de la fourniture
d'électricité devrait faire l'objet d’une concurrence
ouverte. Être dépendant d'une entité unique ne
garantit pas la sécurité d'approvisionnement.
Eustace Davie est le directeur de la Free Market
Foundation en Afrique du Sud.
Publié en collaboration avec UnMondeLibre.org
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