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USA:
WASHINGTON
DC, le
09-03-2010.
Développement: faisons confiance aux femmes
Auteur : Karol Boudreaux
Lors du dernier sommet sur la sécurité alimentaire à
Rome, les dirigeants du monde ont unanimement renouvelé
leur engagement à éradiquer la faim. Le sommet Sud-Sud
de Nairobi a ensuite lui encore renouvelé cet engagement
dans les objectifs du millénaire pour le développement
de l'ONU (OMD), baptisé « projet pour un monde
meilleur » par le secrétaire général Ban Ki-Moon.
Mais qu’en est-il si ce projet, si admirable soit-il,
est en réalité trop compliqué à réaliser ?
Les pays en développement sont censés atteindre les OMD
d'ici 2015. Ces derniers impliquent de réduire de moitié
les niveaux de la faim et de la pauvreté, réduire la
mortalité infantile et maternelle, améliorer la qualité
environnementale, accroître l'autonomie des femmes et
l'égalité entre les sexes, réduire les taux d’infection
VIH et fournir une éducation
universelle. Les progrès ont été lents et, en Afrique
subsaharienne en particulier, de nombreux objectifs ne
seront pas atteints.
Alors, voici une idée. Et si l'ONU et ses États membres
mettaient au rebut huit des OMD et se concentraient
plutôt sur une hypothèse radicale : faire confiance aux
femmes ! Et si, au lieu de huit OMD, chacun avec de
multiples objectifs, les pays se focalisaient sur
l'objectif nº 3, accroître l’autonomie des femmes — en
particulier des femmes pauvres ? Cela pourrait en fait
accélérer les progrès sur les sept autres OMD.
Quelles preuves étayent cette affirmation ?
Une étude réalisée en 2000 par l'Institut international
de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI) a
constaté que les femmes sont la clé de la sécurité
alimentaire dans des endroits comme l'Afrique
subsaharienne et certaines parties de l'Asie du Sud.
Cette étude a conclu que l’amélioration conjointe de
l’accès des femmes à l’éducation et de leur statut
social, était responsable de 55 % de la réduction totale
observée de la malnutrition infantile parmi les familles
de l’enquête. Ces facteurs ont été considérablement plus
importants que l'augmentation des approvisionnements
alimentaires. En 2004, une étude de la Banque mondiale
trouvait « d’amples preuves empiriques qu’une meilleure
éducation des femmes réduit la mortalité infantile » .
Comme l'ancien Secrétaire général des Nations unies Kofi
Annan l’a déclaré lors d’une célébration de la Journée
internationale de la femme en 2003 : « Quand les femmes
sont pleinement impliquées, les avantages peuvent être
immédiatement vus : les familles sont en meilleure santé
et mieux nourries ; leur revenu, leur épargne et
réinvestissement s’accroissent. Et ce qui est vrai des
familles est également vrai des communautés et, dans le
long terme, de pays entiers... »
Il y a dix ans une étude de la Banque mondiale indiquait
que le revenu des femmes a plus de chances d'être
utilisé de manière productive, en termes de promotion du
bien-être familial et de la santé, que le revenu des
hommes. Plus récemment, la très médiatisée Commission
pour l'Afrique de Tony Blair est arrivée aux mêmes
conclusions. La Commission a constaté que, par rapport
aux hommes, les femmes qui ont des ressources
économiques investissent
davantage dans l'éducation et la santé de leurs enfants.
Ces investissements dans la scolarité peuvent avoir un
énorme impact positif. L'étude de l'IFPRI inclut une
enquête en Égypte, qui a montré que lorsque le niveau
d'éducation de la mère passait de zéro ou d’une
éducation primaire partielle à un enseignement primaire
complet, la proportion de la population vivant
au-dessous du seuil de pauvreté chutait de plus de 30 %.
Améliorer les compétences des femmes et accroître leurs
opportunités économiques se révèle être une stratégie
importante pour réduire la pauvreté.
L’une des façons de développer les compétences,
renforcer les capacités et accroître les possibilités
économiques des femmes est d'aider les femmes
entrepreneurs. Partout dans le monde en développement,
des femmes créent et gèrent des entreprises. La plupart
sont de petites et moyennes entreprises qui contribuent
à soutenir une famille et peuvent en employer quelques
membres, des amis ou associés. Changer l'environnement
juridique et social pour rendre plus facile et moins
coûteux pour les femmes d’ouvrir une entreprise,
d'acquérir et de transférer des titres de propriété, et
d’obtenir un crédit, stimule l'entrepreneuriat et
l'autonomie des femmes.
Lucia Quachey, présidente de l'Association ghanéenne des
femmes entrepreneurs, l'exprime ainsi : « quand une
femme a une source régulière de revenus, elle devient
très confiante et prend son propre destin en main, elle
gagne en estime de soi : c’est l’autonomie (empowerment)
! » Cette autonomie a de larges effets positifs sur le
développement humain.
Avec cinq années restant pour réaliser les OMD et des
progrès jusqu’ici décevants, il est temps de recentrer
les efforts de l'ONU et des pays en développement sur
les approches qui fonctionnent. L'autonomie des femmes
réduira directement la pauvreté et ses effets, alors
allons bâtir sur ce que les études nous enseignent : les
femmes peuvent mener la barque !
Karol Boudreaux est chercheuse au Mercatus Center de la
George Mason
University, et conseillère à la Accelerating Women
Entrepreneurs (AWE)
Alliance, www.acceleratingwomen.org.
Publié en collaboration avec UnMondeLibre.org
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