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COTE
D'IVOIRE:
ABIDJAN, le
02-03-2010.
Aux
origines de l’inertie du processus électoral en Côte
d’Ivoire
Auteur : Hicham El Moussaoui
Alors que le mandat du président Gbagbo devait
prendre officiellement fin en 2005, le processus
électoral en Côte d’ivoire a été déjà repoussé à cinq
reprises plongeant les ivoiriens dans l'impasse
politique. La dernière en date a été provoquée par la
dissolution le 12 février dernier, par le Laurent
Gbagbo, de la Commission Electorale Indépendante (CEI)
et le gouvernement, suite à laquelle de vives tensions
ont agité la rue ivoirienne. Grâce à la médiation du
président Burkinabé Campaoré, les différents acteurs de
la crise politique ivoirienne ont trouvé un compromis en
vue duquel ils ont fixé une date pour le scrutin
présidentiel qui devrait avoir lieu d'ici fin
avril-début mai 2010. S’agit-il là d’une enième date qui
sera reportée ou la donne a-t-elle suffisamment changé
pour croire enfin à la tenue des élections ?
Gbagbo joue-t-il la montre ?
Pour beaucoup d’observateurs, en décidant la dissolution
de la CEI et du gouvernement, Gbagbo cherchait à
reporter les élections présidentielles aux calendes
grecques. Si cette lecture apparaît évidente, elle ne
reflète peut-être pas entièrement les vraies motivations
de Gbagbo. Tout d’abord, si le chef d’Etat ivoirien a
dissous le gouvernement c’est parce que à l’approche des
élections, il ne voulait pas que sa campagne soit
entachée de scandales liés aux ministres compromis dans
des affaires de détournement et de malversations. Alors,
pourquoi ne s’est pas être débarrassé de Guillaume Soro
? Car, il a besoin de lui pour garder les rebelles sous
contrôle de la même manière que Soro a besoin de Gbagbo
pour gouverner et peut-être lui succéder.
Ensuite, il ne faut pas oublier que Gbagbo est issu
d’une ethnie minoritaire, les Krou (Bété) au Sud-Ouest.
Il sait qu’il doit non seulement gagner les voix de son
camp, mais également engranger le maximum de voix du
camp de ses deux principaux rivaux, Alassane Ouattara et
Henri Konan Bédié. Or il semble que les sympathisants de
l’opposition se soient massivement inscrits ; ce qui ne
serait pas le cas des partisans de Gbagbo, ce qui
explique pourquoi des partisans du chef de l’Etat
tentent en effet d’obtenir la radiation par les
tribunaux d’un certain nombre d’Ivoiriens qu’ils
accusent d’avoir usurpé la nationalité ivoirienne.
Ainsi, en dissolvant la CEI, accusée d’avoir enregistré
430 000 faux électeurs sur les listes électorales,
Laurent Gbagbo cherche à maintenir le statu quo et
gagner du temps afin de mettre toutes les chances de son
côté. Pendant ce temps là il garde son « trône ». Mais
pourquoi le chef des ex-rebelles Guillaume Soro et
l’opposition se satisfont d’une telle situation?
La rente du statu quo profite à tout le monde ?
Guillaume Soro, le Premier ministre a sans doute intérêt
à ce que le statu quo perdure. En effet, en temps de
paix, il n'aurait jamais rêvé d'hériter d'un poste aussi
prestigieux à cet âge-là. Pour lui, c’est une vraie
aubaine d’être aux commandes du pouvoir sans avoir à
passer le test aléatoire des élections. Il sait
pertinemment que s’il quitte le gouvernement, sa
carrière politique sera condamnée. La loyauté des petits
chefs rebelles envers lui en dépend. Ces derniers, qui
ont pris les armes contre le président afin d’apporter
le changement, ont eux-mêmes intérêt à maintenir le
statu quo actuel. Pourquoi ? Tout simplement parce que
cela leur permet de continuer d’engranger l’argent du
trafic de cacao, de bois et de marchandises. Nombre
d’entre eux, dit-on, ont acheté des demeures luxueuses à
l’étranger, notamment au Burkina Faso voisin. Les
anciens rebelles continuent donc de spolier sans
impunité les populations du Nord, quiest sur le point de
devenir un no man's land de fait.
Enfin, Henri Konan Bédié et Alassane Dramane Ouattara,
ancêtres du landernau politique ivoirien, règnent
tranquillement, respectivement sur le PDCI et le RDR.
Les deux opposants les plus sérieux de Laurent Gbagbo
essayent de tirer leur épingle du jeu en agitant la rue
pour faire entendre leur voix. Il plus facile d’obtenir
des ministères en faisant pression et du chantage via la
rue que par la voie des urnes. D’ailleurs, il a suffit
vendredi dernier que l’opposition obtienne que la
nouvelle CEI soit dirigée par un de ses représentants et
que les onze postes qui restent à pourvoir lui soient
promis.
Pour le pouvoir, ex-rebelles du Nord, Commission
électorale indépendante, ministres de l’opposition,
fonctionnaires onusiens, aux cabinets en passant par les
institutions, le statu quo est devenu une rente de
situation et une source de profit génératrice de
blocages où chacun trouve finalement son compte. Cela
est d’autant plus vrai que la Commission électorale
indépendante «bis» ressemblera à l’originale, à la
nuance près que Robert Beugré-Mambé n’en sera plus
président. Le chef d’Etat ivoirien comme l’opposition
obtiendrait la tête du président de la CEI et du
vice-président, et l’opposition conserverait la main
mise sur la commission.
Somme toute, il est légitime de penser que les acteurs
de la scène politique ivoirienne n’ont pas franchement
envie d’aller aux élections. Cela s’explique s'explique
par cette situation de «ni guerre ni paix» qui existe
depuis 2002 entre le nord du Premier ministre Guillaume
Soro et le sud de Laurent Gbagbo qui n'ont pas vraiment
la volonté de changer le statu quo actuel car ils se
partagent les rentes du pays. En témoigne le fait que la
plupart des seize ministres déjà nommés sont des
«sortants», reconduits poste pour poste.
Tant que les problèmes de fond qui ont conduits les
ivoiriens dans cette crise restent toujours présents,
notamment le problème d’"ivoirité", la tenue des
élections n’en sera que plus hypothétique. Le
désarmement, les problèmes fonciers et constitutionnels
comptent également parmi les questions auxquelles il
faut trouver des réponses.
Hicham El Moussaoui est analyste sur
<http://www.UnMondeLibre.org>
www.UnMondeLibre.org
Publié en collaboration avec UnMondeLibre.org
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