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GRECE:
ATHENES
, le
05-03-2010.
Ne coupez pas dans les dépenses publiques,
repensez-les
Auteur : Eamonn Butler(Eamonn Butler, directeur du grand
think-tank londonien, l'Adam Smith Institute)
Les grèves en Grèce contre le plan d'austérité du
gouvernement doivent inquiéter les dirigeants de tous
les pays ayant un gros déficit budgétaire, qui
constituent la majorité d’entre eux. Pourtant, le plan
n'était pas particulièrement austère : dégraissage
mineur du secteur public pléthorique et notoirement
corrompu, petit recul de l'âge de la retraite à 67 ans.
Mais pas suffisant pour que la Grèce se rachète dans un
avenir proche.
La bonne nouvelle est que les gouvernements peuvent,
cependant, couper dans les budgets sans troubles
sociaux, et sans perdre de ce que les électeurs
valorisent réellement. Mais, comme le Canada l’a
démontré, cela ne peut se faire que par une stratégie de
réforme, et non par une stratégie de coupures.
Les hausses vertigineuses des impôts aux Etats-Unis et
en Europe durant la dernière décennie ont financé nombre
de nouvelles administrations envahissantes, des médecins
et des enseignants plus coûteux, et des paies et des
retraites mirobolantes pour un nombre croissant de
bureaucrates. Mais les contribuables ne croient pas
qu'on leur a vendu là des services de meilleure qualité.
Et les entrepreneurs se plaignent que l'augmentation de
la réglementation et de la bureaucratie les empêche de
générer la croissance économique nécessaire pour sauver
les économies vacillantes.
Pourtant, parler de réductions des dépenses alarme
toujours les électeurs. Même en Grande-Bretagne, avec un
des pires problèmes d'endettement au monde et un déficit
de presque 15%, ni le gouvernement travailliste de
Gordon Brown ni l'opposition conservatrice de David
Cameron sont disposés à parler de coupes budgétaires à
l'approche de l'élection du mois de mai. Après dix ans
de folles dépenses publiques, la dette de la
Grande-Bretagne était « shocking » avant même la crise
financière. En effet, une extrême prodigalité de la part
de la Grande-Bretagne et les États-Unis a entraîné
l’expansion qui a inévitablement conduit à la
désastreuse récession. La dernière fois que la
Grande-Bretagne a été si loin dans le rouge, elle se
battait contre Napoléon et Hitler.
Les gouvernements qui ont des problèmes de la dette
pourrait gagner un peu de temps à travers le gel de
l’ensemble du budget et des salaires, mais ce n'est pas
une solution à long terme: il génère juste du
ressentiment parmi les travailleurs du secteur public -
dont bon nombre sont faiblement rémunérés et seraient
touchés de manière disproportionnée - tandis que les
ministres se chamaillent au sujet de leur part d'un
gâteau qui rétrécit.
Le Canada a vécu cela lors de sa tentative de réduire
son déficit à la fin des années 80 et 90 : grèves et
moral en berne. Des services importants ont été
supprimés à côté de services marginaux. La stratégie
d'efficacité a eu peu d'impact.
Le nouveau gouvernement libéral en 1993 a fait face à un
problème budgétaire énorme mais a réussi à réduire le
déficit de 9,1% du PIB à zéro en cinq ans seulement, en
travaillant sur comment gérer l’État pour beaucoup moins
cher – et sans augmentations d’impôts.
Le premier geste des Canadiens a été de nommer un
ministre de réforme du service public – une seule
personnalité avec l’autorité pour conduire le changement
et s'assurer que tous les ministres assumaient leur
part. Ils n’ont rien exclu de la réforme, même pas la
santé. Il n'y avait pas d'objectifs de dépenses, car ils
savaient que les ministères dépensent simplement jusqu'à
ce qu’ils atteignent ces limites. Mais il y avait un
examen complet de toutes les activités du gouvernement.
Les ministres ont eu à définir l’utilité de leurs
services et les actions qui nécessitent vraiment des
fonctionnaires. Pouvaient-elles être mieux réalisées par
des organismes privés ou par le secteur public lui-même
? Avec un ministre de réforme plutôt qu'un ministre des
Finances en charge, tout le monde a perçu cela comme une
refonte complète de la façon dont l’État servait les
citoyens - et pas seulement comme un remake de l’Avare.
Il n'y avait pas moyen de se dérober aux décisions
difficiles. La pressions a été maintenues grâce aux
séminaires du Cabinet : les performances des ministres y
étaient évaluées et les nouveaux objectifs fixés. Ils
devaient parler d'une seule voix, sans querelles interne
à leur ministère.
Un groupe de travail ministériel a transposé des
techniques efficaces d'un ministère à l'autre. On
reconnaissait que certains services publics demeuraient
essentiels, tandis que d'autres pouvaient être
complètement repensés, voire éliminés. Le résultat final
fut des coupes légères (ou même des augmentations) dans
certains départements, mais d'importantes économies dans
d'autres - des coupes massives dans les subventions aux
transports et agricoles, par exemple, mais une
augmentation des prestations pour les personnes âgées.
En trois ans, le déficit budgétaire du Canada a été
absorbé et la dette était en baisse. En moins de cinq
ans, la taille de la fonction publique avait rétrécit de
près d'un quart (23%), sans grèves et sans troubles
sociaux.
Avec tant de gouvernements aujourd'hui si lourdement
endettés, la stratégie du Canada semble exactement le
bon modèle. Il faut nommer un ministre chargé de
procéder à un examen minutieux de ce que fait le
gouvernement, ce qu'il doit faire, comment mieux le
faire, et ce qu’il pourrait déléguer à d'autres
personnes. Il faut repenser l’État et les économies
suivront.
Eamonn Butler est le directeur de l’Institut Adam Smith
à Londres.
Publié en collaboration avec UnMondeLibre.org
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