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USA:
WASHINGTON
, le 05-04-2010.
Ces
inventeurs venus d’Afrique
Auteur : Youcef Maouchi
L’un des arguments qui tend à revenir dans les
débats autour du sous-développement de l’Afrique est
celui qui réduit le sous-développement à un phénomène
culturel voire… génétique. L’Afrique serait ainsi vouée
à rester sous-développée et dépendre des pays
développés. Selon cet argument, si les Africains
n’arrivent pas à se développer c’est qu’ils n’ont ni la
culture ni le gène de l’esprit d’entreprise, de
l’initiative ou de la créativité. Cette dévalorisation
est même parfois rabâchée dans des cercles
universitaires africains, justifiant nombre de
politiques paternalistes.
Pourtant la vérité semble – heureusement - ailleurs. Si
l’on cherche le point commun entre la lampe
électrique, la capsule pour bouteilles et bocaux,
l’ascenseur, la machine à dactylographier, le stylo à
encre, le batteur à œufs, la tondeuse à gazon,
l’appareil de respiration que trouve-t-on… ?
Que ces inventions, qui aujourd’hui font partie de notre
quotidien et qui l’ont révolutionné, ont toutes été
inventées ou co-inventées par des noirs… aux Etats-Unis.
Il y a déjà plus d’un siècle, entre 1890 et 1900, ont
été aussi brevetés par des noirs américains : le
Commutateur pour voie ferrée, le moteur rotatif, la
table à vapeur, le taille-crayon, l’attelage de
voitures, le piano mécanique, le tampon à main, le bain
d'impression photographique, le moule à glace, les feux
de signalisation, la table à repasser, l’arrosoir de
pelouse, la moissonneuse, le dirigeable….etc. Là encore
ces inventeurs ont changé la vie de millions de gens
depuis plus d’un siècle.
Les noirs n’ont pas l’esprit créatif ? Ils ne peuvent
pas faire preuve d’initiative ? Certes, ces hommes et
ces femmes à la source des inventions précédentes
étaient Américains, mais avec du sang africain dans les
veines : il devient alors difficile de croire que les
noirs n’ont, presque « par définition », pas l’esprit
d’initiative. C’est d’ailleurs tout le contraire qui se
dégage de cette liste. Le président de la première
puissance du monde a lui aussi du sang africain dans les
veines !
Pour mieux comprendre ce phénomène, avant de chercher
dans les variables culturelles ou génétiques, nous
devons nous tourner vers le terreau institutionnel qui
est à la base du développement d’une société. Des hommes
et des femmes seront d’autant plus incités à exprimer
leurs talents et donner vie à leur créativité qu’ils
évoluent dans une société libre, et non pas dans une
société opprimée.
Loin de n’être que culturel ou génétique, les
comportements des individus sont très largement
dépendants des institutions formelles. C'est-à-dire les
règles économiques et juridiques claires, en vigueur
dans un pays, qui pose le cadre des incitations à la
production, à l’échange, au partage. On a beau avoir
l’esprit d’entreprise ou un sens de l’inventivité, si
l’environnement institutionnel dans lequel on évolue
n’est pas favorable, notre projet, notre intuition, ne
verra jamais le jour. Les inventions citées plus haut
n’auraient peut-être jamais vu le jour, si leurs auteurs
étaient restés en Afrique. On comprend vite que des
environnements institutionnels différents produiront des
résultats différents.
Certes, tout le monde n’a pas l’esprit d’initiative,
n’est pas inventeur dans l’âme. Ceci est une réalité,
même dans les pays dits « développés ». Mais dans ces
derniers règne un environnement institutionnel favorable
à l’épanouissement de l’esprit d’entreprise, à la
concrétisation des opportunités entrepreneuriales. Ceux
qui ont l’esprit d’initiative plus que les autres «
tirent » leurs concitoyens moins entreprenants vers le
haut. Voilà donc un environnement qui place l'initiative
et l'épanouissement de l'individu et de sa communauté au
centre de la dynamique du progrès.
Pour que l’Afrique aspire à un développement pérenne au
service des hommes et des femmes du continent – et
d’ailleurs, il est urgent de libérer l’initiative
individuelle, de promouvoir, en accord avec les
traditions locales, des règles juridiques et économiques
claires en faveur de l’initiative personnelle.
Le développement vient d’en bas et non d’en haut. Mais
pour que le « bas » - la société civile - puisse être
actif et générer des richesses, il faut qu’il puisse
compter sur des institutions qui le protègent, qui
protègent sa propriété et qui le stimulent. C’est là que
le rôle du « haut » (États, gouvernements) devient
important : il doit garantir un état de droit, protéger
la propriété des individus, offrir sécurité et stabilité
aux citoyens qu’il représente.
La créativité humaine est universelle et est source de
progrès. Mais pour s’exprimer et se diffuser, elle
requiert les conditions de liberté, c'est-à-dire le
respect des droits individuels, de la liberté économique
et de la paix.
Youcef Maouchi est analyste sur www.unMondeLibre.org.
Publié en collaboration avec UnMondeLibre.org
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