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ILE
MAURICE:
PORT-LOUIS, le
03-03-2010.
Maurice, déficit public et faible épargne inquiètent
Auteur : Éric Ng Ping Cheun
A l'Ile
Maurice, l’heure est à la dépense. Comme pour marquer
une grande première, le budget de 2010 incite
précisément les Mauriciens à consommer. Ministres,
syndicalistes et chefs d’entreprise se réjouissent : la
consommation va tirer la croissance dans une année
électorale !
Erreur d’optique, due aux lunettes keynésiennes : la
consommation n’a jamais été le vrai moteur d’une
économie. Ce qui fait tourner la machine économique,
c’est la création et le développement des entreprises,
qui ont besoin d’une épargne pour investir. Et il faut
aussi souhaiter investir. Mais les entreprises n’ont
guère de visibilité. |
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Port-Louis |
Ce
qui fait la compétitivité d’une économie, c’est
l’investissement privé, et non la consommation.
Or, tant que l’économie mauricienne reste peu
compétitive, le seul effet du boom de la
consommation sera de provoquer une envolée des
importations et donc du déficit extérieur. Dans
ce cas, il n’y a aucune retombée sur la
production locale.
Un déficit commercial en soi n’a rien de
catastrophique, surtout si la roupie s’apprécie
contre le dollar américain. Mais aujourd’hui, il
est le signe des faiblesses d’une économie qui
ne crée pas assez d’emplois et de richesses. Il
faut espérer que les exportateurs mauriciens
bénéficieront de la reprise des marchés
extérieurs. |
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Sinon,
comme les Mauriciens achètent avant tout des produits
importés, ce sont les concurrents étrangers qui
profitent de ces dépenses. Cette consommation a été
possible grâce à l’évolution favorable des prix,
l’inflation étant limitée à 2,5% cette année. Ensuite,
l’inflation perçue par les ménages est très supérieure à
l’inflation réelle, car ce sont les prix des produits
courants qui grimpent le plus. Il s’ensuit alors une
sorte de fuite devant la monnaie.
Le pouvoir d’achat a en partie progressé par la sagesse
des prix plutôt que par les hausses des salaires. Mais
si les Mauriciens ont pu consommer plus que ce que la
hausse du pouvoir d’achat aurait dû permettre, c’est
qu’ils se sont endettés et ont massivement réduit leur
épargne. Les ménages épuisent dangereusement leurs
réserves financières. Ils vivent à crédit, et l’Etat
fait de même : ce ne sont pas les caractéristiques d’une
économie durable.
D’un côté, les ménages puisent de plus en plus dans leur
épargne, et le taux d’épargne ne cesse de diminuer : de
28,4% du produit intérieur brut (PIB) en 2001, il chute
à 13,6% en 2009. De l’autre, ils s’endettent parce que
le coût des crédits est encore accessible dans la mesure
où la concurrence bancaire joue à plein régime.
L’équation est simple : plus de crédits, moins
d’épargne. Mais il faudra bien rembourser demain, au
moment où les dépenses publiques explosent avec une
hausse annuelle de 14%.
Par conséquent, les déficits publics augmentent. Certes,
un déficit budgétaire de 4,5% du PIB est considéré
raisonnable dans un contexte de crise. Il demeure quand
même élevé. On n’échappe pas à la loi économique qui
veut que les déficits d’aujourd’hui sont les impôts de
demain : c’est la génération future qui portera le poids
final des déficits actuels.
Le déficit public s’accroît, le taux d’épargne se réduit
: les deux phénomènes sont liés, car un déficit accru
implique un recours plus élevé à l’emprunt, donc à
l’épargne des ménages. C’est le secteur privé qui fera
les frais de ce dérapage des déficits, puisque l’épargne
qui finance les déficits publics ne sert pas à financer
les investissements productifs. Plus l’Etat emprunte,
moins il reste de financement pour le secteur privé. Cet
effet d’éviction joue encore plus si l’épargne diminue
alors que l’Etat emprunte davantage. Mais le secteur
privé se satisfait de son Additional Stimulus Package
(paquet de relance).
La conjonction des déficits publics accrus et de la
contraction de l’épargne risque d’entraîner l’économie
mauricienne dans une spirale infernale. Pour l’éviter,
il faudra à l’avenir réduire les dépenses publiques,
seul moyen de faire diminuer le déficit et, par voie de
conséquence, la dette du secteur public. Celle-ci s’est
rapprochée du seuil fatidique des 60% du PIB.
Entre-temps, la charge de la dette (c’est-à-dire le
poids des seuls intérêts) pèse de plus en plus lourd
dans le budget, aggravant le déficit, et elle est
devenue le deuxième poste budgétaire après la Sécurité
sociale et devant l’Education.
On n’a pas eu l’impression que le ministre des Finances,
Rama Sithanen, s’inquiète outre mesure de la faiblesse
de l’épargne. Dans son discours budgétaire, il fait
ressortir que les dépôts bancaires ont crû plus vite que
le PIB. Mais justement, cette très forte expansion
monétaire est la cause d’un excès de liquidités dans
l’économie, et elle est une source potentielle
d’inflation.
Ce sont les dépôts, et non les prêts, qui sont à
l’origine de la création monétaire : les dépôts font des
prêts qui font des dépôts qui font des prêts, et
ainsi de suite. En coupant drastiquement le taux
d’intérêt, la Banque de Maurice a accéléré ce processus
et favorisé des crédits de circulation, une monnaie
créée à partir de rien, sans contrepartie d’une épargne
réelle provenant de la production. Tout dépôt n’est pas
nécessairement de l’épargne réelle.
La relation entre l’épargne et la croissance économique
est à double sens. Dans un pays à revenu moyen comme
Maurice, c’est plutôt l’épargne qui est à la base de la
croissance. Et c’est le taux d’intérêt, et non le
revenu, qui dicte le niveau de l’épargne vu qu’il
reflète le prix de la rareté relative du capital.
Compensation salariale, relance des importations et de
la consommation, et hausse des prix pétroliers et
alimentaires pourraient affaiblir la roupie au début de
l’année prochaine. La Banque de Maurice devrait se tenir
prête à relever le taux d’intérêt en juin, du moins
juste avant les élections.
Éric Ng Ping Cheun est Président de la Banque de
développement de Maurice et
dirige le think tank <http://www.pluriconseil.com/>
PluriConseil.
Publié en collaboration avec UnMondeLibre.org
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