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GUINEE:
CONAKRY, le
01-03-2010.
De quel Etat avons-nous besoin?
L’État-nation est un Etat qui se construit sur
l’identité socioculturelle des peuples qui le composent.
C’est la juxtaposition d'un État, en tant
qu'organisation politique, à une nation, c'est-à-dire
des individus qui se considèrent comme liés et
appartenant à un même groupe.
L’Etat formel quant à lui, est calqué sur un modèle
extérieur puis imposé à un peuple. C’est un Etat qui ne
tient pas compte des particularités socioculturelles de
la nation à la quelle il est imposé. L’Etat formel
fonctionne sur des standards prédéfinis qui ne sont pas
forcement dans l’intérêt des populations assujetties à
ses principes.
L’analyse de la crise que traverse notre pays nous
interpelle au réalisme et surtout au bon sens. Nous en
tant que nation, traversons une crise bien plus grave
que ce que nous pensons. Nous pensons à tort que ce sont
des élections démocratiques qui résoudront nos
problèmes. Des élections démocratiques ne sont pas
forcement garantes d’un Etat de droits ou d’une vraie
démocratie encore moins d’une paix véritable. La vraie
démocratie est communautaire ou identitaire. C’est une
démocratie dont le fondement repose sur les identités
socioculturelles des peuples concernés.
L’approche avancée par la communauté internationale
selon laquelle les urnes constituent la meilleure façon
de sortir les pays pauvres de leur misère est absurde.
La démocratie se construit par un peuple et se fonde sur
les valeurs sans lesquelles ce peuple ne représente
rien. Prétendre construire une démocratie en
outrepassant ces valeurs, est également absurde.
Les grandes démocraties occidentales se sont développées
dans un contexte d’Etat-nation. C'est-à-dire que les
nations ont été placées au centre de la conception des
principes et idéaux démocratiques. Ce qui fait que
malgré la mondialisation et le développement de la
technique et de la technologie, chacune des nations de
l’occident est unique et cela a surtout permis de
préserver les acquis socioculturels de ces nations. Vous
conviendrez avec moi que malgré les progrès accomplis
par l’Union Européenne dans l’intégration de ses membres
et la conception d’une politique d’intégration
socio-économique, chaque membre a conservé son identité
en tant que nation différente de par sa culture, sa
société, ses mœurs et j’en passe. La raison principale
derrière cette stratégie à mon avis consiste à éviter
l’effondrement de ces sociétés ou Etats-nation car la
nation constitue l’essence de toute démocratie digne de
ce nom.
La cohésion sociale est une condition préalable à la
construction d'États stables et prospères, surtout en
l'absence de solides institutions publiques. Un peuple
uni est à la fois plus capable et désireux de coopérer
pour améliorer la gouvernance et faire avancer un agenda
commun qu’un peuple divisé.
La communauté internationale, cependant, ne parvient pas
à reconnaître cette réalité. Sa solution pour le
développement insiste trop sur l'économie et les
structures étatiques, en offrant un ensemble de
standards, en se concentrant sur les objectifs d'aide,
les élections, et la réforme économique, toutes choses
qui ignorent les conditions socioculturelles locales et
qui sont de nature à détruire le tissu social dans nos
pays. Cette approche d’Etat formel sous-évalue la nature
communautaire du développement.
Le développement est une activité de groupe. Bien que
les politiques économiques soient importantes, la
capacité d'un pays à avancer est liée à la capacité de
ses citoyens à coopérer aussi bien entre eux et en
partenariat avec l'Etat, avec des méthodes plus axées
sur les réalités locales. C’est peut être trop
élémentaire de dire ici que le développement consiste à
améliorer la façon de vivre d’un peuple, mais il s’agit
bien d’un principe fondamental. Pour développer un pays,
on a besoin de développer sa culture et de renforcer la
cohésion entre ses fils et filles.
La communauté internationale doit élaborer et promouvoir
des politiques fondées sur la cohésion sociale dans les
pays concernés. Il faut pour cela mettre davantage
l'accent sur la décentralisation, le régionalisme,
c'est-à-dire la construction d’un Etat à partir de la
base. Régionalisme ne veut pas dire ici radicalisme mais
je veux dire qu’il faut trouver un bien meilleur
équilibre entre la promotion de la cohésion sociale et
promouvoir la démocratie lorsqu'il s'agit d’un pays avec
un peuple aussi diversifié que le nôtre.
Mais je ne pense pas qu’il soit dans l’intérêt de la
communauté internationale de favoriser la création d’un
Etat-nation dans notre pays et dans bien d’autres dans
le monde. Car un Etat-nation est un Etat qui se met au
service de ses citoyens en privilégiant leurs intérêts
par rapport aux intérêts de la communauté
internationale. C’est un Etat dont les leaders rendent
compte aux citoyens et non à la banque mondiale et au
fonds monétaire international.
Ce n’est pas dans l’intérêt de la communauté
internationale de promouvoir un Etat-nation dans notre
pays parce qu’elle ignore tout de nos réalités internes.
C’est à nous de prendre conscience de ces réalités en
vue de concevoir le système politique qui convient le
mieux à notre nation. La démocratie comme le
développement est un processus et une marche vers la
perfection même si cette dernière n’existe pas. Mais
cette marche doit commencer à la base c'est-à-dire dans
nos quartiers, villages, districts, villes, régions pour
ensuite culminer au sommet de l’Etat. C’est une marche
ascendante. La vraie démocratie est celle qui est
enracinée dans les communautés de base et non celle qui
est imposée au sommet de l’Etat pour espérer qu’elle se
répande sur les communautés comme le préconise la
communauté internationale.
Il faut reconnaître que les guinéens sont aujourd’hui
plus divisés que jamais et que le travail doit plutôt
consister à faire en sorte que nos populations acceptent
d’adhérer au projet de société que nous devons leur
présenter. Ceci doit nous amener à nous engager dans une
course de fond et non de vitesse. Nous ne pouvons pas
construire la démocratie et le développement sans la
participation active de nos populations. Mais leur
participation commence par la reconnaissance, le respect
et la valorisation de l’identité ethnique de chaque
groupe.
Pour finir, je voudrais inviter nos leaders politiques à
renoncer à leurs ambitions personnelles afin de
concevoir un système politique qui prend en compte les
caractéristiques et la diversité de la nation guinéenne.
Organiser des élections dans quatre mois, est une
grossière absurdité destinée à satisfaire la communauté
internationale au détriment du peuple de guinée. Posons
d’abord la fondation sur laquelle nous devons construire
cette maison commune qu’est la démocratie. Il y va de la
préservation de la paix et de la consolidation du tissu
social car toute démocratie sans ces valeurs n’est que
pure velléité.
Il est possible à une nation d’exister même en l’absence
de la démocratie si ses valeurs et acquis socioculturels
sont préservés et sa cohésion sociale sauvegardée, mais
il n’est possible à aucune démocratie de subsister sans
ces éléments.
Foromo Emile Lamah
emile_lamah@hotmail.com
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